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Suite à la loi Bataille* qui fait une obligation
à tous les organismes de la recherche publique de se pencher sur
le problème des déchets nucléaires, un vaste effort
est actuellement entrepris pour répertorier les réactions
nucléaires et évaluer les méthodes à mettre
en uvre pour réaliser une installation à rendement
de transmutation élevé et avec un coût acceptable.
La transmutation des déchets à vie longue (Cf. encadré)
et en particulier celle des actinides mineurs est l'un des axes de recherche
du programme interdisciplinaire PACE (Programme pour l'aval du cycle électronucléaire).
C'est dans ce cadre que le dispositif, SAPHIR**, conçu
pour des expériences de physique fondamentale, va être utilisé
dès le printemps 2000 pour des études de fission de certaines
réactions nucléaires. SAPHIR est le fruit d'une collaboration
entre des chercheurs de l'Institut national de physique nucléaire
et de physique des particules du CNRS*** et de la Direction
des Sciences de la matière du Commissariat à l'énergie
atomique.
L'une des options retenues repose sur le développement des réacteurs
hybrides : il s'agit de systèmes où une source intense de
neutrons, générés par un accélérateur
de protons de haute énergie et de forte intensité, alimente
un réacteur qui fonctionne de façon sous-critique. Les études
de faisabilité de ces réacteurs hybrides se heurtent actuellement
au manque de données nucléaires concernant les produits
de fission à vie longue et les actinides mineurs.
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Le multidétecteur SAPHIR en cours de montage
au laboratoire national de Legnaro ( Padoue, Italie).
© CNRS/IN2P3. Photo : Gérard Barreau. |
Cette méconnaissance est due à la difficulté de traiter
ces noyaux radioactifs, toxiques parfois, et dont la manipulationexige
des installations coûteuses. C'est le cas par exemple du 233Pa (Proactinium),
déchet primaire de la combustion du thorium, dont il n'existe encore
aucune mesure de capture ou de fission induite par neutron. L'intérêt
renouvelé pour ce 233Pa est lié au développement
des réacteurs hybrides dont le combustible devrait être fondé
sur le cycle du thorium. Le noyau 233Pa est radioactif ; sa durée
de demi-vie (temps à partir duquel il en reste la moitié)
étant de 27 jours, il est particulièrement dangereux à
manier. Sous l'impact de neutrons, il peut donner des produits de fission
à vie longue, ceux dont justement on veut se débarrasser.
Quel est donc le rendement (ou section efficace) de la fission de ce protactinium
sous l'impact des neutrons ?
Une équipe du Centre d'études nucléaires de Bordeaux-Gradignan
propose une méthode largement utilisée dans les études
de structure nucléaire lorsqu'on s'intéresse à des
produits qui exigeraient l'emploi de cibles radioactives. On étudie
une autre réaction (réaction numéro 2) qui fait pénétrer
au sein de la réaction numéro 1 que l'on veut étudier.
- Réaction 1 : 233Pa (Protactinium) + neutron >
234Pa >
fission
- Réaction 2 : 232Th (Thorium) + 3He >
proton+ 234Pa >
fission
Connaissant le mécanisme de la réaction
2, grâce aux outils de la recherche fondamentale en physique nucléaire,
on peut remonter à celui de la réaction 1. Les outils utilisés
sont l'accélérateur Tandem de l'Institut de physique nucléaire
d'Orsay (seule machine en France à produire un faisceau d'Hélium
3 à énergie convenable), et le détecteur SAPHIR conçu
pour des études de structure nucléaire qui a fonctionné
à Strasbourg et à Legnaro (Italie) avec les multidétecteurs
EUROGAM et EUROBALL.
Les fragments de fission issus de la réaction sont détectés
par 16 détecteurs du dispositif SAPHIR. Ce dispositif consiste
en un assemblage de cellules photovoltaïques au silicium identiques
à celles utilisées pour la réalisation des panneaux
solaires à usage terrestre ou pour les vols dans l'espace. Ces
cellules sont utilisées pour la détection des particules
lourdes très ionisantes depuis une vingtaine d'années dans
le but de réaliser des détecteurs versatiles et bon marché.
Elles peuvent, dans de nombreuses applications, remplacer les détecteurs
standard au silicium grâce à des performances comparables
doublées d'une excellente tenue aux radiations (neutrons et particules
chargées). Leur souplesse d'emploi et leur faible coût ont
permis de réaliser un dispositif de détection comportant
plusieurs dizaines de cellules (actuellement 48).
Ce multidétecteur présente un encombrement réduit
et une excellente transparence aux rayonnements gamma et aux neutrons.
Ces caractéristiques lui permettent donc d'être associé
à d'autres détecteurs qui l'entourent tout en gardant une
grande efficacité de détection. Le système SAPHIR,
réalisé en collaboration avec une équipe du DAPNIA
du CEA est un ensemble évolutif dont la géométrie
et le nombre de cellules sont fixés par le physicien pour un usage
propre. Les premiers tests pour l'étude des fissions du proactinium
sont prévus au printemps 2000.
*
Loi Bataille de 1991 : Loi n° 91-1381 du 30 décembre 1991 relative
aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs parue au
Journal Officiel du mercredi 1er janvier 1992 (124e année,
n° 1).
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SAPHIR : Saclay Aquitaine Photovoltaic Isomer Research.
*** Centre d'études nucléaires de Bordeaux-Gradignan
(CENBG, CNRS-Université Bordeaux 1) et Institut de physique nucléaire
d'Orsay (CNRS-Université Paris 11).
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