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Jacqueline Belloni a intégré le CNRS comme stagiaire de recherche en 1957 à l’Institut du Radium à Paris et a obtenu son doctorat d’État en sciences physiques en 1961 sur l’adsorption ionique de traceurs radioactifs sous la direction de Moïse Haissinsky. Elle a rejoint en 1971 le Laboratoire de physico-chimie des rayonnements dirigé par Michel Magat à Orsay, laboratoire qu’elle dirigera entre 1989 et 1998, et qui se fondra en 2000 dans le Laboratoire de chimie physique.

Spécialiste de l’étude de l’interaction des rayonnements ionisants avec la matière condensée et des propriétés de l’électron solvaté, elle a mis en évidence pour la première fois en 1973 les propriétés singulières des agrégats de quelques atomes de métaux, qui se sont avérées très différentes de celles des mêmes métaux à l’état massif que l’on connaissait jusque-là. Devant ces phénomènes nouveaux, Jacqueline Belloni et son équipe se sont investies dans l’étude dynamique des mécanismes de nucléation et croissance des nanoagrégats mono- et multimétalliques ou semi-conducteurs et sur la variation avec la nucléarité de leurs propriétés, notamment du potentiel d’oxydo-réduction.

Cette connaissance, acquise grâce aux techniques impulsionnelles, a permis de comprendre cette nouvelle thermodynamique qui est à l’œuvre dans tous les types de synthèse des nanoparticules et de maîtriser leurs propriétés finales, trouvant de larges applications en nanotechnologie pour la catalyse, l’électronique, l’optique non linéaire, l’imagerie… Elle a permis, entre autres, d’expliquer l’existence, alors énigmatique, d’une taille critique dans le développement photographique argentique. Enfin, à partir du mécanisme intime de l’impression de l’image latente sur la pellicule, Jacqueline Belloni a réussi à empêcher par un dopage approprié toutes les réactions de perte des photoélectrons et à accroître d’un facteur dix la sensibilité des émulsions argentiques. Ses travaux ont fait école en France et à l’étranger.

Ces avancées ont démontré la puissance de l’instrumentation pulsée pour l’exploration des mécanismes chimiques. Jacqueline Belloni a donc lancé le projet d’une installation de nouvelle génération et a été le pilote de la construction du centre de cinétique rapide ELYSE, jusqu’ici seule installation européenne de radiolyse pulsée picoseconde, qui fut inaugurée en 2001 au Laboratoire de chimie physique d’Orsay. Elle a été vice-présidente recherche (Chimie) de l’UFR du Centre d’Orsay (1986–1992), et membre du Conseil du département des sciences chimiques du CNRS (1992-1995).

Outre ses activités de recherche et d’enseignement, Jacqueline Belloni a largement contribué à mieux faire connaître sa discipline, en répondant aux invitations pour des conférences, articles et manifestations destinés au grand public. Dans une volonté de vulgarisation scientifique et de transmission des savoirs, elle a été aussi l’un des auteurs scientifiques de Magie de l’Image, film réalisé en 1989 et traduit en plusieurs langues, qui raconte l’histoire des procédés de la photographie, et présente les mécanismes de la formation de l’image dans une émulsion moderne.

La reconnaissance internationale de ses travaux a valu à Jacqueline Belloni d’être invitée à présider la Miller Conference on Radiation Chemistry (1991) et la Gordon Research Conference on Radiation Chemistry (2004). Elle est en outre expert international pour la World Bank et le Department of Energy (États-Unis), le Royal Institute of Technology (Stockholm) et le Department of Nuclear Energy (Japon). Elle a reçu de nombreuses distinctions scientifiques, à commencer par la médaille d’argent du CNRS en 1983, le Grand Prix Kodak-Pathé-Landucci de l’Académie des Sciences (1991), la Médaille et Chaire A. Bruylants (université de Louvain-la-Neuve, Belgique, 1992), le titre de professeur honoraire de l’University of Science and Technology of China of Academy of Sciences (Hefeï, Chine, 1996), la Médaille Maria Sklodowska-Curie (Polish Society of Radioactive Research, Pologne, 1998) et le Grand Prix Aymé Poirson de l’Académie des Sciences (2000). Elle a été invitée comme Fellow de la Japanese Society for promotion of Science (1984) et figure dans l’exposition itinérante « D comme Découvreuses » du ministère de la Recherche, inaugurée en 2002 dans la crypte du Panthéon.

Jacqueline Belloni
Directrice de recherche émérite au CNRS, Laboratoire de chimie physique d’Orsay