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Vous reprendrez bien un peu de biodiversité ?

Production d'asperges dans le désert côtier, à Virú, dans le département de La Libertad, au Pérou. Un projet étatique d'irrigation a permis la mise en culture d'immenses terres désertiques. Plus de 45 000 ha de ces terres ont été cédés par vente aux enchères à des agroindustriels, dont environ 15 000 ha étaient cultivés en 2005.La surexploitation des ressources est l'une des principales menaces de l'espèce humaine sur la biodiversité et les écosystèmes. Qu'il s'agisse de pêche, de chasse ou d'agriculture intensive et de son irrigation, l'exploitation excessive des ressources naturelles est principalement liée à l'alimentation. Mais elle revêt aussi d'autres formes. Nous pouvons identifier la sur-exploitation du bois dans les pays en développement à des fins commerciales (bois exotique) ou sanitaires (énergie de base), le pillage des plantes et animaux rares (et de leurs dérivés) à des fins industrielles (pharmaceutiques, cosmétiques) ou commerciales (collections) et enfin la consommation excessive d'eau et d'énergie liée à nos modes de vie.
Nombres d'écosystèmes (forêts, milieux aquatiques, sols...) et d'espèces animales ou végétales sont concernés par la surexploitation des ressources. Les altérations qu'ils subissent se répercutent sur les services rendus par cette biodiversité, et de ce fait sur l'espèce humaine.© CNRS Photothèque / MARSHALL Anaïs

La disparition ou la raréfaction des espèces impliquent un appauvrissement irrémédiable du milieu, la modification des chaînes alimentaires, ainsi qu'une forte réduction du patrimoine génétique. Tout ceci joue sur le renouvellement des espèces, leur résistance aux maladies et la disponibilité pour l'être humain de ressources génétiques variées. La quantité des matières premières - agricoles, pharmaceutiques, cosmétiques, génétiques - diminue donc, ayant des retombées multiples sur l'espèce humaine : malnutrition voire famine, maladies, conséquences économiques industrielles et commerciales, modification des modes de vie, impact sur les minorités autochtones et sur la recherche et la connaissance.
De plus, la rareté porte souvent préjudice aux espèces qui seront d'autant plus convoitées(1). Se développe alors un commerce illicite, combattu par la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction).

Avec le temps, tout s'en va !

Zone déforestée (Brésil)L'appauvrissement des écosystèmes perturbe leur capacité de régulation et la protection qu'ils apportent à l'espèce humaine face aux catastrophes naturelles. Ainsi, le déboisement intensif des forêts tropicales modifiera leurs effets sur la régulation du climat local et mondial. En effet, la diversité et la répartition des espèces végétales dans une forêt agissent sur les grands cycles biogéochimiques (eau, CO2...), donc sur l'absorption du dioxyde de carbone (CO2), la production et le maintien de l'oxygène atmosphérique et l'évapotranspiration. Des forêts telles que la forêt amazonienne peuvent ainsi modifier l'humidité de l'air (pluviométrie), sa température, et même la circulation atmosphérique, au niveau mondial !
De même, les déforestations abusives, la disparition des couvertures végétales, la surexploitation de la barrière de corail (etc.) rendront les écosystèmes moins résistants aux tempêtes, aux glissements de terrain, au ruissellement ou aux inondations, à la désertification, ce qui provoquera d'importants dégâts humains et économiques.© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)

Quand on puise jusqu'à l'épuisement...

La baisse de fertilité du sol provient souvent d'une agriculture trop intensive, utilisant des produits phytosanitaires en excès et des méthodes souvent agressives pour le sol et ses habitants qui en ressortent affaiblis ! Ce qui n'est pas sans impact sur leur rendement et donc sur l'économie agricole.
De même, l'utilisation excessive d'eau et d'énergie, pour l'irrigation ou la consommation personnelle ou collective, épuise des ressources souvent non renouvelables dans un monde où elles deviennent des sources rares et précieuses. Et qu'adviendra-t-il pour les générations futures ?

Au milieu de tout ça, que faire ?

Face à la surexploitation des ressources naturelles, il est encore temps d'agir ! Des réglementations et des politiques, du local à l'international, interviennent sur des problématiques variées telles que la pêche, la chasse, l'agriculture, l'énergie et les ressources commerciales. Au niveau local, de nombreuses actions permettent de lutter contre la surconsommation, de la prise de conscience individuelle (consommation responsable) aux actions collectives par les mairies, les associations (Agenda 21, développement des énergies renouvelables...), et à l'intégration de cette problématique par les entreprises.
On peut, par exemple, amener les entreprises qui vivent des ressources naturelles à mettre en place des études d'impacts de leur exploitation sur les milieux et les habitants, à réfléchir au renouvellement de ces ressources et à l'utilisation de labels d'exploitation durable des matières premières ou de bonne fabrication pour les produits manufacturés (certifications comme le FSC par exemple).
Lorsque le mal est là, des actions de réhabilitation des milieux, de réintroduction d'espèces disparues, la mise en place d'espaces protégés pour offrir aux espèces menacées un asile peuvent permettre de restaurer en partie les écosystèmes fragilisés et de leur redonner leurs fonctions vitales.

(1) Courchamp F, Angulo E, Rivalan P, Hall RJ, Signoret L, et al. (2006) Rarity value and species extinction: The anthropogenic Allee effect. PLoS Biol 4(12): e415. DOI: 10.1371/journal.pbio.0040415

Rédaction :

Manuelle Rovillé (Chargée de mission à la FRB)

Validation scientifique :

Robert Barbault (Directeur du département « écologie et gestion de la biodiversité » du Muséum national d'histoire naturelle)

Sources de l'article


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