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Première
observation de la densité électronique de valence d'une
petite protéine par diffraction des rayons X à ultra haute
résolution
Des
chercheurs du Laboratoire de cristallographie et modélisation des
matériaux minéraux biologiques (LCM3B)*
ont procédé à des mesures par diffraction
X à très haute résolution sur des cristaux de
petits peptides, briques élémentaires des protéines.
Ils ont pu ainsi établir pour toutes les fonctions chimiques existant
dans les protéines une banque de paramètres décrivant
la densité électronique atomique et transférables
d'une molécule à une autre. La banque, servant de modèle
de départ, leur a permis, pour la première fois, de calculer
et de représenter, à partir du spectre de diffraction X
ultra haute résolution d'une protéine, sa densité
électronique et ses propriétés électrostatiques.
La base de données consiste en un ensemble de paramètres
décrivant la charge et la densité électronique à
symétrie non sphérique de chaque atome d'un acide aminé.
Ces paramètres sont estimés à partir d'expériences
de diffraction X haute résolution. La figure 1 donne un exemple
de densité électronique, dite de déformation, d'un
groupe Carbone=Oxygène d'une fonction peptidique montrant l'arrangement
des électrons dû aux liaisons covalentes ainsi que les paires
libres d'électrons visibles à proximité du noyau
de l'atome d'oxygène.
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Figure
1 : Un exemple de densité électronique d'un groupe
Carbone=Oxygène. Extrait de la base de données.
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Figure
2 : Structure cristallographique de la crambine (46 résidus
amino-acides).
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Figure
3 : Carte de densité électronique, modèle
de déformation dans un plan peptidique CONH de la crambine.
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Le développement
des synchrotrons et de la cryo-crystallographie permet de réaliser
des mesures de diffraction à résolution subatomique sur des
protéines. Ainsi, il a été possible d'obtenir des données
ultra haute résolution (0,5 Å) sur une protéine, la
crambine (800 atomes, 46 résidus amino-acides) (figure 2) ; le spectre
a été mesuré au synchrotron de Hambourg par V.
Lamzin et M. M. Teeter**. Grâce à l'utilisation de la base
de données décrite ci-dessus, l'extension aux protéines
des méthodes de détermination de la densité de charges
(méthodes jusqu'alors valables uniquement sur de petites molécules)
est possible : l'équipe nancéenne a décrit pour la
première avec une bonne précision la densité électronique
et les charges atomiques de cette protéine.
La figure 3 donne la carte de densité électronique de déformation,
dans le plan peptidique CONH, définie comme la différence
entre la densité observée et modélisée à
partir de l'expérience rayons X synchrotron d'une part et la densité
calculée dans une hypothèse d'atomes sphériques,
considérés comme libres et sans interaction avec leurs voisins
d'autre part ; cette carte fait clairement apparaître sur les liaisons
covalentes des résidus de densité électronique dont
la paramétrisation analytique permet l'obtention de paramètres
électrostatiques, charges atomiques, moments, directement utilisables
dans les champs de force de la modélisation moléculaire.
En outre, ces résultats expérimentaux ouvrent la possibilité
de calibrer les calculs de structures électroniques par des méthodes
quantiques.
Les travaux récents en collaboration avec A. Podjarny***
utilisant le synchrotron d'Argonne (APS, USA) montrent la possibilité
d'étendre ces travaux à des protéines de taille moyenne
et dont la connaissance précise du mécanisme d'action est
fondamentale en pharmacologie : ainsi 550 000 intensités diffractées
à une résolution de 0,6 Angström ont pu être obtenues
à une excellente précision pour des cristaux d'aldose réductase,
protéine de 5700 atomes. L'inhibition de cette protéine d'intérêt
pharmacologique permet de limiter certaines complications du diabète
telles que la cataracte ou les neuropathies. L'analyse fine de son mécanisme
catalytique et de la reconnaissance protéine/médicament demande
une connaissance approfondie de l'état de charge des atomes du site
actif et de leur potentiel électrostatique ce qui est possible dorénavant
grâce à ces travaux.
En conclusion, l'utilisation conjointe des synchrotrons de troisième
génération (mesure) et de calculateurs parallèles
(Centre Charles Hermite, Nancy) rend désormais possible ce type
d'investigation grâce à une approche expérimentale,
la cristallographie à ultra haute résolution. On peut donc
envisager dans un avenir très proche, une compréhension
au niveau sub-atomique de processus biologiques complexes tels que les
transferts d'électrons et de protons, les réactions d'oxydo-réduction
faisant intervenir des centres métalliques réactionnels,
l'activation du dioxygéne (hémoglobine). Les réactions
chimiques catalysées par certaines métalloprotéines
(réduction de l'hydrogène ou de l'azote) représentent
un enjeu environnemental de la plus haute importance.
Références :
- C. Jelsch, M. Teeter, V. Lamzin , V. Pichon-Pesme, R. H. Blessing
and C. Lecomt. Accurate protein crystallography at ultra high resolution
: valence Electron distribution in crambin. Proc. Nat. Acad. Sci.
USA. (2000) 97, pp. 3171-3176.
- V. S. Lamzin, R. S. Morris, Z. Dauter, K. S. Wilson and M. Teeter
(1999), J. Biol. Chem. 274, pp. 20753-20755.
*
CNRS-Université Henri Poincaré (Nancy 1).
** Respectivement
au Laboratoire européen de biologie moléculaire, Heidelberg
(Allemagne) et à l'Université de Boston (USA).
***
Institut de génétique et de biologie moléculaire
et cellulaire, Strasbourg.
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La diffraction
des rayons X par les cristaux est un outil privilégié
de détermination de la structure tridimensionnelle des molécules.
En effet, les rayons X interagissent avec le nuage électronique
des atomes du cristal. Le cristal étant un milieu périodique
tridimensionnel, ces ondes diffusées interfèrent et provoquent
le phénomène de diffraction. La mesure de ces intensités
diffractées donne alors accès aux composantes de Fourier
de la densité électronique de la molécule. Une
détermination structurale consiste donc à repérer,
après un certain nombre d'étapes de calculs, les maxima
de densité électronique, que l'on assimile aux positions
atomiques. Le développement, durant ces vingt dernières
années, de sources intenses de rayons X (synchrotrons) et de
la puissance de calcul des ordinateurs a permis la détermination
de nombreuses structures de protéines à résolution
quasi-atomique (1-3 Å).
Par ailleurs, des méthodes plus sophistiquées de détermination
de la densité électronique précise ont été
développées pour les petites molécules et les matériaux
minéraux, en particulier à Nancy : la distribution des
électrons autour des atomes dans une molécule s'organise
notamment pour former les liaisons covalentes. À un niveau plus
fin, le nuage électronique se déforme aussi sous l'influence
de la géométrie de la molécule et des interactions
non-liées interatomiques et intermoléculaires. Les méthodes
cristallographiques d'analyse de la densité de charge décrivent
à la précision de 0,05 électron/Å3 la distribution
des électrons dans un solide ou une molécule cristallisée
; la densité électronique réelle est alors modélisée
analytiquement, à partir des spectres de diffraction X, conduisant
à une estimation expérimentale précise des charges
atomiques, du potentiel et du champ électrostatiques. Bien entendu,
ces méthodes ne s'appliquaient avant ce travail uniquement qu'à
des systèmes mesurés à une résolution subatomique
(< 0,7 Å), et aux petites mailles cristallines donc aux petites
molécules ou matériaux à structure simple.
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