Depuis un certain nombre dannées sest développée une polémique autour des jeux vidéo comme cause possible de crises dépilepsie chez certains sujets. Pour faire le point sur la question, une équipe de cliniciens de cinq centres hospitaliers français menée par Robert Naquet, de lInstitut Alfred Fessard du CNRS à Gif-sur-Yvette, a effectué une étude* portant sur 115 patients présentant différentes susceptibilités à faire des crises épileptiques et soumis à des stimulations lumineuses impliquant des caractéristiques variables de limage et de la fréquence des écrans utilisés. Cette équipe a ainsi montré que les jeux vidéo navaient aucun effet sur les sujets souffrant dune épilepsie non photosensible, mais pouvaient déclencher des crises chez des sujets photosensibles. Ces résultats confirment expérimentalement les hypothèses suggérées par certaines études ; ils indiquent en outre que les écrans de télévision fonctionnant à une fréquence de 100 Hz devaient être recommandés, de préférence à ceux à 50 Hz, aux sujets dont les antécédents personnels ou familiaux laisseraient suspecter une sensibilité particulière à la lumière intermittente.
Les jeux vidéo provoquent-ils des crises dépilepsie ? La polémique est presque aussi ancienne que les jeux en question, mais nest toujours pas résolue. Pour tenter de trancher le débat, une équipe française constituée autour de Robert Naquet, directeur de recherche émérite au CNRS (Institut Alfred Fessard, CNRS, Gif-sur-Yvette) sest lancée dans une étude dont le but était de répondre aux questions suivantes :
faut-il interdire les jeux vidéo à tous les sujets épileptiques, quelle que soit la forme dépilepsie dont ils souffrent ?
la télévision, connue pour être épileptogène chez des sujets prédisposés, est-elle la cause principale ?
la distance influence-t-elle lapparition de crises paroxystiques ?
y a-t-il des différences dans les effets produits par les écrans de télévision 50 Hz et les écrans 100 Hz, comme cela a été suggéré ?
enfin, certains jeux ou graphiques sont-ils plus que dautres susceptibles dinduire des crises ?
Pour répondre à ces questions, létude a été conduite dans cinq centres** français, chaque équipe de chercheurs utilisant le même protocole et le même matériel, sur 115 patients âgés de 7 à 30 ans, répartis en trois groupes :
1- un groupe de 33 patients ayant déjà manifesté une ou plusieurs crises épileptiques, ce uniquement pendant lexposition à un écran (télévision, jeu vidéo ou autre) ;
2- un groupe de 42 patients épileptiques photosensibles, mais présentant aussi des crises indépendantes dune stimulation lumineuse intermittente ;
3- un dernier groupe de 40 patients épileptiques non photosensibles.
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Des écrans de télévision de la même marque et de la même taille (0,6 m) avec des fréquences de balayage de 50 et 100 Hz ont été utilisés. Les sujets ont été placés successivement à 2 m, 1 m et 0,5 m de lécran. La même bande vidéo de 10 minutes, comportant des fragments démissions de télévision, de jeux vidéo et décran noir, a été utilisée dans les cinq centres. Les tests incluaient également de jouer, pendant 10 minutes, avec des jeux vidéo commerciaux sur écran de télévision, puis, pendant 10 minutes encore, avec des jeux vidéo portables.
Les résultats de cette étude montrent que les sujets non photosensibles ne présentent pas de manifestations électroencéphalographiques de type épileptique en regardant la bande vidéo. Toutefois, les auteurs soulignent que leur étude ne permet pas déliminer la possibilité pour les sujets non photosensibles de faire des crises dues à la fatigue après une exposition prolongée face à un écran de télévision ou à un jeu vidéo. Il est recommandé aux sujets photosensibles déviter les situations susceptibles dinduire chez eux des crises dépilepsie.
Par ailleurs, cette étude démontre de manière significative un effet " protecteur " des écrans à 100 Hz contre la survenue de manifestations épileptiques, par rapport aux écrans à 50 Hz. Toutefois, cette protection nest pas absolue, quelques patients prédisposés continuant de présenter quelques décharges électroencéphalographiques paroxystiques en face décrans à 100 Hz.
Le rapprochement de lécran est aussi un facteur daccroissement des risques de crises épileptiques.
Enfin, certaines caractéristiques de limage (mouvement, luminosité, contraste) peuvent intervenir aussi dans le déclenchement des crises.
En conclusion, pour répondre aux cinq questions initiales, il semble quil nest pas nécessaire dinterdire les jeux vidéo à tous les sujets épileptiques. La fréquence de balayage de lécran de télévision apparaît comme un des principaux facteurs favorisant lapparition des crises dépilepsie. Certains aspects de limage - des stries occupant tout lécran et se déplaçant lentement et des images statiques très brillantes notamment - peuvent aussi être causes dépisodes électroencéphalographiques anormaux. En outre, si en jouant le sujet fait varier la vitesse de balayage des stries de manière à la rapprocher de la fréquence la plus propice au déclenchement de la crise (15 éclairs par seconde), les manifestations épileptiques se multiplient. La distance joue aussi un rôle important (1 m est moins risqué que 50 cm), en particulier dans le cas des écrans à 50 Hz. En revanche, les jeux vidéo portables ne semblent pas provoquer de crises chez les sujets photosensibles.
* Ce travail a été soutenu par le ministère de lEconomie générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes, et par la Fondation française pour la recherche sur lépilepsie.
** Les cinq centres étaient : lHôpital Debrousse à Lyon, le Centre Saint-Paul à Marseille, le Centre hospitalier régional universitaire de Strasbourg, lHôpital de Bicêtre au Kremlin-Bicêtre et lHôpital Charles-Nicolle à Rouen.