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Insectes et pollinisation

Notons le rôle central de la biodiversité dans la reproduction des végétaux, via la pollinisation. Bien que certaines plantes sachent se reproduire toutes seules, ou utiliser pour cela le vent et l'eau, une majorité des espèces végétales sont dépendantes du monde animal - particulièrement de celui des insectes - pour se reproduire. Mais la diversité des insectes est vitale pour les plantes, car à chaque plante son insecte !

Comment ça se passe dans le détail ?

Abeille visitant une inflorescence de colza.La reproduction sexuée chez les plantes supérieures nécessite le transport de pollen, provenant de l'organe mâle, l'étamine, vers l'organe femelle, le pistil. Dans la plupart des cas, et bien que la majorité des fleurs soit hermaphrodites, il y a transfert entre organes mâles et femelles d'individus différents. Cette reproduction nécessite un vecteur pour transporter le pollen à distance et assurer la pollinisation. C'est le vent qui transporte le pollen pour la plupart des graminées (pollinisation anémophile), mais le vecteur est un insecte (pollinisation entomophile) pour la majorité des autres plantes à fleurs, cultivées ou non.© Inra Photothèque / CARRE Serge

Les insectes pollinisateurs sont tous ceux qui butinent les fleurs au stade adulte : mouches, coléoptères, papillons et surtout abeilles. Ils sont attirés par le parfum ou la couleur des fleurs et sont récompensés de leur visite par le nectar qu'ils consomment et qui leur fournit l'énergie nécessaire pour continuer à butiner de fleur en fleur. Les insectes les plus efficaces pour la pollinisation ont fréquemment le corps hérissé de nombreux poils (appelés soies), ou même présentent des organes spécialisés pour la récolte de pollen, comme des corbeilles situées sur les pattes des abeilles.

Angraecum sesquipedale Thouars (Orchidaceae). Epiphyte (rarement lithophyte) de 0 à 100m, forêts cotières.Certaines espèces d'insectes peuvent polliniser de très nombreuses espèces végétales, alors que d'autres se restreignent à un nombre réduit de plantes. La longueur de la trompe des papillons ou de la langue des abeilles sera déterminante pour les espèces végétales à visiter.© IRD Photothèque / Grouzis, Michel

La spécificité étroite entre la plante et l'insecte est poussée à l'extrême chez les orchidées du genre Ophrys qui ne produisent pas de nectar, mais sont pollinisées par des mâles d'abeilles solitaires dont elles imitent la phéromone sexuelle. Attirés jusqu'à la fleur par ce « leurre sexuel », les mâles d'Eucera ou de Colletes tentent de s'accoupler avec le labelle (pétale avec une forme particulière chez les orchidées) de la fleur, frôlent les poches à pollen (les anthères) de l'orchidée, puis repartent avec des grains de pollens collés sur la tête ! Le même comportement répété sur d'autres fleurs assure ainsi la pollinisation de ces orchidées !

Rien qu'en Europe occidentale, ce sont des milliers d'espèces de Lépidoptères ou d'Hyménoptères qui sont impliquées dans la pollinisation. Il s'agit là d'un des principaux « services de la biodiversité » dont certains auteurs cherchent à chiffrer la contribution. Aux Etats-Unis par exemple, Losey et Vaughan (2006) chiffrent à 3 milliards de dollars par an l'apport pour l'agriculture des pollinisateurs hyménoptères. Ces auteurs ne considèrent pas les autres insectes pollinisateurs, et ne tiennent pas compte des milliers d'espèces végétales non cultivées qui dépendent exclusivement de la pollinisation par les insectes.

Traitement fongique sur orge d'hiver par rampe de pulvérisation auto-portée. Vierzon (Cher).Quoi qu'il en soit, dans tous les pays développés ces insectes pollinisateurs sont en régression, notamment en milieu rural. Leur raréfaction pourrait bien avoir des impacts considérables sur tous les écosystèmes et bien entendu sur l'économie agricole. Les causes de ces raréfactions sont multiples, certaines sont bien connues et mises en permanence en évidence par les médias : urbanisation et destruction des milieux, intensification de l'agriculture et utilisation de produits phytosanitaires particulièrement toxiques. D'autres sont moins évidentes mais leur importance mériterait d'être évaluée : raréfaction des plantes légumineuses (de la famille des haricots, trèfles...) - source de nourriture pour les insectes - dans les rotations culturales, sélection de variétés horticoles qui ne produisent plus de nectar, uniformité spécifique des jardins d'agrément, appauvrissement génétique de l'abeille domestique par la sélection des reines, pollution génétique du bourdon terrestre par les souches d'élevage utilisées en cultures protégées...© Inra Photothèque / BOSSENNEC Jean-Marie

Les plantes à fleur ont évolué depuis des millions d'années en même temps que les insectes qui les consomment et en même temps que les insectes qui leur permettent de se reproduire. La pérennité de cette cohabitation est sérieusement menacée par le changement global, et c'est tout l'environnement humain qui est concerné. Une politique d'espaces protégés ne servira à rien sans redéfinir nos modèles de développement sur l'ensemble du territoire, dans les milieux agricoles comme au cœur du tissu urbain.

Rédaction :

Pierre Zagatti (Directeur de recherche à l'Inra)


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