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Depuis
les années 1930, les physiciens cherchent à résoudre
une énigme surprenante connue sous le nom de masse manquante de
l'Univers. La masse visible des étoiles et gaz interstellaires
semble en effet ne former qu'une faible partie (environ 10 %) de la masse
estimée des galaxies. Quelle est donc cette matière invisible
qui n'émet ni n'absorbe de lumière ? Les théories
supersymétriques de la physique des particules prévoient
l'existence de particules massives, appelées WIMPs, excellents
candidats pour cette masse manquante. Plusieurs laboratoires1
du CNRS et du CEA participent à l'expérience EDELWEISS dédiée
à la détection de ces fameux WIMPs. Son détecteur
est aujourd'hui le plus sensible au monde et ses premiers résultats
sont très prometteurs.
Les
théories supersymétriques, qui permettent d'unifier les
quatre interactions (faible, forte, électromagnétique et
gravitationnelle) connues de notre Univers, prévoient aussi l'existence
des WIMPs. Piégées dans le champ de notre galaxie, ces particules
massives entreraient très rarement en collision avec les noyaux
de la matière (quelques collisions par année et par kilogramme
de matière) et seraient donc difficilement détectables.
En conséquence, elles pourraient apporter une solution élégante
au mystère de la masse manquante.
En raison du faible taux d'interaction attendu, le détecteur de
WIMPs doit être placé dans un environnement protégé
des rayons cosmiques et de très basse radioactivité. L'expérience
EDELWEISS est donc actuellement installée au Laboratoire souterrain
de Modane, au milieu du tunnel du Fréjus entre Modane et Bardonecchia,
sous une protection rocheuse de 1 700 mètres qui permet d'atténuer
le flux de muons cosmiques d'un facteur supérieur à un million.
Le détecteur est en outre entouré de plomb et de paraffine
pour le protéger des radioactivités gamma et neutron.
Malgré ces précautions, le "brouillard" des rayons
gamma émis par la radioactivité résiduelle reste
trop dense, et risque de masquer l'arrivée d'un WIMP. Le détecteur
de WIMPs a donc été conçu de manière à
distinguer les interactions dues à ces rayonnements de celles imputables
aux WIMPs.
Ce détecteur est un bolomètre constitué d'un monocristal
de germanium ultra-pur de 320 grammes porté à très
basse température (environ 20 milli-Kelvin). Lorsqu'un WIMP interagit
avec le monocristal, il fait reculer un des noyaux de germanium et induit
simultanément :
la
formation de paires électron-trou qui, collectées par
un champ électrique appliqué aux bornes du cristal (tension
de quelques volts), fournissent une impulsion dite d'ionisation ;
une
élévation de la température du cristal qui, mesurée
par un thermomètre, fournit une impulsion dite de chaleur
;
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Schéma
du bolomètre.
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L'énergie
de recul du noyau s'obtient alors par une combinaison des signaux d'ionisation
et de chaleur. On définit en outre un facteur de discrimination
Q qui dépend du rapport ionisation/chaleur. Q est égal
à 1 lorsqu'un gamma interagit dans le détecteur et est
voisin de 0,3 lorsqu'un noyau de germanium recule sous l'impact d'une
particule (un WIMP dans le cas présent), ce qui permet de distinguer
les deux types d'interactions.
Les premiers résultats obtenus avec ce détecteur sont
donnés sur les figures 1 et 2. La figure 1 montre un diagramme
représentant la valeur du paramètre de discrimination
Q, calculée pour chaque interaction, en fonction de l'énergie
de recul correspondante. L'absence de points dans la zone hachurée
rouge permet de conclure qu'aucun WIMP n'a interagi dans le détecteur
pendant la durée de l'expérience, tous les points de la
figure correspondant à des interactions dues aux rayonnements
gamma. Un calcul permet d'en déduire que la probabilité
d'interaction des WIMPs est inférieure à une certaine
valeur.
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Figure
1 : Diagramme du paramètre de discrimination Q en fonction
de l'énergie de recul. La zone d'accumulation de points
autour de Q = 1 est due à l'interaction de gamma provenant
du fond indésirable. La zone où doit apparaître
le recul d'un noyau sous l'impact d'un WIMP se situe autour
de Q = 0,3 et est hachurée en rouge. La limite en énergie
de recul inférieure (environ 30 keV) est due au seuil
de détection.
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Figure
2 : Diagramme d'exclusion représentant la section efficace
de collision WIMP-proton en fonction de la masse du WIMP. Les
limites expérimentales d'ELDELWEISS peuvent être
comparées avec celles d'autres expériences.
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La
figure 2 donne la section efficace d'interaction (grandeur liée
à la probabilité d'interaction) d'un WIMP avec le détecteur,
en fonction de la masse supposée du WIMP. La courbe en gras
a été calculée à partir des résultats
précédents : elle délimite une région
grisée où aucun WIMP n'a été détecté.
Cela signifie que si les WIMPs existent, leur section efficace est
nécessairement inférieure aux valeurs données
par cette courbe. Le contour fermé au centre correspond quant
à lui à la zone où l'expérience sino-italienne
DAMA (DArk MAtter) pense avoir trouvé quelques WIMPs, un résultat
en désaccord avec celui de l'expérience américaine
CDMS (Cryogenic Dark Matter Search) qui exclut une large fraction
de cette zone.
Mais plus une expérience dure longtemps sans que soient mises
en évidence d'interactions de WIMPs, plus la section efficace
qu'il est possible de leur attribuer est faible et plus la courbe
noire est basse. En augmentant le temps de comptage des interactions,
c'est-à-dire en sondant les domaines situés en dessous
de cette courbe noire, EDELWEISS devrait donc très prochainement
pouvoir départager ces deux équipes.
À ce stade, on peut penser qu'il suffira de prolonger l'expérience
suffisamment longtemps pour arriver dans la zone hachurée de
la figure 2 où les modèles supersymétriques (MSSM)
prévoient la présence de WIMPs. Mais cela n'est pas
si simple. Dans la pratique, il faudra en effet augmenter la masse
des détecteurs. Ce sera l'objectif de la prochaine expérience,
EDELWEISS II, qui utilisera pour cela une centaine de détecteurs
semblables à celui d'EDELWEISS.
Les résultats obtenus après la mise en uvre d'EDELWEISS
II, et ceux d'autres équipes internationales traquant les WIMPs
par des techniques différentes, devraient permettre d'apporter
des éléments de réponse sur la nature de la matière
cachée.
Pour en savoir plus, consulter le serveur : http://edelweiss.in2p3.fr
1
Dont :
l'Institut
de physique nucléaire de Lyon (IPNL, CNRS-Université Lyon
1) ;
le
Centre de spectrométrie nucléaire et de spectrométrie
de masse (CSNSM, CNRS) ;
l'Institut
d'astrophysique de Paris (IAP, CNRS) ;
le
Centre de recherches sur les très basses températures
(CRTBT, CNRS) ;
le
CEA (DAPNIA/SPP et DRECAM/SPEC).
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