Un air pur sans oxydes de soufre et d'azote ? C'est désormais possible !
Une nouvelle approche pour la désulfuration des gazoles

février 2000

 
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La diminution des émissions d'oxydes de soufre et d'azote (SOx et NOx) dans les grandes villes est l'un des enjeux de ce début de siècle. Les composés soufrés contenus dans les gazoles génèrent des gaz toxiques après combustion. Ces derniers s'éliminent essentiellement par traitement catalytique. Du fait de l'abaissement des normes de tolérance, les procédés classiques deviennent limités d'un point de vue technique et économique. Des chercheurs du Laboratoire de catalyse et synthèse organique* et de l'Institut de recherches sur la catalyse** (IRC) ont étudié les mécanismes fondamentaux de l'hydrodésulfuration (HDS) et proposé un procédé de désulfuration fondé sur un concept innovant.

 

Les industriels du pétrole parviennent à atteindre les normes imposées en terme de quantités de soufre contenues dans les gazoles, mais ne possèdent pas de techniques économiquement viables pour diminuer davantage les taux de polluants. Les contraintes environnementales ont conduit récemment les législateurs européens à réduire les quantités de soufre maximales admises dans les gazoles à une teneur de 500 ppm***, valeur qui ne devra pas dépasser 50 ppm en 2005. Ces limites sont atteintes grâce à des catalyseurs d'hydrotraitement, mais dans des conditions extrêmes de température et de pression qui réduisent le temps de vie des catalyseurs. Des efforts sont entrepris afin d'éliminer les composés soufrés réfractaires à l'hydrodésulfuration classique, avec notamment le développement de nouveaux catalyseurs (nouveaux supports, nouvelles phases actives...) et l'amélioration du procédé même d'hydrodésulfuration (procédé à deux étages). Des technologies telles que la désulfuration biocatalytique, les procédés d'absorption et l'oxydation des espèces soufrées, sont aujourd'hui mises en œuvre, mais aucune d'entre elles n'est suffisamment efficace pour atteindre les niveaux de soufre autorisés.

L'analyse des composants des coupes pétrolières n'est pas aisée car les produits aromatiques polluants (contenant ou non des hétéroatomes) sont noyés sous une matrice paraffinique qui rend la chromatographie en phase gazeuse classique inexploitable. Les scientifiques ont eu à optimiser plusieurs paramètres : la sélectivité, l'insolubilité complète dans les alcanes (pour séparer facilement les complexes formés de la matrice gazole) et la vitesse de complexation. Les travaux menés ont fait appel à diverses branches de la chimie : synthèse organique, physico-chimie et modélisation moléculaire. Un nouveau procédé de désulfuration des gazoles a pu être mis au point. Il repose sur la formation de complexes de transfert de charge insolubles dans les gazoles, ce qui permet l'élimination sélective et la récupération des dérivés alkyldibenzothiophènes des coupes pétrolières. Une famille bien ciblée de complexants spécifiques a permis de prouver la validité du concept. Les études ont porté sur des coupes pétrolières riches en composés soufrés, contenant environ 1 % en poids de soufre. Les gazoles pré-traités par ce procédé de complexation se sont avérés, au laboratoire, beaucoup plus faciles à hydrodésulfurer. En effet, ils ne contenaient plus de molécules réfractaires au processus d'hydrodésulfuration classique. La méthode développée semble donc un moyen efficace d'élimination des dibenzothiophènes avant hydrotraitement du gazole. Ce procédé pourra être mis en œuvre dans des conditions plus douces de température et de pression, sur des catalyseurs classiques, puisque les coupes pétrolières à traiter ne contiendront plus que des composés soufrés facilement transformables. Les premiers essais en laboratoire ont montré que la vitesse de désulfuration pouvait être ainsi nettement accélérée et que le niveau de soufre final atteint était plus bas.

Ces travaux de recherches ont fait l'objet d'un dépôt de brevet français par le CNRS. Un consortium formé de TOTALFINA, d'ELF et de l'Institut français du pétrole poursuit les recherches pour évaluer les performances et le coût de ce nouveau procédé vers un développement industriel.

 

* CNRS-Université Lyon 1.

** CNRS.

*** parties par milllion.

 

Référence     

 

• V. Meille, E. Schulz, M. Vrinat and M. Lemaire. Chem. Commun. 1998, p. 305.
• A. Milenkovic, E. Schulz, V. Meille, D. Loffreda, M. Forissier, M. Vrinat, P. Sautet, M. Lemaire. Energy & Fuels. 1999, 13, p. 881.