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Un peu d’histoire...

25 mars 2010 (Modifié le 10 septembre 2015)


La création du CNRS

Le CNRS est créé par un décret du président de la République Albert Lebrun le 19 octobre 1939. D’emblée, le contexte retient l’attention : le mois précédent, la France a déclaré la guerre à l’Allemagne nazie après l’invasion de la Pologne. La mobilisation du pays est en marche. Et la recherche ne fait pas exception : le Centre doit organiser l’effort scientifique de guerre.
Le CNRS n’est cependant pas une création ex nihilo. La IIIe République a, à elle seule, pris de nombreuses initiatives en faveur de la recherche. Dans les années 1930, grâce aux efforts du prix Nobel de physique Jean Perrin, elles se sont multipliées. Sous le Front populaire surtout, avec l’le soutien sans réserve du ministre de l’Éducation nationale Jean Zay, elles ont atteint leur apogée.
À la veille du conflit, la France s’est ainsi dotée d’une Caisse nationale, d’un Service Central, d’un Haut Conseil pour la recherche scientifique, ainsi que d’un Centre national de la recherche scientifique appliquée (CNRSA). Ces institutions sont finalement regroupées au sein d’un organisme unique en octobre 1939. Le CNRS, enfant posthume du Front populaire, est donc tout à la fois héritage et nouveauté, continuité et rupture.

L’épreuve de la guerre

Huit mois seulement après sa création, le tout jeune CNRS est confronté à sa première épreuve. Il doit en effet assurer sa reconversion dans une France vaincue. Les laboratoires sont appelés à répondre aux nouveaux besoins du moment : face au rationnement et aux pénuries, ils œuvrent dans les domaines de l’énergie, des produits de substitution (les " ersatz ") et de l’alimentation.
On a longtemps cru, en se basant sur des témoignages de contemporains, que le directeur nommé par Vichy en août 1940 avait préservé le CNRS. Mais la réalité est plus complexe. Le géologue Charles Jacob est en effet un fervent partisan de Philippe Pétain et de sa Révolution nationale. Ennemi juré de Jean Perrin, il entend remodeler un organisme qu’il croit victime d’un " virus démocratique ".
C’est pourquoi, durant cette période, l’histoire du CNRS reflète celle de la France en général : la plupart des chercheurs poursuivent leurs travaux dans la retraite de leurs laboratoires, beaucoup empruntent les chemins dangereux de la Résistance, et d’autres entrent, à la suite du vieux maréchal, " dans la voie de la collaboration ".

La Libération et l’essor de l’après-guerre

En août 1944, lors de l’insurrection parisienne, Frédéric Joliot-Curie est désigné pour prendre la succession de Charles Jacob. La réforme du CNRS est entreprise ; ses missions sont étendues, les recherches fondamentales encouragées.
En parallèle, d’autres établissement scientifiques voient le jour au sein des ministères des Colonies (Office des recherches scientifiques coloniales, futur ORSTOM), de l’agriculture (Institut national de la recherche agronomique, INRA) ou des Postes (Institut national d’études des télécommunications, futur CNET). Frédéric Joliot-Curie obtient lui-même la direction du nouveau Commissariat à l’énergie atomique (CEA), créé le 18 octobre 1945.
Malgré tout, le CNRS garde pour vocation d’épouser l’ensemble des domaines de recherche, pure ou appliquée. Sous les directions successives du biologiste Georges Teissier (1946-50) et du physicien Gaston Dupouy (1950-57), il continue son essor : de nouveaux laboratoires sont créés à Paris et en province et, de moins de 2 000 à la Libération, le nombre de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens passe à près de 7 000 à la fin des années 1950.

Les années 1960 : un âge d’or

Cet essor s’accélère lors de la décennie suivante. Après l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, la recherche scientifique est érigée au rang de grande priorité nationale. Sous l’impulsion du fondateur de la Ve République, ses budgets sont en forte expansion - celui du CNRS double entre 1958 et 1960, puis connaît une forte expansion jusqu’à la fin de la décennie.
Dans ce contexte, le CNRS conforte sa place de navire amiral de la flotte scientifique. Il est en mesure de se doter de nouveaux laboratoires, de bâtir des grands équipements, d’engager de vastes programmes de recherche. Les premiers instituts nationaux voient le jour en son sein : celui d’astronomie et de géophysique (INAG), bientôt rejoint par celui de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3).
Surtout, une réforme importante est mise en place en 1966 : la création des laboratoires associés, ancêtres des actuelles unités mixtes de recherche (UMR), permettant au CNRS de soutenir des laboratoires universitaires qui lui sont liés par contrat. Le Centre s’ouvre toujours davantage vers l’extérieur.

L’ouverture sur la société

L’ouverture ne se limite pas à l’Université. Elle s’étend également à l’industrie. En 1975, une première convention est ainsi signée avec Rhône-Poulenc. La recherche publique est-elle en train de se vendre aux intérêts privés ? En réalité, elle s’adapte aux nouvelles attentes de la société. La création du département des sciences pour l’ingénieur, la même année, vient le confirmer.
Les programmes interdisciplinaires qui voient le jour dans les années 1980 participent du même principe : l’énergie, l’environnement, les matériaux, les matériaux, les médicaments, sont à l’ordre du jour. Le CNRS, qui regroupe alors près de 25 000 chercheurs et ITA, y joue un rôle moteur, en même temps qu’il participe activement à l’ouverture de la recherche française vers l’Europe et le monde.
En plus de 75 ans, le CNRS s’est transformé. Mais il garde aujourd’hui encore la mémoire de son passé, et son attachement aux idéaux qui l’ont enfanté : une science libre, ouverte, humaine…

Denis Guthleben Attaché scientifique