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Depuis
plusieurs années, le Laboratoire de dynamique, interactions et
réactivité1
(LADIR) et l'Office national d'études et de recherches aérospatiales2
(ONERA) ont tenté ensemble d'exploiter les possibilités
de la spectroscopie Raman dans l'analyse physico-chimique des céramiques,
en particulier des fibres céramiques pour l'aviation et l'espace.
Avec la NASA3, ils ont
développé un nouveau protocole d'analyse mécanique
et physico-chimique des matériaux composites du futur.
Les
turbomachines des années 2015 devront être conformes aux
nouvelles normes de réglementation du bruit et de la pollution.
Toutefois, la recherche de meilleurs rendements (abaissement des coûts
d'exploitation) et d'une fiabilité accrue (diminution du nombre
de pièces) reste nécessaire. Aux alliages métalliques,
les industriels préfèrent désormais les céramiques
qu'ils peuvent incorporer dans les turbomachines. En effet, les céramiques
possèdent des propriétés très intéressantes
:
elles
sont plus réfractaires, autorisent donc un fonctionnement à
plus haute température et permettent un meilleur rendement ;
elles
sont environ deux fois plus légères que les alliages (pratique
pour les pièces tournantes où la charge mécanique
dépend de la masse en mouvement) et a priori plus stables chimiquement.
D.R.
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Analyse
Raman de fibres "SiC" Hi-Nicalon® dans leur matrice
céramique de celsian (aluminosilicate de baryum). L'image
supérieure est obtenue "classiquement" par
microscopie, chaque point blanc ("pas" entre chaque
colonne = 1 micron) correspondant à un endroit où
sera enregistré le spectre Raman ; l'image inférieure
est obtenue à partir de l'intensité d'un mode
de vibration du matériau constituant la fibre.
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D.R.
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Image
en microscopie optique (haut) et Raman (bas, à partir
des modes Raman des liaisons C/C) d'une fibre "SiC"
SCS TEXTRON® renforçant une matrice métallique.
Cette fibre est en elle-même un composite : une âme
fibre de carbone est entourée d'un mélange C/SiC
enrichi progressivement jusqu'à être pur en SiC,
un dépôt final en carbone servant à contrôler
l'interface fibre matrice.
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D.R.
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Visualisation
de la mise en contrainte d'une fibre de SiC Nicalon® dans
une matrice de mullite (3 Al2O3 2 SiO2). La matrice céramique
préparée par sol-gel est translucide ce qui permet
de bien voir la fibre sur la photo de microscopie optique (vue
de dessus). Un schéma montre l'analyse le long de la
fibre par focalisation du laser. à partir du décalage
des nombres d'onde Raman et du calibrage de la loi, on remonte
à la contrainte de la fibre (ici une compression).
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Cependant,
contrairement à toute attente, l'emploi des céramiques
ne s'est pas encore généralisé. Ensembles de grains,
de joints de grains ou de pores, les céramiques sont très
fragiles et leur rupture brutale ne peut être prévue que
de façon statistique. Leurs propriétés découlent
en effet de leur microstructure : la liaison binaire iono-covalente
des céramiques se forme grâce à l'appariement d'électrons
par deux atomes seulement. Si la contrainte dépasse la force
de la liaison, celle-ci cède et la fissure se propage. Dans un
métal, la situation est différente : tousles atomes mettent
en commun leurs électrons, et si une contrainte locale devient
trop forte entre deux atomes, les autres répartissent l'effort
entraînant non pas une rupture mais une déformation (striction,
plasticité).
Ces inconvénients peuvent être surmontés par une
maîtrise de la microstructure :
en
associant deux formes de céramiques dans le même matériau
(par exemple des fibres à hautes propriétés mécaniques,
parfaitement homogènes car issues de précurseurs polymériques,
et une matrice convenable) ;
en
contrôlant l'interface fibre-matrice (on peut construire un matériau
composite à matrice céramique, CMC, fiable et non-fragile).
L'optimisation
des propriétés de ces composites ne pouvait être
atteinte sans en effectuer un double contrôle micro-mécanique
et physico-chimique. Les méthodes existantes étant peu
satisfaisantes, la NASA, l'ONERA et le LADIR ont décidé
de mettre leur savoir-faire en commun. Un appareillage de spectroscopie
Raman pour l'analyse physico-chimique et micromécanique des céramiques
est désormais opérationnel au LADIR.
Cette nouvelle procédure4
a nécessité l'utilisation d'échantillons de référence
caractérisés par des équipes totalement indépendantes.
Le choix des scientifiques s'est porté sur deux familles de composites
: des fibres de " SiC " nues (carbure de silicium, avec des
secondes phases carbonées) de diamètre d'environ 12 microns
; et des fibres revêtues d'un double dépôt de BN
(nitrure de bore) et de SiC (épaisseur de 1 à 3 microns)
afin d'optimiser la mécanique inter-faciale fibre-matrice.
Une mesure de l'état de (pré)contrainte des fibres dans
les différentes configurations a pu être obtenue pour la
première fois dans des CMCs contribuant ainsi à la définition
des matériaux composites du futur. La connaissance de ce niveau
de précontrainte est nécessaire pour un bon dimensionnement
des pièces. L'analyse de la nanostructure des dépôts
recouvrant les fibres a permis d'optimiser leur qualité. Il est
possible de déterminer, à distance, sans extraction la
résistance à la rupture des fibres à partir de
leurs paramètres Raman.
La méthode mise au point est aujourd'hui appliquée à
des composites à matrice métallique ou à matrice
organique pour les besoins des industriels de l'aérospatiale
(EADS, SNECMA
). L'objectif est désormais d'analyser aussi
des composites vieillis, corrodés ou sous contrainte et de développer
l'imagerie.
Références :
Ph.
Colomban. Raman microspectrometry and imaging of ceramic fibers in CMCs
and MMCs. Advances in Ceramic Matrix Composites. Cer. Trans.
103 (2000) pp. 517-40.
G.
Gouadec, Ph. Colomban. Micro-Raman stress imaging of ceramic (C, SiC)-fiber-reinforced
ceramic-matrix and metal-matrix composites. Materials Sci. &
Engn. A288 (2000) pp. 132-37.
G.
Gouadec, Ph. Colomban and N. P. Bansal. Raman Study of Hi-Nicalon fiber-Reinforced
Celsian Composites. Part 1 : Distribution and Nanostructure of Different
Phases ; Part 2 : Residual Stress in the Fibers. J. American Ceramic
Society (sous presse).
1 CNRS-Université Paris 6.
2
Michel Parlier, Département des matériaux et systèmes
composites.
3
Narottam Bansal, "John Glenn-Research Center", Cleveland,
USA.
4
Après un choix raisonné des longueurs d'onde d'excitation
laser les plus appropriées, on détermine la puissance
laser utilisable sans perturbation. La loi de correspondance n
= S x De entre le décalage du nombre d'onde Raman ( n
en cm-1) et l'allongement ( e
en %) est mesurée sur un lot de fibres.
S va de 3 à 30 cm-1/% selon les cas, l'allongement d'une fibre
avant rupture allant de 0,5 à 1,5 %. Une mesure des nombres d'onde
des fibres appartenant à un composite permet de déterminer
leur degré d'allongement/contrainte.
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