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Points de vue

Métiers de la recherche en France : amour ou désamour ?

L’attrait des jeunes pour les carrières scientifiques a sensiblement diminué en France au cours des dernières décennies. L’« hémorragie » touche aussi bien les grands organismes publics de recherche que les universités. De nombreux jeunes s’orientent vers les grandes écoles scientifiques mais, en fin de scolarité, très peu optent pour un doctorat, voire pour les métiers de la recherche. La situation est similaire en médecine avec des conséquences inquiétantes pour la recherche médicale qui se fait de plus en plus sans médecins. En outre, la plupart des meilleurs étudiants issus de l’Université délaissent les filières de mastères et de doctorats pour se tourner vers des formations professionnalisantes et plus prometteuses en matière de rémunération.

Les enseignants-chercheurs et les chercheurs ayant acquis une notoriété internationale ne sont pas moins épargnés. Se voyant offrir des situations plus avantageuses à l’étranger, ils préfèrent quitter les laboratoires français. Ce problème qui a d’abord concerné les sciences du vivant, affecte désormais toutes les disciplines, y compris les mathématiques et la physique. La situation est d’autant plus préoccupante que près d’un quart de l’effectif global, soit plus de 15 000 postes, doit partir à la retraite d’ici cinq ans.

Partant de ce constat plus qu’alarmant, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a mandaté l’Académie des sciences en 2008 pour se pencher sur ce problème. Un groupe s’est constitué autour du Président et de l’un des Secrétaires Perpétuels, et a ainsi auditionné diverses personnalités, ainsi que des jeunes chercheurs ayant quitté la France pour des situations jugées meilleures à l’étranger. Dans son analyse, l’Académie a souhaité y inclure les métiers exercés par les personnels des filières ITA (ingénieurs, techniciens et administratifs), ITRF (ingénieurs et les personnels techniques de recherche et de formation) et ASU (administratifs scolaires et universitaires).

Pour toutes les catégories de personnels étudiées, l’Académie a proposé deux mesures phares portant sur le déroulement des carrières et sur les rémunérations, avec, entre autres, trois axes de réflexion sur l’environnement de travail du chercheur, humain, matériel et administratif, la reconnaissance accrue de la valeur du doctorat, et les charges d’enseignement actuelles des enseignants-chercheurs et leur incompatibilité avec une activité de recherche de haut niveau. L’Académie préconise d’élargir la réflexion pour analyser les raisons d’une désaffection partielle de notre société, voire d’un certain désamour, vis-à-vis des sciences et de ses progrès. La voie est encore longue…

Jules Hoffmann
Directeur de recherche au CNRS, Institut de biologie moléculaire et cellulaire, ancien président de l’Académie des sciences