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Un peu d’histoire...

25 mars 2010 (Modifié le 12 septembre 2016)


La création du CNRS

Le CNRS est crĂ©Ă© par un dĂ©cret du prĂ©sident de la RĂ©publique Albert Lebrun le 19 octobre 1939. D’emblĂ©e, le contexte retient l’attention : le mois prĂ©cĂ©dent, la France a dĂ©clarĂ© la guerre Ă  l’Allemagne nazie après l’invasion de la Pologne. La mobilisation du pays est en marche. Et la recherche ne fait pas exception : le Centre doit organiser l’effort scientifique de guerre.
Le CNRS n’est cependant pas une crĂ©ation ex nihilo. La IIIe RĂ©publique a, Ă  elle seule, pris de nombreuses initiatives en faveur de la recherche. Dans les annĂ©es 1930, grâce aux efforts du prix Nobel de physique Jean Perrin, elles se sont multipliĂ©es. Sous le Front populaire surtout, avec le soutien sans rĂ©serve du ministre de l’Éducation nationale Jean Zay, elles ont atteint leur apogĂ©e.
Ă€ la veille du conflit, la France s’est ainsi dotĂ©e d’une Caisse nationale, d’un Service Central, d’un Haut Conseil pour la recherche scientifique, ainsi que d’un Centre national de la recherche scientifique appliquĂ©e (CNRSA). Ces institutions sont finalement regroupĂ©es au sein d’un organisme unique en octobre 1939. Le CNRS, enfant posthume du Front populaire, est donc tout Ă  la fois hĂ©ritage et nouveautĂ©, continuitĂ© et rupture.

L’Ă©preuve de la guerre

Huit mois seulement après sa crĂ©ation, le tout jeune CNRS est confrontĂ© Ă  sa première Ă©preuve. Il doit en effet assurer sa reconversion dans une France vaincue. Les laboratoires sont appelĂ©s Ă  rĂ©pondre aux nouveaux besoins du moment : face au rationnement et aux pĂ©nuries, ils Ĺ“uvrent dans les domaines de l’Ă©nergie, des produits de substitution (les " ersatz ") et de l’alimentation.
On a longtemps cru, en se basant sur des tĂ©moignages de contemporains, que le directeur nommĂ© par Vichy en aoĂ»t 1940 avait prĂ©servĂ© le CNRS. Mais la rĂ©alitĂ© est plus complexe. Le gĂ©ologue Charles Jacob est en effet un fervent partisan de Philippe PĂ©tain et de sa RĂ©volution nationale. Ennemi jurĂ© de Jean Perrin, il entend remodeler un organisme qu’il croit victime d’un " virus dĂ©mocratique ".
C’est pourquoi, durant cette pĂ©riode, l’histoire du CNRS reflète celle de la France en gĂ©nĂ©ral : la plupart des chercheurs poursuivent leurs travaux dans la retraite de leurs laboratoires, beaucoup empruntent les chemins dangereux de la RĂ©sistance, et d’autres entrent, Ă  la suite du vieux marĂ©chal, " dans la voie de la collaboration ".

La LibĂ©ration et l’essor de l’après-guerre

En aoĂ»t 1944, lors de l’insurrection parisienne, FrĂ©dĂ©ric Joliot-Curie est dĂ©signĂ© pour prendre la succession de Charles Jacob. La rĂ©forme du CNRS est entreprise ; ses missions sont Ă©tendues, les recherches fondamentales encouragĂ©es.
En parallèle, d’autres Ă©tablissement scientifiques voient le jour au sein des ministères des Colonies (Office des recherches scientifiques coloniales, futur ORSTOM), de l’agriculture (Institut national de la recherche agronomique, INRA) ou des Postes (Institut national d’Ă©tudes des tĂ©lĂ©communications, futur CNET). FrĂ©dĂ©ric Joliot-Curie obtient lui-mĂŞme la direction du nouveau Commissariat Ă  l’Ă©nergie atomique (CEA), crĂ©Ă© le 18 octobre 1945.
MalgrĂ© tout, le CNRS garde pour vocation d’Ă©pouser l’ensemble des domaines de recherche, pure ou appliquĂ©e. Sous les directions successives du biologiste Georges Teissier (1946-50) et du physicien Gaston Dupouy (1950-57), il continue son essor : de nouveaux laboratoires sont crĂ©Ă©s Ă  Paris et en province et, de moins de 2 000 Ă  la LibĂ©ration, le nombre de chercheurs, d’ingĂ©nieurs et de techniciens passe Ă  près de 7 000 Ă  la fin des annĂ©es 1950.

Les annĂ©es 1960 : un âge d’or

Cet essor s’accĂ©lère lors de la dĂ©cennie suivante. Après l’arrivĂ©e au pouvoir du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, la recherche scientifique est Ă©rigĂ©e au rang de grande prioritĂ© nationale. Sous l’impulsion du fondateur de la Ve RĂ©publique, ses budgets sont en forte expansion - celui du CNRS double entre 1958 et 1960, puis connaĂ®t une forte expansion jusqu’Ă  la fin de la dĂ©cennie.
Dans ce contexte, le CNRS conforte sa place de navire amiral de la flotte scientifique. Il est en mesure de se doter de nouveaux laboratoires, de bâtir des grands Ă©quipements, d’engager de vastes programmes de recherche. Les premiers instituts nationaux voient le jour en son sein : celui d’astronomie et de gĂ©ophysique (INAG), bientĂ´t rejoint par celui de physique nuclĂ©aire et de physique des particules (IN2P3).
Surtout, une rĂ©forme importante est mise en place en 1966 : la crĂ©ation des laboratoires associĂ©s, ancĂŞtres des actuelles unitĂ©s mixtes de recherche (UMR), permettant au CNRS de soutenir des laboratoires universitaires qui lui sont liĂ©s par contrat. Le Centre s’ouvre toujours davantage vers l’extĂ©rieur.

L’ouverture sur la sociĂ©tĂ©

L’ouverture ne se limite pas Ă  l’UniversitĂ©. Elle s’Ă©tend Ă©galement Ă  l’industrie. En 1975, une première convention est ainsi signĂ©e avec RhĂ´ne-Poulenc. La recherche publique est-elle en train de se vendre aux intĂ©rĂŞts privĂ©s ? En rĂ©alitĂ©, elle s’adapte aux nouvelles attentes de la sociĂ©tĂ©. La crĂ©ation du dĂ©partement des sciences pour l’ingĂ©nieur, la mĂŞme annĂ©e, vient le confirmer.
Les programmes interdisciplinaires qui voient le jour dans les annĂ©es 1980 participent du mĂŞme principe : l’Ă©nergie, l’environnement, les matĂ©riaux, les matĂ©riaux, les mĂ©dicaments, sont Ă  l’ordre du jour. Le CNRS, qui regroupe alors près de 25 000 chercheurs et ITA, y joue un rĂ´le moteur, en mĂŞme temps qu’il participe activement Ă  l’ouverture de la recherche française vers l’Europe et le monde.
En plus de 75 ans, le CNRS s’est transformĂ©. Mais il garde aujourd’hui encore la mĂ©moire de son passĂ©, et son attachement aux idĂ©aux qui l’ont enfantĂ© : une science libre, ouverte, humaine…

Denis Guthleben Attaché scientifique