presentation
imprimer

Biodiversité : que recouvre ce mot

Erosion de la biodiversité, crises d'extinction : de quoi s'agit-il ?

« Tous les biologistes qui travaillent sur la biodiversité s’accordent à dire que, si nous continuons à détruire certains environnements naturels, à la fin du 21e siècle nous aurons éliminé la moitié ou davantage des plantes et animaux de la planète »

Edward O. Wilson - Les Dossiers de La Recherche « Biodiversité, Les menaces sur le vivant », août-octobre 2007



« La réduction de la biodiversité risque de déstabiliser les écosystèmes, voire l’écosystème planétaire. Mais elle sera également responsable d’une forte perte d’information. En effet, la longévité moyenne d’une espèce donnée est d’un million d’années. Chaque espèce est une bibliothèque d’informations acquises par l’évolution sur des centaines de milliers, voire des millions d’années. Ce sont des bibliothèques entières que nous brûlons. Or, si nous avons une idée de ce que la déstabilisation entraînera (moindre productivité, moindre sûreté, changements du climat…), nous n’avons aucune idée de la valeur pour l’humanité de ce que nous perdons en termes d’informations »

Edward O. Wilson - Les Dossiers de La Recherche « Biodiversité, Les menaces sur le vivant », août-octobre 2007

Feu à Varary Manarara (Madagascar)
© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)

Les chercheurs en écologie s’intéressent aux espèces, à leurs populations, aux communautés qu’elles constituent et aux écosystèmes qu’elles forment avec leur environnement. Aujourd’hui, l’extinction des espèces suscite une attention particulière car c’est l’un des principaux risques qui pèsent sur la biodiversité. Depuis l’origine de la vie, voici 3,8 milliards d’années, la Terre a connu plusieurs crises d’extinction dont la dernière – actuellement en cours - est liée à l’expansion de l’espèce humaine. L’étendue de cette crise est illustrée et médiatisée par les listes de l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) qui dressent l’état des espèces en danger et vulnérables de par le monde.

Cependant, avant d’arriver à la disparition complète d’une espèce, les populations s’érodent plus ou moins lentement. Les scientifiques tentent de cerner ce phénomène complexe d’érosion, de le quantifier objectivement, voire de le modéliser afin de prévoir s’il sera ou non irréversible. Pour cela, ils évaluent la perte de biodiversité en s’appuyant sur des indicateurs particuliers.

Récolte du riz à  Antananjaza (Madagascar)
© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)

La perte de la biodiversité résulte d’une surexploitation des populations, de pollutions diverses, de la destruction d’habitats spécifiques à certaines espèces, ou encore d’introduction d’espèces concurrentes ou prédatrices... Il existe actuellement un indicateur emblématique - l’empreinte écologique - qui tente de représenter ces interactions société-nature et les impacts de nos modes de vie sur le monde qui nous entoure donc sur la biodiversité.
Les conséquences de cette « érosion » ne se réduisent pas seulement à une liste d’espèces malmenées puisqu’elles entraînent aussi la dégradation des écosystèmes, des fonctions que ces derniers exercent dans le système vivant - la biosphère - et donc des services qu’ils rendent à l’humanité.

Papillons en train de butiner
© Bruno Locatelli (www.locatelli1.net)
Faune sous-marine (Philippines)
© IRD Photothèque  / Changeux, Thomas

Les Terriens sont désormais conscients de l’érosion et de la disparition de nombreuses espèces. Mais ils ne perçoivent pas bien les relations qui existent tous azimuts entre gènes et protéines dans chaque organisme vivant, entre les espèces (des bactéries aux grands mammifères en passant par l’espèce humaine), et entre les espèces et leurs milieux (du plus petit écosystème à la biosphère). Et ils ne perçoivent pas que la disparition d’une espèce peut avoir des effets en chaîne, donc un impact considérable sur tout l’environnement.
Pourquoi ? Parce que les espèces menacées d’extinction vont, dans un premier temps, voir leurs effectifs se réduire. Et comme elles ne vivent pas côte à côte mais bien en interaction les unes avec les autres et avec leurs milieux, cette baisse d’effectif ou la disparition d’une seule risque d’avoir un impact sur les autres espèces et les écosystèmes avoisinants, ce qui modifiera les différentes interactions : chaîne alimentaire, parasitisme, prédation, compétition, coopération, etc.
C’est bien tout le fonctionnement des écosystèmes qui se trouve perturbé, affectant ainsi la qualité des services qu’ils rendent aux populations humaines concernées.

Il est donc indispensable de stopper l’érosion de la biodiversité. Pour cela, il devient crucial de comprendre – c’est le rôle des chercheurs notamment - comment préserver les processus qui garantissent la stabilité des écosystèmes, leur résistance aux agressions extérieures et leur capacité d’évolution face aux changements globaux. En effet, la préservation de la biodiversité a pour but le maintien du potentiel évolutif de la planète et de la vie sur terre. Pas moins !

Rédaction :

Manuelle Rovillé et Renan Aufray

Validation scientifique :

Robert Barbault (Directeur du département « écologie et gestion de la biodiversité » du Muséum national d’histoire naturelle)

Source :

Entretiens avec Robert Barbault, directeur du département « écologie et gestion de la biodiversité » du Muséum national d’histoire naturelle


logo cnrs logo frb