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En
combinant une approche bioinformatique et une analyse biochimique, des
chercheurs de l'Institut de génétique et microbiologie1
et du Laboratoire "Développement et évolution"1
ont réussi à localiser sur le génome d'un microbe
hyperthermophile nommé Pyrococcus abyssi (la coque brûlante
des abysses), le site où démarre le mécanisme permettant
la formation de deux chromosomes identiques au moment de la division cellulaire.
Ces deux équipes ont identifié, à proximité
de ce site, appelé origine de réplication, la présence
d'un gène codant pour une protéine très semblable
à celle qui déclenche la réplication des chromosomes
chez l'homme. Les éléments principaux du mécanisme
donnant lieu à la reproduction des génomes à l'identique
d'une génération à l'autre ont ainsi été
conservés depuis plus de 3 milliards d'années. Le mécanisme
d'initiation de la réplication étant toutefois simplifié
chez Pyrococcus abyssi, son étude2
devrait en être facilitée.
Pour son premier programme de séquençage d'un génome
complet, le Génoscope d'Evry a choisi d'étudier en 1998
le génome de Pyrococcus abyssi. Ce microorganisme avait
été isolé quelques années plus tôt dans
le Laboratoire des sciences de l'environnement marin3.
Il ne peut croître et se diviser qu'à des températures
très élevées, entre 80 et 105°C, et tous ses
gènes sont regroupés sur un seul chromosome formé
par une double hélice d'ADN circulaire.
L'intérêt des chercheurs pour Pyrococcus abyssi provient
du fait qu'il s'agit d'une archaebactérie4.
Ces microorganismes, qui ont divergé de nous et des autres bactéries
voici plus de trois milliards d'années, sont parfois beaucoup plus
proches de l'homme que des bactéries, sur le plan moléculaire.
Encore fallait-il déterminer si ces archaebactéries débutaient
la réplication de leur molécule d'ADN en un seul site sur
le chromosome, ce qui est le cas des bactéries, ou à partir
d'un très grand nombre d'origines, comme chez l'homme et les autres
organismes composés de cellules à noyau (animaux, végétaux,
champignons etc.).
Pour répondre à cette question, les chercheurs5
ont d'abord utilisé une approche bioinformatique : en mesurant
l'abondance relative de certains mots de quatre lettres tout le long de
la séquence de P. abyssi, ils ont ainsi réussi à
identifier le site qui constituait probablement l'origine de la réplication.
Ce résultat devait néanmoins être confirmé
par une analyse biochimique. Pour cela, Hannu Myllykallio6,
a réussi à trouver les conditions permettant à toutes
les cellules d'une population de Pyrococcus abyssi d'initier en
même temps la réplication de leur chromosome. Il a ainsi
pu identifier le premier fragment du chromosome répliqué
comprenant bien la région de l'origine de réplication identifiée
lors de l'approche bioinformatique.
Ces expériences montrent que les archaebactéries répliquent
leurs chromosomes à partir d'une seule origine, comme les bactéries.
En revanche, l'analyse des gènes présents chez Pyrococcus
abyssi ne mettait en évidence aucun des gènes responsables
de l'initiation de la réplication chez les bactéries. Au
contraire, juste à côté de l'origine unique de Pyrococcus
abyssi, on trouve un gène codant pour une protéine qui
ressemble beaucoup à une protéine humaine appelée
Cdc 6 (cycle de division cellulaire).
Chez l'homme, le démarrage de la réplication est en effet
un mécanisme très complexe et mal connu qui, outre Cdc6,
met en jeu au moins une quinzaine de protéines. L'une de ces protéines,
appelée MCM (Mini Chromosome Maintenance) est également
présente chez P. abyssi. Il semble donc que P. abyssi soit
capable de réaliser avec deux protéines, ce qui nécessite
chez l'homme au moins 15 protéines différentes. Le mécanisme
d'initiation de la réplication devrait donc être plus facile
à étudier chez Pyrococcus abyssi.
Il
s'agit d'un enjeu important si l'on considère le rôle clef
du mécanisme d'initiation de la réplication dans le cycle
cellulaire. Cette étape est en effet la cible des mécanismes
qui régulent le processus de division cellulaire. Tout dérèglement
de ce mécanisme chez l'homme risque de générer un
cancer. On peut donc espérer que l'étude de la réplication
de l'ADN chez les archaebactéries pourra compléter les études
similaires menées directement sur les systèmes eucaryotes
et aboutir à des applications médicales importantes.
Référence :
Hannu
Myllykallio, Philippe Lopez, Purificación López-García,
Roland Heilig, William Saurin, Yvan Zivanovic, Hervé Philippe
and Patrick Forterre. Bacterial Mode of Replication with Eukaryotic-Like
Machinery in a Hyperthermophilic Archaeon. Science, vol. 228,
23 juin 2000, pp. 2212-2215.
1
CNRS-Université Paris Sud.
2 Ces travaux de recherche ont pu être
menés grâce au séquençage complet du génome
de Pyrococcus abyssi par une équipe du Génoscope
d'Evry.
3
LEMAR-CNRS/Université de Brest.
4 Groupe de bactéries très éloignées
sur le plan évolutif (caractères moléculaires)
des bactéries classiques.
5 Philippe Lopez et Hervé Philippe du Laboratoire
" Développement et évolution " ; Patrick Forterre
de l'Institut de génétique et microbiologie.
6 Post doctorant à l'Institut de génétique
et microbiologie.
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