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Une
équipe du Laboratoire de biologie moléculaire eucaryote1
(LBME) vient d'identifier2
une nouvelle classe de petits ARN nucléolaires (snoARN) exclusivement
exprimés dans le cerveau des mammifères. Ces résultats
ouvrent d'intéressantes perspectives aussi bien fondamentales qu'appliquées.
En effet, ils suggèrent pour la première fois que des snoARN
interviennent pour contrôler l'expression de gènes spécifiquement
exprimés dans le cerveau, en modifiant sélectivement la
structure de certains ARN messagers. Ce travail montre également
que ces snoARN sont absents chez des individus atteints du syndrome de
Prader-Willi (l'une des 10 maladies génétiques les plus
fréquentes), laissant ouverte la possibilité que des défauts
d'expression de ces snoARN puissent être impliqués dans l'étiologie
de cette maladie.
La grande majorité des gènes sont transcrits en ARN messagers
qui, en vertu du code génétique, sont ensuite traduits en
protéines par l'intermédiaire des ribosomes3.
Cependant, la fonction biologique de molécules d'ARN ne se restreint
pas au seul transfert de l'information génétique du gène
vers la protéine. Ainsi, la machinerie de traduction elle-même
fait intervenir deux types d'ARN ne codant pas des protéines, l'ARN
des ribosomes (ou ARNr) et les ARN de transfert4.
Les cellules contiennent bien d'autres ARN non-codants5
qui jouent un rôle essentiel dans l'expression des gènes,
en contrôlant la maturation des transcrits bruts initialement formés,
c'est-à-dire leur transformation en ARN fonctionnels, notamment
par élimination de portions excédentaires. Appartiennent
à ce type d'ARN les petits ARN nucléolaires (ou snoARN)
qui s'accu-mulent dans le nucléole, un compartiment du noyau où
se déroule la synthèse des ribosomes.
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Légende
de la figure :
A) Organisation chromosomique des gènes et mode de
biosynthèse d'un des nouveaux snoARN spécifiques du
cerveau. Haut : seul l'allèle paternel de ces gènes
est exprimé ; les gènes du snoARN (en vert) sont répétés
en tandem. Milieu : chacun des gènes de snoARN est
imbriqué dans un intron (trait fin) qui est répété
en tandem dans un gène d'ARN non-codant. Bas : 2 types
d'ARN bien différents sont produits par maturation d'un même
transcrit initial ; les portions de ce transcrit correspondant à
l'ARN non-codant de fonction inconnue (en rouge) sont réassociées
après découpage des introns. Quant au snoARN, il est
finalement produit après élimination des portions
excédentaires de l'intron.
B)
Modification d'un nucléotide particulier dans le transcrit
initial du gène d'un récepteur de la sérotonine.
Le snoARN peut s'apparier à une portion de l'ARN messager
pour diriger la formation d'une méthylation sur le nucléotide
indiqué en gros caractère (une adénine, A).
Cette même adénine peut aussi subir, par un mécanisme
entièrement différent, une réaction d'édition
la convertissant en inosine (I), ce qui change le décodage
de l'ARN messager et par suite les propriétés de la
protéine correspondante. La méthylation préalable
de l'adénine (Am) empêche cette réaction d'édition.
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La
production des ARN ribosomiques fonctionnels implique, outre une série
de découpages du transcrit initial, la modification chimique d'un
certain nombre de ses nucléotides6,
modification dont le rôle reste inconnu. Ce sont des snoARN spécialisés
qui permettent le ciblage précis de la modification sur le nucléotide
voulu de l'ARN ribosomique, en s'appariant à la région de
la molécule à modifier.
Les chercheurs ont, pour la première fois, identifié quatre
nouveaux snoARN appartenant clairement à cette classe des guides
de modification de nucléotide mais qui n'apparaissent pas avoir
l'ARN ribosomique pour cible, et surtout qui sont exprimés uniquement
dans le cerveau. Les gènes humains de trois d'entre eux sont regroupés
dans un locus chromosomique soumis à l'empreinte génomique
parentale7.
L'altération du patron d'expression des gènes d'origine
paternelle de ce locus est associée à l'apparition des syndromes
de Prader-Willi. Cette maladie complexe se traduit par : une insuffisance
de tonus musculaire ; un développement sexuel incomplet ; des difficultés
d'apprentissage ; et des problèmes comportementaux comme la recherche
permanente de nourriture, due à l'absence de sensation de satiété,
qui conduit à une obésité sévère.
Les scientifiques ont montré que les trois snoARN ne sont pas détectables
chez des individus atteints de ce syndrome et qu'ainsi les trois gènes
des snoARN sont uniquement exprimés à partir de l'allèle
paternel. Les gènes de ces nouveaux snoARN partagent avec ceux
qui étaient connus précédemment la bizarrerie d'être
situés dans des introns8
d'autres gènes. Mais deux d'entre eux sont encore plus originaux,
non seulement parce qu'ils sont imbriqués dans des gènes
d'ARN non-codants (de fonction inconnue) mais aussi parce qu'ils sont
répétés en tandem plusieurs dizaines de fois dans
différentes copies de l'intron (voir figure, partie A). Le(s) gène(s)
directement responsable(s) du syndrome de Prader-Willi n'étant
pas encore formellement identifié(s), ces nouveaux snoARN sont
des candidats potentiels.
À l'heure actuelle, la fonction de ces snoARN dont l'expression
est restreinte au cerveau demeure énigmatique. Cependant, l'un
d'entre eux apparaît capable de diriger la modification chimique
(une méthylation) sur un ARN messager particulier, qui code le
récepteur d'un neurotransmetteur essentiel, la sérotonine9.
A priori, ce type de méthylation devrait être sans effet
sur le décodage de l'information portée par un ARN messager
et donc sur la structure de la protéine synthétisée
par les ribosomes. Cependant, la modification concerne ici une position
tout à fait particulière dans cet ARN messager, une position
qui était déjà connue pour subir une réaction
d'édition10.
Il s'agit là encore d'une modification de nucléotide, mais
chimiquement bien différente de la précédente. Cette
réaction d'édition entraîne une altération
du décodage de l'ARN messager et donc un changement de la séquence
peptidique du récepteur (par rapport à celle attendue d'après
la séquence génomique) et, en fin de compte, une modification
de ses propriétés biologiques.
Il semble que la première modification guidée par le snoARN
intervienne pour moduler l'efficacité de la réaction d'édition
et donc, par contrecoup, l'expression du gène du récepteur
de la sérotonine (voir figure, partie B). Cette découverte
élargit, de façon inattendue, le répertoire des ARN
cellulaires cibles des snoARN guides de modification de nucléotides.
Elle ouvre aussi de nouvelles perspectives quant à l'importance
de modifications de nucléotides, intervenant après la transcription
des ARN messagers, dans le contrôle de l'expression des gènes.
Référence
:
Cavaillé
J., Buiting K., Kiefmann M., Lalande M., Brannan C. I., Horsthemke B.,
Bachellerie J. P., Brosius J. and A. Hüttenhofer. Identification
of brain-specific and imprinted small nucleolar RNA genes exhibiting
an unusual genomic organization. (2000). Proc. Natl. Acad. Sci.
USA. vol. 97, n° 26, pp. 14311-14316. Accompagné d'un
article de commentaire de Filipowicz W. Imprinted expression of small
nucleolar RNAs in brain: Time for Rnomics. (2000) Proc. Natl. Acad.
Sci. USA. vol. 97, n° 26, pp. 14035-14037.
1
CNRS-Université Paul Sabatier, Toulouse.
2
En collaboration avec une équipe allemande dirigée parles
Docteurs A. Hüttenhofer et J. Brosius de l'Université de
Münster.
3
Les ribosomes, composés de protéines et d'ARN ribosomique,
sont les entités macromoléculaires responsables de la
synthèse protéique à partir de l'information portée
par les ARN messagers.
4
Les ARN de transfert sont de petits ARN servant d'adaptateurs pour l'intégration
des acides aminés dans les protéines résultant
du décodage des ARN messagers par les ribosomes.
5
Ces ARN ne possèdent pas de cadre de lecture susceptible de coder
des protéines.
6
Adénine (A), Guanine (G), Cytosine (C), Uracile (U) : unités
élémentaires qui composent l'ARN.
7
L'expression des gènes de ce locus dépend de leur origine
parentale : un seul des deux allèles (paternel ou maternel) est
exprimé.
8
Introns : portions excédentaires à l'intérieur
des gènes, éliminées des transcrits bruts lors
de leur conversion en ARN messagers fonctionnels.
9
Ce récepteur de la sérotonine est la cible de la Fluoxetine
(ou Prozac) largement utilisé dans les traitements anti-dépressifs.
10
Réaction de conversion (par déamination) d'une adénine
(A) en inosine (I), lue comme une guanine (G) lors du décodage
de l'ARN messager.
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