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Le CNRS renforce sa capacité de pilotage de la valorisation

Avec la création d’un poste de délégué général à la valorisation auprès du Président, le CNRS renforce sa capacité de pilotage dans ce domaine stratégique. Nicolas Castoldi, précédemment directeur des affaires juridiques, a été nommé à ces fonctions le 21 octobre 2015.

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Pourquoi était-il nécessaire de renforcer le pilotage de la valorisation au CNRS ?

Nicolas Castoldi : Loin d’être une activité annexe ou accessoire, la valorisation est le prolongement direct de l’activité de recherche et elles sont l’une et l’autre étroitement imbriquées. Cela explique sans doute les difficultés que nous avons pu longtemps éprouver pour organiser et rendre visibles nos actions dans ce domaine. Cependant, des progrès ont été accomplis, notamment avec l’enquête sur les start-up issues des laboratoires. Cette dernière a mis à jour l’importance quantitative et qualitative de la création d’entreprise directement liée aux unités mixtes de recherche.

Parallèlement, l’environnement de la valorisation a changé, notamment avec l’apparition des 14 sociétés d’accélération et de transfert de technologie (SATT) dont nous sommes actionnaires. L’articulation des différentes stratégies de valorisation à l’échelle nationale et territoriale est aujourd’hui un enjeu majeur : il en va de la cohérence et de l’efficacité d’un système qui fait l’objet d’investissements publics considérables.

Ce besoin de coordination existe aussi au sein du CNRS. La création de cette fonction découle d’un constat simple : la valorisation est une mission transversale, qui mobilise de nombreux acteurs au sein de l’organisme. Cela est vrai au siège, avec au premier chef la direction de l’innovation et des relations avec les entreprises (DIRE) et notre filiale nationale de valorisation et de transfert, FIST SA. Celles-ci travaillent en lien étroit avec les délégations régionales et bien sûr avec les instituts, mais également avec la direction de la stratégie financière, de l’immobilier et de la modernisation (DSFIM) ou bien encore la direction des affaires juridiques (DAJ).

Chacune de ces interventions correspond à une dimension de la mission de valorisation du CNRS. Ma mission première est de les articuler et d’en garantir la cohérence et l’efficacité sans pour autant créer un nouvel ensemble fonctionnel qui isolerait la valorisation. En effet, celle-ci ne peut se construire indépendamment de la science et ne se pilote pas sans une vision nette des ressources.

D’où ce positionnement original, avec un délégué général qui, au sein du directoire, travaille en lien étroit avec chacun des deux directeurs généraux délégués pour mettre en œuvre la feuille de route définie par le président du CNRS.

 

La stratégie de valorisation du CNRS va-t-elle évoluer ?

N. C. : Alain Fuchs a donné un nouvel élan à notre stratégie de valorisation, qui est fondée sur une certaine vision du lien consubstantiel qui unit la recherche et sa valorisation. Elle a été précisée et formalisée par Marie-Pierre Comets à l’issue d’un travail approfondi conduit sous la houlette de Philippe Baptiste, en lien étroit avec FIST SA et la mission pilotage et relations avec les délégations régionales et les instituts (MPR). Ce « plan d’action valorisation 2015-2017 » a été acté en novembre 2014.

Ma mission consiste à accélérer et à coordonner ces changements, pour certains déjà à l’œuvre. Nos lignes directrices en la matière sont claires, elles n’ont pas vocation à être remises en cause. Je pense, par exemple, à l’affirmation d’une stratégie nationale de valorisation, construite avec les instituts autour de 20 domaines-clefs, baptisés « Focus Transfert », où nous pouvons compter sur des forces scientifiques à l’échelle nationale, des portefeuilles de brevets et de réelles perspectives de valorisation.

Toute la singularité de l’approche du CNRS, qui est au cœur de l’action de la DIRE, c’est de prendre en compte la nécessité du transfert dès le moment où, avec nos partenaires, nous agissons pour structurer la recherche dans ces domaines majeurs. Par exemple, construire un réseau autour du stockage électrochimique de l’énergie – donc des batteries – ou de la biomasse ligno-cellulosique, c’est rassembler des forces à l’échelle nationale pour faire avancer la science et préparer le transfert rapide des résultats qui en découleront. Et ce, en impliquant dès l’origine nos principaux partenaires privés.

Le plan d’action comporte également un volet très opérationnel. Pour mieux coordonner nos forces et aller plus vite, nous devons clarifier la répartition des compétences, supprimer les vérifications redondantes. Mais aussi limiter le nombre d’entités appelées à parler au nom du CNRS dans une même négociation. La refonte et la simplification de nos outils contractuels sera également poursuivie, en lien étroit avec la direction des affaires juridiques. Je souhaite enfin que nous puissions disposer de données financières consolidées, afin de disposer d’une vision claire des grands équilibres de la valorisation dans un paysage qui a profondément évolué en l’espace de quelques années.

 

Qu’est-ce qui va changer pour les différents acteurs de la valorisation au CNRS ?

N. C. : La création de cette nouvelle fonction de délégué général n’appelle pas de réorganisation administrative de la fonction « valorisation » au CNRS. Les structures existantes sont maintenues, car elles ont toutes un rôle à jouer – mais encore faut-il qu’elles puissent le jouer pleinement.

Les services partenariat valorisation (SPV) des délégations régionales, par exemple, sont le cœur battant de cette mission au CNRS. Leur environnement est en pleine transformation et leur positionnement a évolué avec l’arrivée des SATT. Pour autant, la pression inhérente à l’activité partenariale est toujours là. Face à des projets et à des enjeux toujours singuliers, il faut trouver rapidement des solutions en lien avec les laboratoires et inventer des cadres contractuels originaux pour mettre en œuvre chacun de ces projets. Cela n’a rien de facile !

Je souhaite donc que les SPV puissent non seulement s’appuyer sur des doctrines nationales claires sur un ensemble de sujets, qu’ils soient stratégiques ou techniques, mais également obtenir des réponses rapides aux questions que posent certaines négociations sensibles. Par définition, valoriser, c’est prendre des décisions, parfois délicates. C’est faire une balance entre des risques – il y en a toujours et tout contrat essaie de les conjurer a priori - et des perspective de bénéfices sociaux et économiques, qui sont le moteur de notre action. Mon objectif, c’est que les SPV n’aient pas à assumer seuls ces risques et puissent du même coup aller en confiance jusqu’au bout de la démarche de valorisation.

Autre acteur clé, notre filiale FIST SA. Elle a une expérience reconnue et une expertise forte en matière de transfert de technologie et de licensing. Aujourd’hui, elle accompagne le CNRS, elle représente le CNRS, mais elle ne peut pas engager le CNRS. Cette limite est ancienne, elle est entrée dans les esprits, mais dans l’immense majorité des cas, elle n’est pas vraiment pertinente. Nous allons travailler avec Olivier Daniel, directeur général de FIST, pour voir comment lever les obstacles juridiques qui, jusqu’à présent, venaient ainsi borner et parfois ralentir son intervention.

 

Comment entendez-vous faire évoluer les relations avec les sociétés d’accélération et de transfert de technologie (SATT) ?

N. C. : Il faut toujours le rappeler : le CNRS participe à toutes les SATT. Il est le seul organisme à avoir fait ce choix. Il l’a fait parce qu’il était convaincu que ces filiales territoriales partagées avec nos partenaires universitaires serviraient la valorisation de la recherche, la rendraient plus efficace et démultiplieraient ses effets. Les SATT disposent pour ce faire de fonds importants, qui sont investis en maturation, ce qui est très positif pour les laboratoires et les chercheurs. Ces fonds permettent également de renforcer l’effort de protection de la propriété intellectuelle issue des travaux de recherche.

Trois ans après la création des premières SATT, l’enjeu est à présent d’articuler efficacement les deux dimensions – territoriale et nationale - du dispositif de valorisation. Dans certains cas - comme ceux des « Focus transfert » - une valorisation efficace ne se conçoit et ne se met en œuvre qu’à l’échelle nationale, en lien étroit avec une action de structuration scientifique. Dans d’autres, c’est à l’échelle territoriale que le transfert peut se réaliser de la manière la plus pertinente. Mais soyons clairs, dans un cas comme dans l’autre, l’action nationale du CNRS et celle de ses filiales que sont les SATT ne peuvent qu’être complémentaires, que ce soit pour soutenir la maturation d’inventions relevant des « Focus transfert » ou appuyer le transfert réalisé par une SATT.

À mes yeux, l’essentiel n’est pas de clarifier des périmètres étanches et définitifs, c’est de construire en confiance une stratégie concertée. Il faut de la fluidité et de la souplesse. Nous y travaillons avec nos partenaires au sein des instances de pilotage des SATT.

 

Propos recueillis par Claire Debôves

Contact :

Karine Wecker-Blanda / Direction de la communication du CNRS / karine.wecker-blanda@cnrs-dir.fr