Accueil du site > Histoire du CNRS




Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Un peu d’histoire...

25 mars 2010 (Modifié le 3 novembre 2010)


La création du CNRS

Le CNRS est créé par un décret du président de la République Albert Lebrun le 19 octobre 1939. D’emblée, le contexte retient l’attention : le mois précédent, la France a déclaré la guerre à l’Allemagne nazie après l’invasion de la Pologne. La mobilisation du pays est en marche. Et la recherche ne fait pas exception : le Centre doit organiser l’effort scientifique de guerre, ses laboratoires doivent contribuer à la victoire sur le Reich.
Le CNRS n’est cependant pas une création ex nihilo. La IIIe République a, à elle seule, pris de nombreuses initiatives en faveur d’une meilleure coordination de la recherche. Depuis le début du XXe siècle, des caisses de financement et des offices de recherches ont vu le jour. Dans les années 1930, grâce aux efforts de quelques savants parmi lesquels le prix Nobel de physique Jean Perrin, ces initiatives se sont multipliées.
À la veille du conflit, la France s’est ainsi dotée d’une Caisse nationale, d’un Service Central, d’un Haut Conseil pour la recherche scientifique, ainsi que d’un Centre national de la recherche scientifique appliquée (CNRSA). Toutes ces institutions et les laboratoires qu’elles regroupent sont finalement intégrés au sein d’un organisme unique en octobre 1939. Le CNRS est donc tout à la fois héritage et nouveauté, continuité et rupture.

L’épreuve de la guerre

Huit mois seulement après sa création, le tout jeune CNRS est confronté à sa première épreuve. Il doit en effet assurer sa reconversion dans une France vaincue. Les recherches de guerre sont interdites par l’occupant. Les laboratoires doivent répondre aux nouveaux besoins du moment : face au rationnement et aux pénuries, ils œuvrent dans les domaines de l’énergie, des produits de substitution (les " ersatz ") et de l’alimentation.
On a longtemps cru, en se basant sur des témoignages de contemporains, que le directeur nommé par Vichy en août 1940 avait préservé le CNRS. Mais la réalité est plus complexe. Le géologue Charles Jacob est en effet un fervent partisan de Philippe Pétain et de sa Révolution nationale. Ennemi juré de Jean Perrin, il entend remodeler un organisme qu’il croit victime d’un " virus démocratique ", de " la juiverie " et de la " maçonnerie ".
C’est pourquoi, durant cette période, l’histoire du CNRS reflète celle de la France en général : la plupart des chercheurs poursuivent leurs travaux dans la retraite de leurs laboratoires, certains empruntent les chemins dangereux de la Résistance, d’autres entrent, à la suite du vieux maréchal, " dans la voie de la collaboration ".

La Libération et l’essor de l’après-guerre

En août 1944, lors de l’insurrection parisienne, Frédéric Joliot-Curie est désigné pour prendre la succession de Charles Jacob. La réforme du CNRS est entreprise ; ses missions sont étendues, les recherches fondamentales encouragées. Avec une limite toutefois : le Centre reste sous la tutelle du seul ministère de l’Éducation nationale et peut donc difficilement assurer la coordination de l’ensemble de la recherche publique nationale.
Des institutions parallèles, parfois concurrentes, voient ainsi le jour au sein des ministères des Colonies (Office des recherches scientifiques coloniales, futur ORSTOM), de l’agriculture (Institut national de la recherche agronomique, INRA) ou des Postes (Institut national d’études des télécommunications, futur CNET). Frédéric Joliot-Curie obtient lui-même la direction d’un Commissariat à l’énergie atomique (CEA), créé le 18 octobre 1945.
Malgré tout, le CNRS garde pour vocation d’épouser l’ensemble des domaines de recherche, pure ou appliquée. Sous les directions successives de Georges Teissier (1946-50) et de Gaston Dupouy (1950-57), il continue son essor : de nouveaux laboratoires sont créés à Paris et en province et, de moins de 2 000 à la Libération, le nombre de chercheurs et de collaborateurs passe à près de 7 000 à la fin des années 1950.

Les années 1960 : un âge d’or

Cet essor se poursuit lors de la décennie suivante. Il s’accélère, même. L’arrivée au pouvoir du général de Gaulle marque en effet une rupture. La recherche scientifique devient une priorité nationale. Sous l’impulsion du fondateur de la Ve République, ses budgets sont doublés, de grands chantiers entrepris. Preuve de cette détermination : pour la première fois, au sommet de l’État, un Comité interministériel de la recherche voit le jour.
Toutefois, dans ce contexte, la mission de coordination semble échapper au CNRS. Elle appartient en effet désormais au nouveau Comité, présidé par le Premier ministre. Les pouvoirs publics reconnaissent ainsi qu’il est difficile pour un organisme comme le CNRS d’assumer la coordination d’ensemble en dépendant d’un seul ministère, celui de l’Éducation nationale.
Un constat d’échec ? Non, car le CNRS conserve sa place de navire amiral de la flotte scientifique. Les premiers instituts nationaux voient le jour en son sein : celui d’astronomie et de géophysique (INAG), bientôt rejoint par celui de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3). Surtout, une réforme importante est mise en place en 1966 : la création des laboratoires associés, permettant au CNRS de soutenir des laboratoires universitaires qui lui sont liés par contrat. Le Centre s’ouvre toujours davantage vers l’extérieur.

L’ouverture sur la société

L’ouverture ne se limite pas à l’Université. Elle s’étend également à l’industrie. En 1975, une première convention est ainsi signée avec Rhône-Poulenc. Mais cet accord soulève de vives oppositions au sein du CNRS : la recherche publique est-elle en train de se vendre aux intérêts privés ? En réalité, elle s’adapte aux nouvelles attentes de la société. La création du département des sciences pour l’ingénieur, la même année, vient le confirmer.
Les programmes interdisciplinaires qui voient le jour dans les années 1980 participent du même principe : l’énergie, l’environnement, bientôt les biotechnologies sont à l’ordre du jour. Le CNRS, qui regroupe alors près de 25 000 chercheurs et ITA, y joue un rôle moteur. Mais, paradoxalement, à mesure que l’organisme s’ouvre sur la société, il est suspecté de claustration, accusé d’être une tour d’ivoire. Dans la presse, le navire amiral est parfois dépeint comme un vieux paquebot qui prend l’eau.
Rien de surprenant dans ces critiques. Le CNRS en a toujours été une cible privilégiée, depuis sa création et même bien avant. Jean Perrin lui-même a été visé par les attaques les plus violentes lorsqu’il défendait son projet d’organisation de la recherche française. Les censeurs sont invités à suivre l’évolution du Centre depuis ses origines. Des échecs, des réformes avortées, des décisions précipitées ou trop lentes à être mises en œuvre, oui, sans doute. Mais combien de réalisations, de progrès, de découvertes en maintenant plus de 70 ans d’histoire ?

Denis Guthleben Attaché scientifique