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Une
forte proportion du génome est formée d’éléments transposables (ET). Leur
capacité à se déplacer les a longtemps fait passer pour des parasites
du génome. Ces éléments mobiles sont en grande partie responsables de
la variabilité génétique. Grâce à leur capacité à provoquer des mutations
dans le génome, ils constituent aussi des moteurs de l’évolution. Ils
semblent même avoir, à certains égards, un rôle fonctionnel.
| Escherichia
coli (bactérie) |
0,3 |
| Saccharomyces
cerevisiae (levure) |
5,0 |
| Arabidopsis
thaliana (plante) |
10 |
| Gallus
domesticus (poule) |
27 |
| Xenopus
laevis (xénope) |
37 |
| Homo
sapiens (Homme) |
40 |
| Mus
musculus (souris) |
42 |
| Zea
mays (maïs) |
60 |
| Bombina
variegata (papillon) |
64 |
| Rana
esculenta (grenouille) |
77 |
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Pourcentage de séquences
d'ADN répétées chez diverses espèces.
Le séquençage des grands génomes (le ver nématode, la mouche drosophile,
l’homme et certaines plantes) permet d’accumuler une somme considérable
de connaissances sur leurs constituants et leur organisation. L’un des
pro-blèmes fondamentaux soulevés par la posses-sion de nombreuses séquences
de gènes est de comprendre comment ces gènes interagissent, et comment
le génome interagit avec son environnement. Dans ce contexte, il est remarquable
de constater que les séquences génétiques ayant un rôle fonctionnel clair
pour l’organisme ne représentent qu’une petite pro-portion (5 % chez l’homme)
de l’ensemble d’un génome. Le reste est constitué d’ADN non codant et
de nombreuses séquences répétées de taille diverse, parmi lesquelles les
éléments transposables (ET) forment un groupe à part (42 % du génome humain)
mais d’un intérêt considérable. On sait en effet que des variations dans
la quantité de tels éléments sont respon-sables des variations de taille
des génomes entre espèces. Ainsi, on estime que le génome du maïs a doublé
ces 3 derniers millions d’années par suite d’une invasion d’un type particulier
d’éléments proches des rétrovirus.
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Photographie
de chromosomes polytènes de drosophile. Les bandes bleues sont caractéristiques
des chromosomes. Les bandes rouges-marron correspondent à des séquences
d'élé-ments transposables révélées par une réaction cytochimique.
Tous les bras des chromosomes sont reliés à une structure commune
appelée le chromocentre.
© Catherine Loevenbruck, CNRS-UMR 5558 : «Biométrie et biologie
évolutive», Université Lyon 1.
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Pendant longtemps, on a considéré les ET comme des parasites des génomes.
Le problème était alors de savoir comment les génomes supportaient ces
éléments et par quels mécanismes ils luttaient contre leur pouvoir d’invasion.
Les ET possèdent en effet toutes les enzymes nécessaires à leur propre
déplacement (ou transposition). Ils ont ainsi la capacité à provoquer
des mutations et des réarrangements chromosomiques (recombinaisons, inversions,
translocations…). C’est cette propriété de mutateur qui confère à ces
ET un intérêt au cours de l’évolution (ils modifient la variabilité génétique)
: il a ainsi été montré que leurs mouvements au sein d’un génome participaient
à la variabilité génétique de certains caractères quantita-tifs chez la
drosophile. Il est donc possible de supposer que la variabilité liée aux
éléments transposables a permis et permet encore aux populations de s’adapter
par exemple à des changements dans l’environnement.
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Distribution
géographique de populations de Drosophila melanogaster caractérisées
par leur charge en éléments transposables (30 éléments). Le nombre
de copies d'éléments transposables suit l'invasion du monde par
cette espèce, suggérant une relation entre la variabilité génétique
liée aux éléments transposables et les capacités invasives de l'espèce.
La taille des ronds et l'intensité des couleurs sont proportionnelles
au nombre de copies de 30 éléments transposables estimé par hybridation
in situ sur les chromosomes polytènes. Ce nombre varie de
816 à 1132 copies.
© Catherine Loevenbruck, CNRS-UMR 5558 : «Biométrie et biologie
évolutive», Université Lyon 1.
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Cependant, même si cette variabilité a un effet bénéfique à long terme,
un génome ne peut pas tolérer un trop grand brassage continuel. Aussi,
de nombreuses régula-tions se sont-elles mises en place pour limiter l’activité
des ET en agissant sur leur transposition, leur transcription ou sur l’expression
de leurs protéines. Un mécanisme particulier dit de méthylation des cytosines
a même été considéré chez les plantes comme l’un des principaux processus
mis en place pour s’opposer à l’invasion des ET. Devant la quantité considérable
de copies de nombreux éléments dans le génome des plantes, on peut cependant
douter de l’efficacité réelle de ce mécanisme. En fait, de nombreuses
séquences d’ET sont effectivement inactives, mais il a été montré, notamment
chez la levure, chez des bactéries et des plantes, que certaines séquences
pouvaient se réactiver sous l’influence de stress de l’environnement (chaleur,
irradiation aux UV, blessures…) et contribuer ainsi à l’apparition, au
moins temporaire, d’une nouvelle variabilité génétique.
Si le rôle mutateur des ET et leur influence sur la variabilité génétique
ont été immédia-tement reconnus, leur influence au cours de l'évolution
a mis plus de temps à être acceptée. Or on sait maintenant que ces éléments
ont joué une part considérable dans la mise en place de certains systèmes
de régulation des gènes. Leurs rôles comme protecteurs des extrémités
des chromosomes (les télomères) de la drosophile, dans la formation des
introns (les séquences non codantes des gènes) et des exons (les séquences
codantes des gènes) ainsi que dans la mise en place de la variabilité
du système immunologique des vertébrés sont de remarquables illustrations
de leur pouvoir de remodelage de la structure et du fonctionnement du
génome et, donc, de leur impact au cours de l’évolution des organismes.
Le génome apparaît de plus en plus comme un ensemble dynamique soumis
à des forces complexes et parfois opposées, qui peuvent varier selon les
conditions de l’environnement. C’est l’ensemble de ces forces et de leurs
interactions qui forme le moteur de l’évolution.
Pour
en savoir plus :
•
Smit F. A. Interspersed repeats and other mementos of transposable elements
in mammalian genomes. Curr. opin. Genet. Dev. 9 (1999) : pp. 657-663.
•
SanMiguel P., Gaut B. S., Tikhonov A., Nakajima Y. and Bennetzen J. L.,
The paleontology of intergene retrotransposons of maize. Nature genet.
2 (1998) : pp. 43-45.
•
McDonald J. F., Transposable elements, gene silencing and macroevolution.
Trends Ecol. Evol. 13 (1998) : pp. 98-95.
•
Yoder J. A., Walsh C. and Bestor T. H., Cytosine methylation and the ecology
of intragenomic parasites. Trends Genet. 13 (1997) : pp. 335-340.
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