comportements pacificateurs chez le macaque


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Chez les primates, il n’est pas rare qu’un individu vienne en aide à un partenaire impliqué dans un conflit en attaquant son opposant. En revanche, intervenir en apaisant l’un des adversaires est un comportement que l’on ne rencontre que chez un très petit nombre de singes. En étudiant une espèce de macaque où les interventions pacifiques sont fréquentes, deux éthologistes du Laboratoire de psychophysiologie du CNRS et de l’Université Louis Pasteur à Strasbourg, ont pu montrer qu’il s’agit d’une tactique mise en œuvre par les individus dominants du groupe, et que ces interventions ont pour conséquence de mettre fin aux agressions.

Les singes forment des coalitions pour venir en aide à un parent, parfois aussi pour renforcer le lien avec un allié ou, de manière plus opportuniste, pour attaquer un individu en position de faiblesse. Les interventions de type pacifique, trop rares, n’ont pas été réellement étudiées jusqu’ici bien qu’elles aient été décrites chez le chimpanzé : un mâle sépare deux compagnons en train de se battre, une femelle retire une pierre de la main de celui qui va la lancer... Le macaque de Tonkéan, originaire de l’île de Célèbes en Indonésie, est une autre espèce où l’on intervient régulièrement pour établir la paix. Lors d’un conflit, un individu tiers approche l’un des adversaires et émet vers lui des vocalisations et des expressions faciales amicales, allant même jusqu’à l’étreindre. Tirant profit de la fréquence relativement élevée de ce comportement chez le macaque de Tonkéan, les chercheurs l’ont analysé au cours d’une étude où interventions agressives et pacifiques ont été comparées en détail.

Les chercheurs ont vérifié que les interventions pacifiques arrêtent l’agression dans plus de deux cas sur trois. De fait, elles mettent fin aux conflits deux fois plus souvent que les interventions agressives, démontrant ainsi leur efficacité. Tandis qu’il n’est pas rare qu’un individu intervienne agressivement contre un plus fort, les interventions pacifiques sont surtout le fait des individus les plus dominants qui utilisent leur statut social pour arrêter une querelle. L’usage des interventions pacifiques se révèle d’ailleurs plus fréquent chez les mâles que chez les femelles.

Quel est l’intérêt d’une intervention pacifique ? Quand un intervenant utilise l’agression, il se voit obligé de faire un choix pour ou contre : pour protéger un partenaire, il lui faut en attaquer un autre. Chez le macaque de Tonkéan, l’individu est en mesure d’échapper à une telle alternative, il peut stopper une attaque dirigée contre un allié sans pour autant mettre en danger la relation qui le lie à un autre de ses compagnons. Sur le terrain, on vérifie que l’intervention pacifique se poursuit souvent par un toilettage entre l’intervenant et l’individu qu’il a apaisé.

Ces résultats doivent s’interpréter à la lumière des relations sociales propres à l’espèce. Le macaque de Tonkéan se caractérise par une grande tolérance où ni les liens de parenté, ni les rapports de dominance ne viennent limiter les interactions sociales entre les différents membres du groupe. Le pourcentage de réconciliations est par exemple de près de 50 %, le taux le plus élevé de contact après conflit que l’on connaisse chez les macaques. S’il apparaît que le développement des interventions pacifiques contribue à la mise en place de telles relations, il reste à comprendre ce qui, au cours du processus évolutif, a favorisé l’apparition de ces comportements.