Les métamorphoses du pouvoir


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Fruit d'une collaboration qui se poursuit (1) entre le département des Sciences de l'homme et de la société du CNRS et le magazine Sciences Humaines, le numéro hors série de cette revue, intitulé "Les métamorphoses du pouvoir", vient de paraître. La notion de pouvoir s'applique ici à l'espace politique mais aussi à l'économie ainsi qu'aux rapports de négociation et de domination, dans les organisations et entre les individus. Organisé en trois parties - puissance et régulation dans le monde ; État : pouvoir et contre-pouvoirs ; la démocratisation de la société -, ce dossier réunit les contributions de spécialistes qui sont, pour une bonne part, chercheurs au CNRS.
Quel que soit le lieu où il s'exerce, le pouvoir revêt des formes diverses et oscille entre deux pôles. Il peut aussi bien être absolu ou tyrannique que partagé, diffus ou interactif. La domi-nation et la contrainte peuvent s'exercer aussi bien sur le plan politique que dans la relation entre les individus, au travail, dans la famille, etc. Historiquement, la démocratisation politique a largement précédé le relâchement des rapports de domination directe au sein des sociétés. C'est de la modification du pouvoir dans les sociétés actuelles, à toutes les échelles, que traite ce numéro hors-série.

Puissance et régulation dans le monde

• La nouvelle hégémonie américaine, par Gérard Kébabdjian, professeur de sciences économiques à l'Université Paris 8 (Saint-Denis). La mondialisation économique exige davantage de coopération entre les États. L'exercice du pouvoir à l'échelle du monde suppose une capacité à initier des coalitions. Or, aujourd'hui encore, seuls les États-Unis disposent des moyens d'un tel leadership.
• Que peut l'Union européenne ?, par Philippe Moreau Defarges, chargé de mission à l'Institut français des relations internationales (IFRI), professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (IEP). La construction européenne a été conçue à l'origine en vue de contraindre les États à négocier plutôt qu'à se faire la guerre. Ce faisant, elle débouche sur l'émergence d'une puissance d'un nouveau type : la puissance civile.
• Les gouvernements face aux marchés financiers, par Sylvain Allemand, journaliste.
Existe-t-il une réelle tyrannie des marchés financiers sur les gouvernements ? État : pouvoir et contre-pouvoirs • L'État en France à; l'aube du XXIe siècle, par Luc Rouban, chargé de recherche au CNRS, Centre de recherches administratives, CNRS-Fondation nationale des sciences politiques.
Traditionnellement, l'État occupe une place centrale dans la société française. Face à la décentralisation ou la construction européenne, il a su s'adapter et conserver un réel pouvoir. La crise de l'État est davantage à chercher dans un affaiblissement d'influence du contrôle politique.
• Qui gouverne les grandes entreprises ?, entretien avec Bénédicte Bertin-Mourot, sociologue à l'Observatoire des dirigeants (Laboratoire de sociologie du changement des institutions, Institut de recherche sur les sociétés contemporaines, IRESCO/CNRS). D'où viennent les dirigeants des plus importantes entreprises françaises ? En majorité, des grandes écoles, et de la haute fonction publique. Vérifié à dix ans d'intervalle, ce constat rappelle qu'il existe un modèle bien français de recrutement des élites, où l'État joue le rôle principal.
• Groupes d'intérêt et démocratie, par Michel Offerlé, professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'IEP.
Des infirmières aux écologistes, des syndicats à l'ordre des avocats, les groupes d'intérêt sont partout. Ils défendent et encadrent leurs membres. Ils combattent parfois l'action de l'État, mais gèrent souvent les politiques publiques.
• Les réseaux d'influence, entretien avec Marc Abelès, anthropologue, directeur de recherche au CNRS et directeur du Laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS, IRESCO/CNRS).
L'étude des pouvoirs politiques, au niveau local, national et européen, montre l'importance des réseaux dans les élections. Il ne suffit pas de se présenter et d'avoir un bon programme pour être élu. Encore faut-il être éligible, c'est-à-dire appartenir à une famille, à des réseaux asso- ciatifs, syndicaux ou professionnels qui permettent de l'être.
• La victoire des médias, entretien avec Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS, laboratoire " Communication et politique ", directeur de la revue Hermès. La généralisation des médias de masse correspond à l'avènement de la démocratie de masse. La victoire de la télévision, dans les années 1980, a généré une élite médiatique restreinte. Celle-ci n'a pourtant que peu d'influence sur l'évolution de la société.
La démocratisation de la société • École : la nouvelle donne, par Agnès Henriot-Van Zanten, chargée de recherche au CNRS, Laboratoire de sociologie de l'éducation.
Sous ses airs de pyramide administrative, l'école publique n'a jamais été un pur et simple relais du pouvoir d'Etat. D'autant qu'aujourd'hui, la redistribution des pouvoirs au sein de la société favorise l'autonomie des établissements et l'intervention de nouveaux acteurs. Une évolution que les enseignants apprécient diversement.
• Heurs et malheurs de la démocratie au travail, par Dominique Martin, professeur de sociologie à l'Université Rennes 2.
De la représentation syndicale aux utopies de l'autogestion, le projet de redistribuer le pouvoir dans l'entreprise a connu plusieurs expressions successives. Échecs et déconvenues ont laissé la place, dans les années 1980, à une conception participative du management, seule forme actuellement perfectible de démocratisation des rapports de travail.
• Pouvoir dans la famille, pouvoir sur la famille, par Benoît Bastard, sociologue, chargé de recherche au CNRS, membre du Centre de sociologie des organisations (CNRS, Paris) et par Laura Cardia-Vonèche, sociologue, Institut de médecine sociale et préventive (Université de Genève).
Il n'y a plus, dans la famille, un pouvoir unilatéral. L'organisation est négociable en privé. Mais le principe du lien familial reste néanmoins un idéal de l'action sociale.

(02/jan/96) 4