| | Lappréciation du transport du glucose in vivo est dune importance majeure en clinique puisque des anomalies de ce transport sont à lorigine de certaines pathologies (diabète par exemple). Dautres pathologies (maladie dAlzheimer, épilepsie, cancers..) comportent également une consommation anormale du glucose. Afin de pouvoir suivre le transport de ce sucre dans les cellules, des chercheurs du Groupe de recherche de nouveaux radiopharmaceutiques (CNRS-Université Grenoble 1) et du Laboratoire détudes dynamiques et structurales de la sélectivité (CNRS-Université Grenoble 1) ont mis au point un dérivé du glucose radiomarqué dans lequel liode remplace lhydroxyle en position 6, le 6-déoxy-6-iodo-D-glucose (6-DIG). Les études biologiques in vitro ont montré que ce traceur avait un comportement biologique très voisin de celui du traceur de référence du transport du glucose habituellement utilisé, le 3-O-méthyl-D-glucose (3-OMG). Les premières études expérimentales effectuées in vivo chez lanimal avec le 6-DIG ont permis, dune part de mettre en évidence le phénomène dinsulinorésistance, caractéristique de létat diabétique, et dautre part de visualiser des tumeurs cérébrales. Ces études se poursuivent maintenant afin de mettre au point des méthodes scintigraphiques qui permettront dutiliser le 6-DIG en imagerie in vivo chez lhomme, dans les services de médecine nucléaire. Lintérêt de cette technique dimagerie SPECT (Single Photon Emission Computed Tomography) est dutiliser des émetteurs gamma (de longue durée de vie comme 123I) alors que les méthodes actuelles reposent sur des radioéléments de courte durée de vie, émetteurs de positons (imagerie PET) produits par des équipements lourds (comme le cyclotron), auprès desquels la préparation du radioélément, de la molécule marquée et même ladministration au patient doivent être effectuées.
Faisant appel à des radioéléments de périodes adaptées à une utilisation clinique, limagerie SPECT (Single Photon Emission Computed Tomography) est couramment utilisée dans un but diagnostique dans les services de médecine nucléaire. Les procédés dimagerie reposant sur le suivi dévénements biochimiques in vivo prennent une place croissante, grâce au développement de traceurs radioactifs. Les chercheurs se sont ainsi intéressés au glucose marqué par des radio-émetteurs gamma (donc utilisable en SPECT). En effet, le D-glucose, substrat énergétique pour la totalité des tissus de lorganisme, se trouve au cur dun certain nombre de processus. Source dénergie exclusive du cerveau, il prend le relais des acides gras dans le cur ischémique (cest-à-dire les territoires cardiaques mal irrigués) ; par ailleurs, dans certaines pathologies (maladie dAlzheimer, épilepsie, cancers ou diabète de type II non-insulino dépendant), existent des anomalies de la consommation du glucose. Ceci a conduit les chercheurs à travailler à la mise au point de radiopharmaceutiques* permettant dapprécier in vivo la captation tissulaire de ce sucre.
Pour rendre le glucose radioactif, et ainsi pouvoir suivre par détection externe son devenir dans lorganisme, il faut introduire dans la molécule un élément radioactif, tel que liode 123, émetteur gamma. La localisation de liode dans la molécule de glucose doit être telle que lanalogue obtenu soit transporté à travers la membrane cellulaire comme le glucose. Ceci a conduit un certain nombre déquipes à effectuer autour de la molécule de glucose des modifications systématiques.
Les chercheurs du Groupe de recherche de nouveaux radiopharmaceutiques (CNRS-Université Grenoble 1) et du Laboratoire détudes dynamiques et structurales de la sélectivité (CNRS-Université Grenoble 1) ont préparé divers analogues iodés et les ont testés sur des modèles cellulaires (érythrocytes humains, adipocytes). Ils ont observé que lun des dérivés du glucose dans lequel liode remplace lhydroxyle en -6, le 6-déoxy-6-iodo-D-glucose (6-DIG), se comportait comme le glucose pour le passage de la membrane cellulaire (par lintermédiaire de la protéine de transport du glucose GluT). Le 6-DIG se comporte donc comme le 3-O-méthyl-D-Glucose (3-OMG), qui est le traceur de référence du transport du glucose pour les études in vitro (figure 1).
Pour démontrer quil était possible de mettre en évidence in vivo des variations du transport du glucose avec le 6-DIG, des études ont été développées dans plusieurs directions.
Une première voie concerne le diabète, maladie caractérisée par une augmentation de la concentration sanguine du glucose due au fait que ce dernier ne peut entrer dans les cellules. Linsuline administrée au patient diabétique est susceptible ou non de faire rentrer le sucre dans les cellules. Il est important de savoir chez un patient si son diabète est ou non résistant à linsuline. Les chercheurs des deux équipes grenobloises ont montré in vivo chez des souris génétiquement diabétiques, que le 6-DIG permettait de mettre en évidence un défaut de transport du glucose en réponse à une injection dinsuline, caractérisant ainsi leur état dinsulinorésistance. Ces premiers résultats ont été confirmés dans des conditions dinsulinémie et de glycémie parfaitement contrôlées, sur un modèle de rats rendus insulinorésistants par un régime de 6 semaines au fructose.
Une deuxième voie a également été explorée en rapport avec le transport du glucose dans les tumeurs. Il a en effet été établi (par Warburg dès 1930) que la captation du glucose est plus importante dans une cellule tumorale que dans une cellule saine. Avec le 6-DIG, les chercheurs grenoblois ont observé une captation maximale 12 heures avant le début de la phase de croissance exponentielle de cellules cancéreuses en culture ; or cest à ce stade que la synthèse des transporteurs du glucose est maximale. Il existe donc un lien étroit entre la captation du 6-DIG et le nombre de transporteurs présents à la surface des membranes, ce qui laisse envisager que le 6-DIG pourrait être un marqueur de prolifération des cellules cancéreuses. Cette étude in vitro a été complétée par des études de biodistribution du traceur in vivo chez des rats porteurs de tumeurs cérébrales (gliomes C6). Après injection du 6-DIG, des études autoradiographiques sur des coupes de cerveau montrent que la tumeur est parfaitement visible (figure 2), au moins jusquà 15 minutes après linjection du traceur.
La troisième voie en cours dexploration concerne lutilisation du 6-DIG pour apprécier le transport du glucose dans certaines cellules (neuronales ou gliales) en culture, et son application à létude de lépilepsie et à limagerie cérébrale.
Lobjectif final de ces travaux est la mise au point de méthodes scintigraphiques qui permettront dutiliser la molécule de 6-DIG en imagerie, in vivo, chez lhomme. Une fois les études toxicologiques effectuées (les radiopharmaceutiques bien quétant utilisés à de très faibles doses restant considérés comme des médicaments), lutilisation de cette molécule dans les services dimagerie à lhôpital sera alors envisageable.- * Radiopharmaceutique : molécule marquée par un radioélément et destinée à être administrée à lhomme.
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