En avant la musique !

octobre / novembre 1999

 
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" Qui n'honore pas la musique n'est pas digne de voir le jour ", Pierre de Ronsard (1524-1585). " La musique est un calcul secret que l'âme fait à son insu ", Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716). " Sans la musique, la vie serait une erreur ", Frédéric Nietzsche (1844-1900). " J'ai toujours pensé que la musique est fondamentalement thérapeutique, restaurant l'équilibre détruit par les pressions de la journée. Dans un état de déséquilibre physique, d'origine nerveuse ou mentale, la musique peut atteindre notre subconscient et remettre les choses en place. Cette thérapie explore une nouvelle approche fascinante de la vie intérieure ", Yehudi Menuhin (1916-1999). Nul besoin de louer les bienfaits de la musique sur l'être humain. Celle qui renoue de plus en plus avec la science, alliant création artistique et recherche fondamentale, n'en finit pas d'adoucir les mœurs.

Allegro ma non troppo : l'acoustique musicale

L'acoustique est née de la musique avec Pythagore et Aristoxène. Elle est la science des sons, qu'ils soient audibles ou non. Elle s'intéresse à leur production, leur transmission, leur réception, et participe à tout ce qui concerne la connaissance des trois mécanismes, leur maîtrise et leur utilisation aux fins les plus diverses. Le champ d'investigation comprend des matériaux traditionnels mais aussi des matériaux nouveaux (aciers, alliages, bois, céramiques, composites, bétons fibrés, alliage à mémoire de forme, tissus vivants) et des polymères. Si la lutte contre le bruit et les problèmes d'environnement sont une des priorités de cette fin de siècle, ils sont loin d'être les seuls domaines où l'acoustique est impliquée. Il faut noter en tout cas que l'importance des vibrations acoustiques tient moins aux énergies mises en jeu qu'au fait que l'ouïe des êtres vivants y est particulièrement sensible. L'audition est un sens d'alerte extraordinairement performant, qui recueille des informations élaborées sur les sources sonores et l'environnement, et qui permet le mode de communication humain le plus répandu, la parole.

" Trois petites notes de musique… " : l'informatique musicale

À la fin des années 1940, c'est la période " héroïque " du Centre d'étude de radio-télévision à Paris, héritier d'une station de radio clandestine des années d'occupation : Pierre Schaeffer y invente la " musique concrète " et il introduit la notion d'" objet sonore ". Dans les années 1950, il institutionnalise la recherche artistique en créant le Groupe de Recherches Musicales. Sous sa direction puis celle de François Bayle et aujourd'hui Daniel Teruggi, ce lieu privilégié voit travailler des musiciens comme Pierre Henry, Michel Philippot, Iannis Xenakis, Luciano Berio. La musique concrète utilise des sons enregistrés ; la musique électronique, elle, tire parti de sons produits par des oscillations électroniques. Impulsée à Cologne par Herbert Eimert et Karlheinz Stockhausen, elle s'inspire à ses débuts des démarches formalisées de la musique sérielle. Les préoccupations musicales ont joué un rôle significatif dans nombre de développements de l'informatique, de la synthèse des sons à la composition assistée par l'ordi-nateur, des logiciels modulaires jusqu'aux microprocesseurs intégrés au niveau des capteurs en passant par la microinformatique et les systèmes dédiés au temps-réel. Née en 1956 avec la composition assistée par ordinateur, l'informatique musicale connaît ses premières heures de gloire en 1957 avec les américains Max Mathews, John Pierce et Newman Guttman qui réussissent la synthèse et l'enregistrement des sons. Les recherches de Mathews, Risset et Chowning apportent un savoir et un savoir-faire sur le son musical dont la pertinence est établie par le test de la synthèse, et qui permettront plus tard des réalisations industrielles comme les synthétiseurs numériques. Longtemps confinée dans les laboratoires, l'informatique musicale est portée sous les feux de l'actualité en 1977 lors de la création de l'IRCAM, institut de recherche et de création imaginé par Pierre Boulez ; elle édite depuis 1983 des produits à destination du grand public.

Les exigences musicales ont suscité d'importantes percées scientifiques et techniques dans le domaine du son numérique. L'informatique permet de maîtriser des sons de structure complexe. Les paradoxes auditifs ou illusions acoustiques réalisés grâce à l'ordinateur mettent en lumière les spécificités de la perception auditive, adaptée à extraire de l'environnement sensoriel des informations utiles à la survie. L'enjeu déborde le milieu des musiciens professionnels : d'authentiques outils de création individuels pourront susciter un renouveau de la pratique musicale.

 

L'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

L'un des principaux fondements de l'IRCAM est de susciter une interaction féconde entre recherche scientifique, développement technologique et création musicale contemporaine, pour un renouvellement de l'expression musicale. Réciproquement, les problèmes spécifiques posés par la création contemporaine donnent lieu à des avancées scientifiques originales tant théoriques, méthodo-logiques qu'appliquées, dont la portée dépasse largement le seul domaine musical. Cette médiation entre recherche et création musicales comporte en particulier le développement d'outils logiciels pour la composition, à partir de modèles et prototypes élaborés par des équipes de recherche travaillant dans les différents domaines en rapport avec la musique : informatique (langages, interfaces homme-machine, temps-réel, bases de données), traitement du signal et automatique, acoustique, perception et psychologie cognitive de l'audition.
Les activités de l'IRCAM sont structurées autour de deux pôles complémentaires, recherche et développement. Le pôle recherche s'articule selon une organisation thématique par équipes : Acoustique instrumentale - Acoustique des salles - Perception et cognition musicales - Analyse-synthèse - Représentations musicales - Systèmes temps réel - Studio en ligne. Le pôle de développement a pour mission l'adaptation des modèles et prototypes issus de la recherche sous la forme d'outils et d'environnements logiciels pour la composition. Chaque année, l'IRCAM accueille de vingt à vingt-cinq compositeurs qui reçoivent une commande pour réaliser une œuvre confrontant le plus souvent des interprètes (instrumentistes ou chanteurs) et des nouvelles techniques.
Adresse du serveur : http://www.ircam.fr


 

L'Association pour la création et la recherche sur les outils d'expression (ACROE)

Fondée en 1977 par Claude Cadoz, Jean-Loup Florens, Annie Luciani, chercheurs de l'Institut national polytechnique de Grenoble (INPG), elle œuvre depuis sa création au rapprochement entre art-science et technologie. Dès 1978, l'ACROE a introduit et développé deux innovations en informatique musicale et en informatique graphique : la synthèse de sons par modèle physique et le contrôle instrumental à retour d'effort. Elle est à l'origine de trois concepts innovants : la modélisation physique modulaire, les systèmes gestuels à retour d'effort, la simulation multisensorielle temps réel (geste-son, geste-image, geste-son-image). La démarche de l'ACROE est exemplaire des réalités virtuelles et des potentialités transversales que permettent les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Elle est fondée sur une analyse du processus de création artistique et de ses besoins fondamentaux : constructivité (composition), instrumentalité (manipulabilité des objets construits) et évidence perceptive.
Par ses quatre missions -recherche, création artistique, formation, valorisation- l'ACROE cherche à créer et à diffuser des connaissances et outils de création s'adressant aussi bien à des artistes et à des scientifiques qu'à un public cultivé. Elle accueille aujourd'hui dans ses studios, des artistes compositeurs et plasticiens, et collabore avec divers établissements culturels et artistiques au français et étrangers (studios et groupes de recherche en musique, art et multimédia, écoles d'art, conservatoires de musique, centres de culture scientifique et technique). Son programme depuis 1977 est porté par une structure associative conventionnée et financée majoritairement par le ministère de la Culture et de la Communication (Direction de la Musique et de la Danse) sur le BCRD. Ce programme a donné lieu à 18 thèses et 54 DEA et à la création d'une équipe d'accueil MENRT des universités scientifiques grenobloises Joseph Fourier (UJF) et INPG pour le contrat quadriennal 1999-2002. Adresse du serveur : http://www-acroe.imag.fr
Adresse du serveur : http://www-acroe.imag.fr


 
 

Référence     

 

• Rapport de conjoncture de la section " Mécanique Génie des Matériaux Acoustique " du CNRS, 1996.

• CNRS-Info numéro spécial " La musicologie au CNRS ", juin 1991, pp. 34-35.

• H. Dufourt, Musique, pouvoir, écriture, Paris : éd. C. Bourgois, 1991
.
• Le Courrier du CNRS, n° 71, 1988 ; n° 77, 1991 ; n° 80, 1993.

• A. Zenatti, [éd.] (articles de M. Castellengo, D. Deutsch, J.-C. Risset...), Psychologie de la musique. Paris : PUF., 1994.

• J.-C. Risset, Sculpting sounds with computers : music, science, technology. Leonardo 27, 257-261, 1994.

Chercheurs et artistes. Autrement n° 158, coll. Mutations, octobre 1995.

• H. Dufourt, J.-M. Fauquet, [éds], La musique depuis 1945 - matériau, esthétique, perception. Ed. Mardaga, 1996.

• J.-C. Risset, Rapport " Art-Science-Technologie : rapport de mission commandé le 31 mars 1998 " par le Ministre de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, 27 septembre 1998 (accessible sur le site web : www.education.gouv.fr/rapport/risset/).

• D. Deutsch [éd.], The psychology of music. Academic Press, 1999.