Environnement
Les sédiments, témoins des relations homme-milieu dans le Bassin parisien
 
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Des derniers chasseurs de rennes au développement de la société industrielle, la nature des sédiments des fonds de vallée du Bassin parisien reflète de manière fidèle l'évolution des paysages depuis 13 000 ans. Leur étude s'est largement développée depuis dix ans, sous l'impulsion des opérations d'archéologie préventive. Les recherches portant sur un nombre important de sites ont fourni une vision spatiale et chronologique irremplaçable.

Les données obtenues lors des grandes opérations linéaires (autoroutes, TGV-nord), sur les zones d'exploitation des sablières (Oise, Seine, Somme...) et dans les sites d'aménagement ponctuels ont été complétées par de multiples carottages, permettant une analyse précise des sédiments (alluvions, tourbes...).
Grâce au développement d'une réflexion pluridisciplinaire entre archéologues et spécialistes des paléoenvironnements quaternaires, il a été possible de dégager de cette masse d'informations l’ampleur des variations climatiques et l'impact des activités humaines. L’analyse des sédiments, de leur succession et de leur géométrie, a conduit à expliquer les mutations de l'activité fluviale et leurs rapports avec l'évolution des versants. Ils traduisent soit la stabilité des sols et des écoulements fluviaux, soit leur dégradation plus ou moins profonde lors de phases d'érosion. L’étude conjuguée des pollens, des restes végétaux et des mollusques a permis d’analyser la dynamique des paysages et leurs rapports étroits avec les modifications environnementales (dégradation de la végétation lors des phases de détérioration climatique ou d'expansion humaine, évolution naturelle du couvert forestier, développement de l'élevage et des cultures...).
Les données fournies par les sites archéologiques ont contribué à préciser les rapports entre les occupations humaines et les cours d'eau (rôle des modifications fluviales et des changements géographiques associés, fonction et implantation des sites, aménagements...).
Ces travaux ont en particulier montré les mutations importantes des paysages durant le réchauffement tardiglaciaire (vers 13 000 ans BP), puis leur dégradation majeure durant la crise froide du Dryas récent (entre 11 000 et 10 000 ans BP). Les scientifiques ont pu ainsi appréhender les étapes de la relative stabilité des environnement pendant la première moitié du Postglaciaire (10 000 à 5 000 ans BP), puis les modalités contrastées de leurs modifications ultérieures en fonction du développement des sociétés humaines (variabilité des impacts selon la gestion des milieux, dégradations accentuées, mais aussi possibilités de restauration...).
La recherche, désormais orientée vers une résolution plus fine des phénomènes (chronologie variabilité spatio-temporelle, poids des facteurs déterminants...), bénéficie d'une collaboration renforcée entre les différents acteurs. La mise en place de plusieurs groupes de travail et l'intégration de ces recherches dans différents programmes du CNRS («Paléoenvironnement, évolution des Hominidés», «Environnement, vie et sociétés») favorisent leur essor. Les résultats obtenus montrent à la fois la nécessité de renforcer la complémentarité scientifique et institutionnelle et de considérer au mieux l'importance des données paléoenvironnementales récoltées en contexte de sauvetage.

Carottage dans une petite vallée du Bassin parisien : la Biberonne à Compans (Seine-et-Marne), programme «Environnement, vie et sociétés» du CNRS, octobre 1999. Ce type d'investigation apporte de nombreuses informations paléoenvironnementales complémentaires de l'étude des sites archéologiques.