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Les 10 ans de l’ERC



Retour sur "Le CNRS fête les 10 ans de l’ERC"  

 

 

Retour sur l’après-midi organisé par la délégation Centre-Est dans le cadre des 10 ans de l’ERC

mercredi 29 mars 2017

au Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques (CRPG)

 

 

Pour les 10 ans de l’European Research Council (ERC), le CNRS Centre-Est recevait le 29 mars 2017 des porteurs d’ERC et des directeurs de laboratoires ayant accueilli des ERC. L’occasion de faire un premier bilan de son existence et de clarifier ses conditions et ses objectifs pour les chercheurs intéressés, qu’ils soient débutants ou expérimentés. Qu’est-ce que l’ERC ? À qui s’adresse-t-il ? Quelles conséquences pour sa vie professionnelle ? Quel impact sur le laboratoire ? Une rencontre qui a permis de répondre à ces questions…


Animation :

Nathalie Million, journaliste – France Bleu

 

Intervenants :

Frédérique Battin-Leclerc, directrice de recherche CNRS - LRGP
Alexandre Bouhelier, directeur de recherche CNRS - ICB
Marc Chaussidon, directeur de recherche CNRS et directeur de l’Institut de Physique du Globe de Paris - IPGP
Yanne Chembo Kouomou, chargé de recherche CNRS - GeorgiaTech
John Dudley, professeur à l’Université de Franche-Comté - l’Institut FEMTO-ST
Evelyn Füri, chargée de recherche CNRS - CRPG
Yaël Grosjean, chargé de recherche CNRS - CSGA
Laurent Larger, professeur à l’Université de Franche-Comté et Directeur de l’Institut FEMTO-ST
Raphaël Pik, directeur de recherche CNRS et directeur du CRPG
Alexandre Voillequin, ingénieur support – PCN ERC CNRS

 




Premier temps : introduction générale par Jocelyne Dias, Adjointe à la Déléguée Régionale du CNRS Centre-Est

À l’international, la bourse ERC est un dispositif important pour la recherche. Elle a d’ailleurs pris de l’ampleur depuis sa création en 2007, c’est pourquoi il est important de fédérer, mobiliser les chercheurs autour de ce dispositif.

Ces dernières années, une quinzaine d’ERC ont été attribués dans la circonscription Centre-Est et aujourd’hui (ndlr : 29 mars 2017) est l’occasion pour ces porteurs de se retrouver et de faire leurs retours d’expériences des bourses ERC. Le mot d’ordre est effectivement d’échanger et de partager son expérience, un choix mis en lumière par la direction de la Délégation Centre-Est.

Comme le précise la journaliste Nathalie Milion, l’objectif de cette journée est que le spectateur se demande, en quittant la salle, « pourquoi pas moi ? » Il faut vulgariser les éléments contextuels de l’ERC pour se projeter, ce qui est a priori délicat en raison de son caractère élitiste.

 


 

Deuxième temps : introduction des bourses ERC par Alexandre Voillequin, Ingénieur PCN ERC CNRS

Entre 2007 et 2014, les bourses ERC ont représenté un total de 13 milliards d’euros attribués à des chercheurs pour l’excellence de leurs travaux. Cela représente, en 5 ans, près de 2,5 milliards d’euros par projet. En Europe, plus de 7000 chercheurs ont déjà candidaté pour une bourse ERC, dont 900 en France et, sur la période donnée, plus de 360 lauréats ont été récompensés. Le taux de réussite s’élève à 10% en Europe, dont 15% en France. Les disciplines représentées sont variées, bien qu’en France les sciences humaines et sociales soient minoritaires (15% de projets liés à ce domaine d’étude). Les sciences de la vie, la chimie et l’ingénierie, de leur côté, dominent le champ lexical de l’ERC. Enfin, il est important de noter que seuls 26% des porteurs d’ERC en provenance des appels Horizon2020 sont des femmes. À ce sujet, des mesures de prévention sont actuellement prises pour contrecarrer ce biais.
Le fournisseur de ces statistiques n’est autre que le Point de Contrôle National (PCN), un consortium ayant pour objectif de répondre aux questions relatives aux bourses ERC ainsi que la production de bilans et statistiques depuis leur création en 2007.

Par ailleurs, précise Alexandre Voillequin, bien que l’excellence scientifique soit en soi attrayante, la bourse ERC a d’autres atouts à faire valoir : d’abord, elle se caractérise par sa portabilité. En effet, elle n’impacte pas seulement la vie d’un chercheur pour 5 ans, il y a également un après ERC. Ensuite, il n’y a aucun critère d’âge ou de nationalité, ce qui motive la recherche de l’excellence des travaux en eux-mêmes. Enfin, elle est destinée à plusieurs publics de chercheurs : la Starting Grant permet aux jeunes chercheurs de commencer leurs recherches dans des conditions idéales, 2 à 7 ans après l’obtention de leur thèse. La Consolidator Grant, quant à elle, accompagne les chercheurs 7 à 12 ans après l’obtention de leur thèse. Enfin, l’Advanced Grant s’adresse à des chercheurs plus confirmés, qui témoignent d’un remarquable leadership et d’une gestion de projet exploratoire en cours. À savoir qu’un porteur de Starting ou d’Advanced Grants peut prétendre à un PoC (Proof of Concept), qui représente une bourse de 150 000€ dans les 18 mois suivant le projet afin de valoriser les résultats obtenus. 2018 et 2019 marqueront également le retour des projets ERC à plusieurs têtes, renommées en Synergy Grants et avec un fonctionnement légèrement différent de leur précédent statut.

« Il faut se lancer quand le projet est mûr est innovant, car il ne le sera peut-être plus l’année d’après », rappelle Alexandre Voillequin. L’évaluation se fait en 2 temps distincts : d’abord, le projet écrit est analysé par un panel (B1) qui apporte un point de vue généraliste des tenants et aboutissants du travail. Ensuite, un panel plus spécialisé prend la relève (B2) et questionne le fond du projet. Enfin, à Bruxelles, un oral est imposé à chaque candidat afin de présenter son projet, suivi d’un temps de questions en lien avec les commentaires des panels consultés.

Pour se préparer à l’examen dans les meilleures conditions, le PCN propose par ailleurs des sessions de formation et d’information et ce jusqu’à l’oral à Bruxelles. À cela s’ajoutent les interventions de lauréats d’ERC, prêts à partager leurs expériences respectives.

 

 

 

 


 

Troisième temps : table ronde « retours d’expériences de porteurs d’ERC »

• Yanne Chembo Kouomou (Starting Grant)

Yanne a obtenu une Starting Grant en 2011, grâce à son projet NextPhase. Spécialisé dans l’aérospatial, l’objectif consiste globalement en la conception d’horloges ultra-stables à base de lasers. Grâce aux encouragements et au soutien de ses collègues, Yanne a déposé sa candidature en concentrant son travail sur la partie scientifique du projet. Le Service Partenariats et Valorisation (SPV) du CNRS, quant à lui, a apporté un soutien administratif apprécié.

Le chercheur évoque également l’important rôle administratif et managérial inhérent à l’obtention d’un ERC. « C’est sûr, on s’éloigne de la paillasse ! », s’amuse-t-il. Toutefois, Yanne conseille de veiller à ne pas trop s’en éloigner ; « il faut rester cohérent » dans son projet et privilégier les aspects scientifiques tout en ne négligeant pas le contexte. Selon lui, il faut également éviter de mettre en avant des collaborations potentielles avec des chercheurs reconnus, par exemple, car « l’objectif est de montrer son indépendance », aussi bien financièrement que scientifiquement.

Enfin, Yanne évoque le phénomène d’« auto-pression » auquel peuvent être soumis les chercheurs admis. L’ERC accorde des bourses qui récompensent l’excellence scientifique, alors un fort degré de responsabilité en découle naturellement.

 

 


• Evelyn Füri (Starting Grant)

Inspirée par Bernard Marty, titulaire de 2 ERC, Evelyn postule à son tour après avoir pris un peu de temps pour souffler suite à son concours CNRS. Encouragée par ses collègues du CRPG, elle parvient à décrocher une bourse en 2017 et s’apprête à se jeter dans le grand bain pour les 5 prochaines années.

« C’est vrai qu’il y a une certaine pression, mais je vois davantage cela comme un challenge », précise-t-elle. Pas vraiment intimidée par les exigences administratives de la bourse ERC, Evelyn a bien conscience de l’opportunité que cela représente dans la vie d’un chercheur : « c’est une pression d’avoir autant d’argent à gérer, mais fantastique car cela permet de faire ses recherches dans les meilleurs conditions possibles ». Elle évoque sa surprise quant au court oral qui est imposé aux chercheurs candidatant pour un ERC : « 5 minutes, c’est peu. C’est très difficile de dire juste ce qu’il faut pour convaincre le jury ». Quant aux questions, elle précise qu’il ne faut pas être susceptible et être en mesure de rebondir assez rapidement. Challenge réussi pour la jeune Suisse-Allemande, qui apprend l’obtention de son ERC par… mail ! « C’est un peu surprenant », s’amuse-t-elle.

Étudiant la composition des résidus extraterrestres au CRPG, un laboratoire de référence en la matière, l’on se pose la question dans la salle : le laboratoire d’appartenance (labellisé CNRS) a-t-il un impact sur l’obtention de l’ERC ? Evelyn hésite : « je n’ai pas encore assez de recul pour répondre à cette question, mais je ne pense pas. On est jugé sur notre travail uniquement. »

 

 

 

• Alexandre Bouhelier (Consolidator Grant)


Titulaire d’une bourse ERC depuis 2013, Alexandre arrive peu à peu au bout de son projet. « Pour l’instant, c’est risque maximum et gain minimum ! » plaisante-t-il. Spécialisé dans les communications sans fil à échelle nanométrique, ce jeune chercheur a pris beaucoup de temps pour mûrir son projet : « je voulais vraiment soumettre des résultats, proposer quelque chose de concret. » Disposant d’une base de résultats préliminaires non publiés, c’est sur cela que tout s’est joué : « ils ont vu que quelque chose était possible. Sans ça, je ne sais pas ce que cela aurait donné… »

Décontracté et optimiste, Alexandre jette un œil peu conventionnel sur les ERC : « je n’avais pas franchement la pression, en fait. J’ai même failli dépasser les deadlines des dossiers. » Pour autant, il reconnaît que « c’est difficile de concilier réponses aux équations différentielles et crises existentielles dans les bureaux », faisant ainsi écho aux appréhensions d’Evelyn et de Yanne.
Pour lui, il est important d’avoir une grande ouverture d’esprit, d’approcher de nouveaux environnements, de voyager. Cela permet de remettre en question son travail, de le regarder avec un œil neuf et de le considérer différemment ; en d’autres termes, un atout considérable dans une candidature pour une bourse ERC.

Pour faire suite à l’anecdote d’Evelyn, Alexandre partage son vécu de l’oral, qu’il juge, avec beaucoup d’humour, « glauque » : « j’étais devant une longue table, avec tous les membres du jury et, au fond, une immense horloge. C’est une expérience particulière ! »

En 2018, son projet ERC prend fin, ce qui lui permet de faire un premier bilan : « on manque de temps pour approfondir le sujet, mais nos objectifs fixés sont atteints. » Quant au compte-rendu de son travail, Alexandre estime qu’il n’y a pas assez de retours scientifiques : « c’est trop administratif, il manque des retours sur l’ensemble du projet ! » s’étonne-t-il. En effet, bien que des feuilles de temps doivent être remplies quotidiennement, le feedback devrait davantage porter sur des éléments concrets issus du projet lui-même. Globalement, les intervenants acquiescent ; Yanne, de son côté, estime que c’est le jeu de l’ERC : on offre la possibilité à des chercheurs d’être indépendants et de montrer qu’ils sont capables de gérer seuls un projet scientifique dans son intégralité, c’est pourquoi « multiplier les retours scientifiques contrecarrerait le concept initial ».


• Yaël Grosjean (Consolidator Grant)

Chercheur au sein du CSGA, Yaël travaille sur la perception de l’environnement par l’organisme. Motivé par ses équipes lors d’une expérience en Suisse, il estime que l’un des meilleurs moments pour se lancer dans l’arène n’est autre que de « profiter d’une publication sensationnelle et directement embrayer dessus ».

Alors que dans la salle, suite à la remarque d’Alexandre sur les résultats préliminaires fournis dans son dossier, l’on se demande quelle est la place de la faisabilité dans une candidature pour l’ERC, Yaël Grosjean répond : « à vrai dire, il n’y avait que deux barres d’histogramme dans mon dossier… Ce qui était intéressant, c’est que je proposais quelque chose de complètement nouveau ». Une anecdote qui a son importance, nous rappelant que le seul et unique critère de l’ERC est l’excellence scientifique.

Ayant lui aussi partagé les appréhensions quant à l’administration de son ERC, il évoque enfin le retour difficile à la réalité : « du jour au lendemain, nos revenus baissent soudainement et ce n’est pas forcément facile de rebondir ! » À ce sujet, Yaël rappelle à ses auditeurs que l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) existe et qu’il faut y penser. Certes, la bourse est moins importante, mais toute aide au financement de sa recherche est une excellente opportunité de progresser dans de bonnes conditions.

 

 

 


• Frédérique Battin-Leclerc (Advanced Grant)

Frédérique obtient sa bourse ERC en 2008, 2 ans avant d’obtenir une médaille d’argent du CNRS, pour sa recherche de modèles chimiques plus précis pour une meilleure combustion des carburants. Ainsi, l’objectif est de faire sensiblement baisser le taux de pollution de ces derniers.

« J’ai gagné l’Euro Millions des chercheurs ! » annonce-t-elle à ses parents le jour des résultats. Reviewer en 2015 auprès de la Commission Européenne (CE), elle nous raconte comment se passe l’évaluation de l’autre côté de la barrière. En un mot : « l’excellence scientifique » ! Frédérique précise : « [elle] s’évalue à la fois dans les travaux et dans la personnalité du chercheur ». Pour elle, il y a forcément un lien qui se crée lorsque le projet est cohérent, fort et qu’il est présenté de façon irréprochable.
Si cette excellence n’est pas atteinte, des restrictions sont imposées : si le candidat obtient un B, il ne peut pas soumettre de projet ERC pendant 1 an. S’il obtient un C, la durée s’allonge à 2 ans. « Il ne faut pas voir cela comme une sanction, mais comme un encouragement à approfondir le sujet. Il ne faut pas abandonner, l’échec doit être moteur », affirme-t-elle, rassurante.

Enfin, Frédérique évoque la possible apparition de « générations ERC », c’est-à-dire des chercheurs qui bâtissent toutes leurs carrières sur l’obtention continue d’ERC. Cela pourrait entraîner des déséquilibres et, surtout, une injustice pour les chercheurs qui n’ont encore pas obtenu de financement. C’est pourquoi elle encourage vivement les scientifiques à soumettre leurs projets, car c’est le meilleur moyen de prendre du recul sur ses travaux.

 


• John Dudley (Advanced Grant)

Médaille d’argent du CNRS en 2013, John figure aujourd’hui parmi les leaders mondiaux en optique non linéaire ultra-rapide. Son Advanced Grant est un cas un peu exceptionnel car il l’a obtenue grâce à un projet à deux têtes, alliant mathématiques et physique, une situation qui n’est aujourd’hui plus possible. À ce sujet, Alexandre Voillequin intervient : « les Synergy Grants, qui reviennent en 2018, sont différentes. Il s’agit plutôt de faire appel aux compétences exceptionnelles de plusieurs chercheurs pour résoudre un problème qui ne serait pas traitable seul. »

Pour John, une des choses qu’il ne faut surtout pas négliger dans la soumission d’un ERC est le choix de son panel : « pour certains domaines de recherche, le choix du panel est évident. Mais parfois, lorsque plusieurs disciplines s’entrechoquent, il peut être difficile de savoir qui sera le plus apte à l’évaluer ».
Selon lui, la visibilité du chercheur candidat est un excellent complément au choix du panel. Il faut donc veiller à déjà avoir un certain nombre d’articles publiés dans des revues prestigieuses. Evelyn et Yanne, de leurs côté, nuancent ce propos : n’en ayant qu’entre 10 et 20 au moment de leurs candidatures, cela n’a pas été rédhibitoire.

Enfin, John souligne le fait que l’ERC n’est pas une fatalité : « l’excellence scientifique ne se limite pas à l’ERC ! » En effet, il rappelle que des collectifs de chercheurs existent et qu’ils produisent des travaux de qualité comparable, ce qui est tout aussi important.


• Marc Chaussidon (Advanced Grant)

En 2008, alors qu’il assiste à une réunion de sensibilisation aux ERC à la Délégation Centre-Est aux côtés de Frédérique, Marc décide de soumettre un ERC. Il l’obtient et donne brillamment suite à sa médaille d’argent du CNRS obtenue en 2002.

Spécialisé dans la cosmo chimie, Marc nous raconte la constitution de son dossier : « à l’époque, nous avions besoin de se poser 3 semaines pour rédiger notre projet et, ensuite, on le soumettait ». Aujourd’hui, les démarches administratives sont plus conséquentes mais, parallèlement, les entraînements à l’examen sont également plus nombreux.
En réponse à la question précédemment évoquée sur l’impact de l’appartenance à certains laboratoires, Marc confirme que cela ne favorise pas un candidat pendant son audition. En revanche, cela reste un atout considérable car la qualité de son projet dépend grandement de l’environnement scientifique dans lequel il évolue. C’est pourquoi il rappelle qu’il n’est pas souhaitable d’attribuer une bourse à un chercheur postdoctoral, puisqu’il ne serait pas encore prêt à assumer de telles responsabilités.

 


 

Quatrième temps : table ronde « l’ERC, une bourse individuelle et collective »

• Laurent Larger (FEMTO-ST)

Directeur de l’Institut FEMTO-ST de Besançon, spécialisé en acoustique, optique et nanosciences informatiques, Laurent précise qu’il a déjà accueilli 3 ERC au sein de son laboratoire. « J’ai moi-même postulé à un ERC, mais je ne l’ai pas eu ! », précise-t-il en rappelant qu’il ne faut pas avoir peur de l’échec.

Pour lui, l’ERC est plus qu’un financement, c’est un label, un accélérateur d’activité. L’impact au sein du laboratoire est multiple, car il engage des activités administratives, financières et scientifiques supplémentaires au sein de la structure. En effet, même si « le chercheur gratifié gère seul son argent », il y a toute une dynamique qui se crée autour de lui.
Se pose alors une question particulièrement attendue : existe-t-il des jalousies envers les porteurs d’ERC ? Selon Laurent, pas vraiment. Il y a peut-être un peu d’envie, mais cela reste sain. Il s’agit davantage de contribuer à l’effort collectif : « c’est une cerise sur le gâteau, mais il faut déjà que le gâteau soit joli ! » C’est pour cela que l’un des rôles du directeur de laboratoire est de repérer les potentiels porteurs d’ERC au sein de son établissement et de tout mettre en œuvre pour l’y sensibiliser rapidement. À ce titre, Laurent estime que l’appropriation de cette campagne d’information par les tutelles est une excellente idée, car leur place sur la scène scientifique leur permet d’être prises plus au sérieux.

Enfin, il prévient : « si vous ne réussissez pas du premier coup, ça n’est pas un problème. Cela doit vous permettre de prendre du recul sur votre travail et de corriger le tir. C’est aussi ça, l’ERC ! »

 

 


• Raphaël Pik (CRPG)

Spécialisé dans les sciences de la Terre et des planètes, Raphaël dirige le Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques de Vandœuvre-lès-Nancy. Pour information, 4 ERC ont déjà été hébergés dans son laboratoire et un 5ème a été déposé cette année.

Pour lui, l’ERC a d’abord un impact direct : c’est une reconnaissance de la qualité de la recherche au sein d’un laboratoire, une sorte de vitrine de l’excellence qu’il recèle. Ensuite, de façon plus indirecte, « cela permet de soutenir la recherche à un niveau que l’on ne pouvait pas soutenir en temps normal ». Enfin, même si un scientifique en particulier est ciblé par l’ERC, cela génère un bénéfice net sur le laboratoire.
Dans la salle, l’on se pose la question du risque que cela se passe mal, en particulier en termes de relations humaines. « C’est un risque, car tout le monde a un positionnement et une sensibilité différente et la gestion administrative et managériale peut générer du stress », répond Raphaël. Toutefois, il se veut rassurant : « le dépôt de dossiers de candidature est en hausse depuis la création de l’ERC, et il faut encourager les jeunes chercheurs à postuler car la constitution de leur dossier CNRS leur a permis de se familiariser avec les démarches administratives ». Laurent ajoute : « un ERC ne se passe jamais vraiment mal. La Commission Européenne a des critères suffisamment sélectifs pour ne pas commettre d’erreur. Si cela se passe mal, finalement, ce serait plutôt de la faute des membres du jury. »

Mais si le porteur d’un ERC quitte le laboratoire, que se passe-t-il ? Raphaël rappelle que l’équipement acheté dans le cadre d’un projet ERC appartient au laboratoire. En termes de moyens financiers, en revanche, le lauréat peut décider de faire don d’une partie de sa bourse au laboratoire ou de dépenser l’intégralité de son argent dans ses recherches personnelles. Chaque directeur d’unité peut donc mettre à disposition du bien commun des overheads, soient des résidus financiers, faisant ainsi croître la notoriété de l’ERC auprès de toutes les équipes.



En définitive, tous ont vécu des expériences positives lors de la réalisation de leurs projets ERC. Ces derniers offrent assurément une liberté de décision et de parole non négligeable, en plus d’une reconnaissance de leurs travaux par l’ensemble de la communauté scientifique. C’est pourquoi la sensibilisation à ce dispositif doit être renforcée pour encourager jeunes chercheurs et seniors à se lancer dans l’arène.

 

 

Pour tout savoir sur les procédures de soumission d’un ERC, contactez le Service Partenariats et Valorisation : 

Nathalie APPEL
Responsable du pôle Ingénierie de Projets et Cellule contrats Europe
nathalie.appel@cnrs.fr
03 83 85 60 85

 
SCom / Josse Tourdiat - Avril 2017