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Les
bilans de masse glaciaires, ou variations de volume annuelles des glaciers
alpins, sont une image directe du climat en haute montagne : ils dépendent
à la fois des précipitations et des flux d'énergie
en surface (fortement corrélés aux températures estivales).
Dans le cadre d'observations systématiques financées depuis
2000 par l'Observatoire des sciences de l'Univers de Grenoble (OSUG),
le Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement
de Grenoble du CNRS (LGGE) réalise des observations bisannuelles
sur un ensemble de quatre glaciers des Alpes françaises. Une étude
récente a permis de retracer l'histoire précise des fluctuations
de volume glaciaires et donc des variations climatiques au-dessus de 2
500 m d'altitude dans les Alpes françaises au cours du 20e
siècle.
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Mesures
topographiques des variations d'épaisseur à la mer
de Glace (1998).
© Photo : Christian Vincent
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L'évolution
du climat en haute montagne est souvent évaluée à
partir des fluctuations des fronts des glaciers. Néanmoins, ces
fluctuations ne peuvent pas être interprétées directement
en termes climatiques : d'une part, elles sont dépendantes des
processus d'écoulement propres à chaque glacier, d'autre
part, les fronts réagissent aux conditions climatiques de plusieurs
années ou décennies antérieures, avec des retards
qui varient d'un glacier à l'autre.
En revanche, les variations de volume annuelles des glaciers (que l'on
nomme bilans de masse, analogues à des bilans comptables) reflètent
directement le climat : les bilans hivernaux (accumulation) dépendent
des précipitations hivernales et les bilans estivaux (fusion) dépendent
des variations des flux d'énergie en surface (fortement corrélées
aux fluctuations des températures estivales). Ces variations de
volume sont mesurées, soit directement d'une année sur l'autre
à l'aide de carottages et de balises implantées dans la
glace, soit par comparaison de cartes topographiques détaillées.
Actuellement, les observations de bilans de masse en France sont réalisées
sur quatre glaciers (Mer de Glace, Argentière, Gébroulaz,
Saint Sorlin) par le Laboratoire de glaciologie et de géophysique
de l'environnement de Grenoble du CNRS (LGGE) et sur un glacier (Sarennes)
par le Centre d'étude du machinisme agricole, du Génie rural
des eaux et des forêts (CEMAGREF) de Grenoble.
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Bilans
de masse cumulés (ou variations de volumes) du glacier de
Saint Sorlin au cours du 20e
siècle.
Ils sont exprimés en mètres d'eau : ce sont des variations
de volume divisées par la surface du glacier.
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Les premières observations directes des bilans de masse glaciaires
datent du milieu du 20e siècle
(1946 pour le Storglaciären en Suède) en Scandinavie et dans
les Alpes. En France, les scientifiques disposent en outre de cartes topographiques
relativement précises (1/10 000 ou 1/20 000) établies au
début du siècle, de sources diverses (famille Vallot pour
le massif du Mont Blanc, universitaires grenoblois pour le massif des
Grandes Rousses, Service géographique de l'Armée). Grâce
à ces cartes et aux mesures récentes, ils ont pu reconstituer
les variations de volume glaciaires de quelques glaciers français
depuis une centaine d'année.
Il
apparaît que la diminution des glaciers n'est pas du tout uniforme
au cours du 20e siècle ; deux périodes de fortes décroissances
caractérisent ce siècle : 1942-1953 et 1982-2000. La forte
décrue de la décennie 1940 est la conséquence d'hivers
peu enneigés et d'étés très chauds. La forte
perte de masse des glaciers enregistrée depuis 1982 est également
le résultat d'une augmentation très importante de la fusion
estivale.
Ces deux périodes de décrue ont été précédées
par des périodes au cours desquelles les glaciers alpins ont peu
perdu de volume ou même en ont gagné : entre 1954 et 1981,
les glaciers ont grossi suite à une série d'étés
frais puis d'hivers bien arrosés à partir de 1977. Cette
crue s'est répercutée sur les fronts des glaciers : le front
du glacier d'Argentière a avancé (avec un temps de retard)
de près de 400 m entre 1970 et 1990 et celui des Bossons de 535
m entre 1953 et 19811.
Depuis 1982, on assiste à une forte diminution des volumes glaciaires,
également très sensible au niveau des fronts des glaciers
(le glacier des Bossons a reculé de 548 m depuis 1982). à
titre d'exemple, entre les périodes 1954-1981 et 1982-1999, la
fonte estivale moyenne à 2 800 m d'altitude est passée de
2,1 m à 3,1 m de glace !
En conclusion, avant le 20e siècle,
les observations de fronts sont les seuls indicateurs de l'état
des glaciers ; même si ces indicateurs sont bien imparfaits, ils
montrent que les glaciers ont fortement régressé depuis
la fin du Petit Âge de Glace (qui s'est terminé vers le milieu
du 19e siècle) et que cette tendance
est générale à l'échelle de la planète.
Depuis le début du 20e siècle,
les variations de volume glaciaires nous donnent désormais une
image beaucoup plus précise du climat dans les Alpes. Au cours
des vingt dernières années, la forte diminution des glaciers
résulte d'une forte augmentation de la fusion qui traduit un réchauffement
estival évident. En outre, le déficit des années
1982-2000, bien que d'amplitude comparable à celui des années
1942-1953 n'est pas de même nature : à la fin des années
1940, les faibles précipitations et les étés radieux
se combinent pour faire reculer les glaciers, tandis que, au cours des
deux dernières décennies, des conditions estivales exceptionnelles
pour le 20e siècle, expliquent,
à elles seules, la décrue des glaciers.
Référence :
Dynamic behaviour
analysis of glacier de Saint Sorlin, France from 40 years of observations,
1957-1997. C. Vincent, M. Vallon, L. Reynaud and E. Lemeur. Journal
of Glaciology. (2000) Vol. 46, n° 154, pp. 499-506.
Pour en savoir plus : http://www-lgge.ujf-grenoble.fr
1 On peut remarquer que cette période
de crue glaciaire a déjà disparu de la mémoire
de nombreux usagers de la haute montagne.
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