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Fragrance n°2011
« C’est un roc ! C’est un pic ! C’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule ! »… « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » Dans sa célèbre joute syntaxique, Cyrano fait l’apologie de son appendice nasal et, par voie de conséquence, du sens qui lui est associé, l’olfaction.
Le parfum se dévoile en un subtil langage, à la fois précurseur de l’aromathérapie actuelle et artifice de la séduction. Telle la madeleine de Proust, il fait ressurgir de façon fugitive mais intense, des souvenirs que l’on croyait à jamais dissipés, où cerveau, odorat, émotion et mémoire sont intimement liés.
Longtemps, l’olfaction a été le parent pauvre de l’étude des sens. Sauf pour les chimistes évoluant dans le secteur des arômes et des parfums, qui s’appliquent à en percer les secrets. Un pan de voile a été levé avec la publication en 1991 de Richard Axel et de Linda B. Buck [1] sur la famille de gènes codant pour les récepteurs olfactifs.
De leur côté, les chimistes niçois ont acquis une meilleure compréhension des mécanismes de chimioréception périphérique des odorants, de leur perception et de leurs incidences cognitives et comportementales. On assiste désormais à l’émergence d’applications innovantes, en particulier dans le domaine de la fabrication de modificateurs (exaltateurs ou inhibiteurs) à spectre plus ou moins large de la perception olfactive et gustative. Malgré tout, la recherche de nouveaux odorants reste une quête du Graal. L’industrie du parfum et les compositions créatives toujours plus sensuelles ont encore de beaux jours devant elles. Et le parfum de clamer haut et fort : « À la fin de l’envoi, je touche ! »
Laboratoire de chimie des molécules bioactives et des arômes, CNRS-Université de Nice
[1] Prix Nobel 2004 de physiologie et médecine.
