Pour une meilleure popularisation de la recherche scientifique


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La société formule des demandes de plus en plus pressantes vis-à-vis de la communauté scientifique, ce qui crée à cette dernière de nouvelles obligations. L'économie moderne s'appuie en effet plus qu'auparavant sur l'innovation, ce qui accroît bien souvent le sentiment de frustration que le citoyen éprouve face aux enjeux de société auxquels il est confronté. Il souhaite alors avec plus d'insistance que des problèmes qu'il rencontre trouvent une solution rapide en mettant justement en œuvre des solutions impliquant des chercheurs. De fait, la recherche scientifique devrait davantage "descendre dans la rue" pour être à la portée de tous. Comment donc rendre la science plus accessible ? Pourquoi est-ce aujourd'hui plus important qu'hier ?

Cette impatience, légitime à beaucoup d'égards, risque sérieusement d'être déçue si l'on ignore trop superbement la façon dont fonctionne le processus de recherche. En effet, lorsqu'on s'attaque à des problèmes réellement difficiles dont les mécanismes profonds sont mal (voire même pas du tout) connus, il n'est pas possible de seulement afficher les objectifs et de mobiliser les moyens financiers. Il en a été ainsi de la grande croisade contre le cancer lancée aux Etats-Unis au début des années 1980 : l'impasse avait été faite sur le fait que les processus fondamentaux ne sont pas compris. Le savoir ne s'achète pas si facilement.
Si l'on veut éviter des réactions irrationnelles du public et des craintes pouvant tourner à la panique, qui conduisent certains à mettre sur le même pied savants et charlatans, on ne peut faire plus longtemps l'économie d'une présentation, dans leur globalité et dans leur complexité, des modes de production des connaissances et de leur transformation en biens ou en services consommables.
La dimension magique de la recherche scientifique peut y perdre, mais c'est tant mieux. Détruire des illusions est presque toujours salutaire. Faire descendre les savants de leur piédestal aussi. Le doute, exercé avec méthode, est le lot quotidien des vrais scientifiques, et il doit en être ainsi. Faire apprécier cette façon de travailler, faire comprendre comment elle aboutit à de solides constructions, dont la cohérence offre de véritables garanties, sont des impératifs absolus dont la mise en œuvre incombe aux chercheurs. Ils y parviendront d'autant mieux qu'ils sauront communiquer au cours de cet échange, et bien distinguer des illusions précédemment dénoncées, les parts de rêve et de passion qui ont souvent été déterminants dans leur choix de cette profession. Aucune compromission avec les démagogues n'est permise.
Le phénomène d'opacité du couplage de la recherche avec la vie sociale est encore accentué par la mise en place devenue systématique d'une communication institutionnelle dont les chercheurs n'ont pas pris suffisamment conscience. Un des premiers effets de ce processus est la codification des messages et surtout des mécanismes par lesquels l'information se constitue et se gère. Il est indispensable qu'un nombre croissant de chercheurs en ait une meilleure connaissance.
Cette dimension donne de nouvelles responsabilités aux services de communication des organismes et des laboratoires de recherche. Un travail de longue haleine doit être conduit dans ce but. Une approche plus ouverte de la science et de ses points de contact avec la société va exiger que la dimension éthique de beaucoup de travaux soit vraiment prise au sérieux. Cela sera d'autant plus facile que les problèmes abordés ne le seront pas à chaud, contexte où le sensationnalisme a toutes les chances de régner en maître.

Le point de vue...
... de Jean-Pierre Bourguignon
En proposant un tel objectif, j'ai conscience d'aller contre une des règles souvent acceptés sans sourcilier selon laquelle le public ne daigne considérer les questions scientifiques que quand elles l'inquiètent. Le succès extraordinaire, confirmé jour après jour au cours de l'année 2000, de l'Université de Tous Les Savoirs est déjà un début de preuve que cette affirmation doit être battue en brèche.
Rien de tout cela ne pourra se faire sans une implication personnelle d'un nombre plus grand de chercheurs dans la popularisation de la recherche scientifique. Pour le moment, beaucoup des mécanismes régulant la vie de cette communauté sont des obstacles à la multiplication des bonnes volontés. Pour ma part, je pense que seule une évaluation sérieuse et méthodique des interventions de chercheurs dans cette sphère a une chance de faire accéder cette activité au statut noble qu'elle mérite. Il y va du bon fonctionnement de notre société.