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Charles Jacob

9 avril 2010

Charles Jacob (1878 - 1962), Directeur du CNRS de 1940 à 1944

Charles Jacob dirige le CNRS de 1940 à 1944. “Un drôle de CNRS dans une drôle de période”, se souvient Gabrielle Mineur, responsable du secrétariat de la direction. Un drôle de directeur, serait-on tenté d’ajouter, dont les vraies ambitions sont longtemps restées secrètes. Mais le voile se lève aujourd’hui, grâce à la découverte, à l’Académie des Sciences, d’archives jusqu’alors inexploitées.

Charles Jacob a conservé, à la tête du CNRS, ses habitudes de géologue. Arpenteur infatigable, il a toujours sur lui un carnet et un crayon. Et il note tout : anecdotes, considérations sur l’état, sur le Centre, etc. Des centaines de pages nous sont ainsi parvenues. Raturées, barrées, fléchées en tout sens, certaines sont illisibles. D’autres, en revanche, sont d’une grande clarté.

La France ? Il était grand temps de se débarrasser de “cette stupide démocratie, du front populaire” et de “sa juiverie, sa maçonnerie”. Hitler ? “Un socialiste bon teint qui a mangé de la vache enragée”. Et puis il y a le pouvoir, qui fascine Jacob. Le jour de sa nomination, il oublie toutes ses critiques antérieures sur le CNRS. Le voilà assis à “la grande table”, à la place de “la bande à Perrin”. Il ne tuera pas la poule aux œufs d’or. Qui sait ? Cette charge lui ouvrira peut-être les portes d’un ministère, “avec présence au Conseil des ministres”. Ensuite, il n’y aura plus qu’à “écarter Laval” pour viser plus haut encore…

Pendant quatre ans, il se bat pour maintenir le Centre à flot. Il ne ménage ni son temps, ni ses efforts. à plusieurs reprises, il fait le voyage de Vichy pour plaider sa cause. Il encourage les recherches appliquées, en particulier dans les domaines rendus prioritaires par les affres de l’Occupation : l’alimentation, la médecine, l’énergie, les produits de substitution. Les disciplines fondamentales ne sont pas oubliées pour autant, même si le directeur ne rencontre pas toujours le soutien qu’il aurait espéré des autorités. Mais si son action en faveur de la recherche reste incontestablement positive, c’est un homme usé et aigri qui sera renvoyé, en août 1944, à ses chères études.



Denis Guthleben
Attaché scientifique
Comité pour l’histoire du CNRS

Les citations sont extraites des archives de Charles Jacob, conservées à l’Académie des Sciences (dossiers D24 - D30).