Accueil du site > Ouvrage Histoire du CNRS de 1939 à nos jours > Belles feuilles, extraits




Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Chapitre 10

Le LAAS de Toulouse est l’un des premiers laboratoires à rejoindre le nouveau département des sciences pour l’ingénieur, créé en 1975 à l’initiative de Robert Chabbal. © CNRS Photothèque

«  « Au travers du programme interdisciplinaire de recherche pour le développement de l’énergie solaire, le CNRS déploie donc, avec ses multiples partenaires publics et privés, français et étrangers, une activité débordante à partir de 1975. Le nouveau type d’intervention imaginé par le Centre au milieu des années 1970 ne tarde donc pas à faire les preuves de son efficacité. Les difficultés qui se posent très vite relèvent donc moins de la structure elle-même, que de la thématique autour de laquelle elle s’est construite. Pour dire les choses simplement : si la France ne brille pas, aujourd’hui encore, par l’importance de sa production d’énergie solaire, électrique ou thermique – en 2000, les chiffres de cette production sont encore au moins dix fois inférieurs aux estimations, certes très enthousiastes, des années 1975-1980 –, c’est tout simplement parce que, dès cette époque, les résultats obtenus ont été très loin des attentes.  »

«  À l’image des relations entre le CNRS et l’Université, celles que l’organisme met peu à peu en place avec les entreprises ressemblent davantage à un mariage de raison, avec ses hauts et ses bas. Paradoxalement, au milieu des années 1970, les hauts se trouvent encore en bas, et les bas en haut. Il faut évidemment que l’on s’explique. Pour faire simple : la collaboration d’un laboratoire, voire d’un chercheur, avec une entreprise est acceptée au sein du CNRS, mais l’association de l’organisme dans son ensemble à l’industrie fait encore naître des inquiétudes et génère des tensions parmi la communauté des savants. En somme, si un scientifique se lie à une entreprise, son esprit d’initiative est salué, mais si la direction générale du CNRS fait mine d’aller dans le même sens, on la soupçonne de vendre la recherche publique aux intérêts du grand capital.  »

«  Comment définir les sciences pour l’ingénieur ? Le plus évident, pour bien saisir de quoi il retourne, est de les placer à mi-chemin de ces deux grands ensembles que sont les « sciences d’action » et les « sciences d’analyses ». « Les sciences d’action (médecine, espace, transports, recherche industrielle,…) sont les plus connues du grand public car les plus spectaculaires et les plus immédiatement utiles. S’y consacrent des praticiens qui utilisent des sciences plus fondamentales pour atteindre des objectifs qui leur sont directement fixés par l’État, les entreprises et la société ». À l’inverse, « les sciences d’analyse (citons parmi bien d’autres l’algèbre, la physique des états condensés, la physique des particules, l’astronomie, la biologie moléculaire, l’anthropologie, etc.), se placent à l’avant-garde dans la progression des connaissances, le but principal étant une meilleure analyse de la matière, de la vie, de la pensée, du comportement humain ». Évidemment, ces sciences d’analyse débouchent aussi, à plus ou moins long terme, sur des applications. Mais ces progrès pratiques ne constituent pas leur raison d’être. En revanche, ils sont l’essence même de sciences qui, placées entre « action » et « analyse », visent à « mieux analyser les problèmes que posent à plus ou moins long terme les différents secteurs socioéconomiques ». D’où l’appellation de sciences de transfert : elles associent « des travaux purement fondamentaux de caractère souvent très théorique et des travaux d’adaptation qui impliquent généralement une collaboration étroite avec les ingénieurs ». Parmi elles figurent la mécanique et l’agronomie pour les plus anciennes, la science des matériaux et l’informatique pour les dernières-nées.  »

Extraits de Histoire du CNRS de 1939 à nos jours. Une ambition nationale pour la science, Denis Guthleben. Préface d’André Kaspi, Éditions Armand Colin, 2009, 38 €, 480 p.