Les premiers préhumains
 

   
   
 

Le passage des grands singes à l’homme est un problème encore difficile à résoudre et entre les derniers grands singes africains, comme Samburupithecus kiptalami du Miocène supérieur et les premiers hominidés certains, il n’y a que très peu de pièces connues en Afrique, et leur statut taxinomique a largement varié d’hominoïde au sens large à hominidé sensu stricto. C’est probablement dès le Miocène supérieur que les préhumains sont connus, mais pour comprendre le passage des grands singes aux hommes, le Pliocène inférieur est une période cruciale. Or, c'est aussi précisément la période pour laquelle, en Afrique, les restes fossiles sont le moins nombreux et le plus discutés. Il s'agit souvent de pièces isolées (dents, fragments de mâchoires) dont on ne peut maîtriser la variation populationnelle. La variation des caractères dentaires chez les grands singes et l’homme étant très importantes, il apparaît donc difficile d’attribuer des dents isolées à des genres ou des espèces. C'est une des raisons pour lesquelles l'étude des rares matériels de la base du Pliocène est si biaisée.

  Maxillaire de Samburupithecus kiptalami en vue occlusale
 


Le meilleur prétendant au titre d’ancêtre des Hominidae est Samburupithecus kiptalami, vieux de 9,5 à 10 Ma fut trouvé sur le site de Samburu Hills au Kenya. Il consiste en un fragment de maxillaire gauche portant l'alvéole de la canine, les deux prémolaires et les trois molaires. Par sa taille et la pneumatisation de la racine antérieure de l'arcade zygomatique, le fossile se rapproche du gorille actuel mais en diffère par la plupart de ses caractères dentaires et maxillaires. Dans les terrains un peu plus récents du Pliocène, plusieurs pièces fossiles ont été trouvées, mais malheureusement leur état fragmentaire ne permet pas de les attribuer à un genre ou à une espèce précise.

  Vue générale des gisements de Samburu Hills, Kenya
 



A Lothagam au Kenya (7 Ma), un fragment de mandibule, portant l'alvéole de la P4, la M1 et la racine distale de la M3, fut découvert en 1967. Publié en 1970 par Patterson et ses collègues sous le nom Australopithecus cf. africanus en raison de sa taille et de sa morphologie, il fut considéré comme un Dryopithèque en 1977 par Eckardt. Enfin en 1986, White le rapprochait d’Australopithecus afarensis. Mais, en l'absence d'éléments plus complets, il est raisonnable de rapporter le spécimen à un Hominoidea indéterminé.

Vue générale du site de Lukeino, Kenya  
 

 

A Lukeino au Kenya (6,2 Ma), une molaire inférieure (M1 ou M2) fut découverte en 1975 par Pickford et rapprochée des Hominidae. En 1980, des auteurs mettaient en évidence des ressemblances avec le chimpanzé. Dans une étude plus récente (1988) le spécimen était attribué à un Hominidae très ancien, ancêtre commun aux hommes et aux chimpanzés. Mais cette dent, isolée, ne peut raisonnablement pas être attribuée systématiquement.

Le niveau inférieur de la Formation de Chemeron (5,1 Ma), dans le Bassin du lac Baringo au Kenya, comprend deux niveaux fossilifères dont chacun a livré des restes d'Hominoïdes fossiles: une extrémité proximale d'humérus découverte en 1980 et une mandibule mise au jour en 1984, plus connue sous le nom de Tabarin. L'humérus a été rapproché des Hominidés et en particulier d'Australopithecus afarensis (Pickford et al. 1983); mais la pièce étant fragmentaire les caractères ne sont pas assez clairs pour conclure (Senut 1983). Attribuée à Australopithecus afarensis, la mandibule est plus petite que celles classiquement attribuées à cette espèce (Hill, 1985). Plus récemment, il fut suggéré qu’elle pourrait appartenir à Ardipithecus ramidus, sur la base d'un émail fin et de molaires étroites. Mais il paraît encore bien délicat de statuer sur son attribution systématique et sa position phylogénétique.



  Lieu de la découverte
de la mandibule de Tabarin
Vue générale du site de Tabarin, Kenya  
 


Brigitte Senut

Bibliographie
Eckardt, R.B. (1977). Hominid origins : problem of Lothagam. Current Anthropology, 18, 356.
Hill, A. (1985). Early hominid from Baringo, Kenya. Nature, 315, 222-224.
Ishida, H. & Pickford, M. (1998). A new Late Miocene hominoid from Kenya : Samburupithecus kiptalami gen et sp. nov. Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Paris, IIa, 325, 823-829.
Ishida, H., Pickford, M., Nakaya, H. & Nakano, Y. (1984). Fossil anthropoids from Nachola and Samburu Hills. African Studies Monograph, Supplementary Issue, 2, 73-85.
Pickford, M. & Ishida H. (1998). Interpretation of Samburupithecus, an Upper Miocene hominoid from Kenya. Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Paris, IIa, 326, 299-306.
Pickford, M., Johanson, D.C., Lovejoy, C.O., White, T.D. & Aronson, J.L. (1983). A hominid humeral fragment from the Pliocene of Kenya. American Journal of Physical Anthropology, 60, 337-346.
Senut, B. (1983). Quelques remarques à propos d'un humérus d'Hominoïde pliocène provenant de Chemeron (Bassin du Lac Baringo, Kenya). Folia primatologica, 41, 267-276.
White, T.D. (1986). Australopithecus afarensis and the Lothagam mandible. Anthropos, 23, 73-90.


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