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"Il
n'est pas possible de décomposer un cube en somme de deux cubes,
une puissance quatrième en somme de deux puissances quatrièmes
et généralement aucune puissance d'exposant supérieur
à 2 en deux puissances de même exposant". Cette
courte annotation d'un mathématicien français, magistrat
de son état, Pierre de Fermat, écrite en marge d'un livre
de mathématiques dans la première moitié du XVIIe
siècle, est devenue l'un des théorèmes les plus célèbres
des mathématiques : une preuve n'en fut apporté qu'en 1995,
par Andrew Wiles de l'Université de Princeton.
Pierre de Fermat (1601-1665), conseiller au parlement de Toulouse,
fut l'un des mathématiciens les plus importants du XVIIe
siècle ; en même temps que René Descartes, il eut
l'idée de la géométrie analytique, c'est-à-dire
de la transcription algébrique des problèmes de géométrie,
pour étudier les tangentes à une courbe par exemple. En
collaboration avec Blaise Pascal, il inventa le calcul des probabilités.
Et avec Marin Mersenne ou Bernard Frenicle de Bessy, il s'intéressa
aux problèmes sur les nombres entiers. À cette époque,
les deux grandes branches des mathématiques théoriques étaient
la géométrie et l'arithmétique, qui géraient
l'une les grandeurs continues, l'autre les grandeurs discrètes.
L'algèbre était connue (elle fut développée
dans les pays islamiques dès la période médiévale),
mais elle ne paraissait pas nécessairement bien adaptée
pour traiter des problèmes sur les entiers : la solution d'une
équation à coefficients entiers n'est pas nécessairement
entière.
Pendant les trois siècles et demi qui séparent l'énoncé
de sa preuve, le théorème de Fermat a été
retranscrit, réinterprété, partiellement prouvé,
en utilisant des méthodes et des langages issus de branches variées
des mathématiques. À commencer par l'utilisation de simples
notations algébriques, absentes de l'original. Le problème
de Fermat a maintes fois été réécrit et sa
forme plus connue* est : Soit n,
un entier au moins égal à trois. Il n'existe pas de nombres
entiers non tous nuls (ni même d'ailleurs de rationnels) vérifiant
l'équation xn + yn
= zn .
La démonstration de Wiles repose sur une réinterprétation
géométrique (suggérée par Yves Hellegouarch
dès les années 70) reliant l'équation de Fermat à
celle de la courbe :
B2 = A (A - xn)
(A + yn). Chaque solution éventuelle
de l'équation définit donc les coefficients d'une courbe
particulière, courbe elliptique.
Au milieu des années 1980, il fut montré que si le
théorème de Fermat était faux, c'est-à-dire
s'il existait une courbe elliptique avec les coefficients comme ci-dessus,
elle contredirait une conjecture très importante, dite de Shimura-Taniyama-Weil
(STW). Cette conjecture établit une correspondance entre les courbes
elliptiques et des fonctions dites " modulaires " ; ces dernières
ressemblent un peu aux fonctions cosinus et sinus, en particulier elles
vérifient certaines propriétés de périodicité.
C'est cette conjoncture que Wiles est parvenu à démontrer,
à quelques restrictions techniques près, prouvant du même
coup le théorème de Fermat.
Il est bien sûr possible que d'autres démonstrations,
plus simples peut-être, du théorème de Fermat, soient
trouvées dans les prochaines années. Quoi qu'il en soit,
la fin de la saga Fermat n'est pas la fin de la théorie des nombres
: outre les approches évoquées au cours de ce récit,
et dont l'étude se poursuit activement, bien d'autres problèmes,
théoriques ou plus appliqués, restent à résoudre.
*
On remarque que pour n=2, il y a au contraire une infinité de solutions,
par exemple 52 = 32 + 42 ou 132 = 52 + 122, ou encore 292 = 192 + 202.
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