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Quand les services rendus par les biodiversités sont fragilisés

Sècheresse en ThaïlandeLes services écologiques fournis par les écosystèmes, indispensables à l'espèce humaine, sont extrêmement fragiles. Or, les pressions humaines qui pèsent sur eux sont nombreuses et variées : augmentation de la population humaine et de ses besoins, développement de nouvelles technologies et activités, de nouveaux modes de vie, surexploitation des ressources, destruction des habitats et occupation des sols, pollutions chimiques, changements climatiques, introduction d'espèces envahissantes, etc.© IRD Photothèque / Maeght, Jean-Luc

Ces pressions conduisent à la réduction du nombre, des effectifs, du patrimoine génétique et de la diversité des espèces, ainsi qu'à la destruction de leurs habitats ! Elles perturbent les étroites interactions qui existent entre espèces et écosystèmes, ce qui entraîne l'altération ou la disparition des services fournis par ces milieux, donc la perte de leurs bénéfices pour les êtres humains, avec de graves conséquences à la clef : famine ; baisse de l'accès à l'eau potable et aux matières premières ; perte de qualité des sols (donc de rendements agricoles) ; moins bonne résistance aux maladies, intempéries et inondations ; pertes économiques et culturelles, etc. La vigilance est donc de mise, car même invisible dans un premier temps, l'impact des activités humaines et ses conséquences à long terme sur la biodiversité et sur les êtres humains peut être considérable.

Une pression peut en cacher une autre

Ces pressions, plus fortes au fil du temps, sont souvent simultanées. Qu'elles aient des effets immédiats ou à long terme, qu'elles s'appliquent à différentes échelles, du niveau local au niveau mondial, elles tendent à s'amplifier les unes les autres, perturbant encore plus la biodiversité et ses services associés, compte tenu qu'une espèce déjà affaiblie par une pression devient plus sensible à de nouvelles perturbations.

Traitement phyto-sanitaire en riziculture irriguée. Sulawesi, centre de transmigration de Malonas (Indonésie).La société exploite ces services écologiques, souvent en modifiant les milieux dans un objectif précis de production (culture, élevage, aquaculture...). Mais elle perturbe alors d'autres fonctions vitales pour nous (approvisionnement en eau, purification de l'eau, traitement des déchets, protection contre les catastrophes naturelles, régulation du climat, de l'érosion, nombreux services culturels...). L'exploitation du maïs dans des régions sèches (sud de la France...) par exemple peut conduire à moyen terme à un épuisement des nappes d'eaux souterraines. Or, l'espèce humaine peut-elle se passer d'eau dans ces régions pour favoriser une culture plus adaptée aux régions à climat plus humide?
Ainsi, certains services peuvent être dégradés au profit d'un seul ! Or, à long terme, la valeur des services dégradés par l'Homme (ou valeur non marchande) pourrait s'avérer nettement plus importante que les bénéfices produits à court terme par la transformation des écosystèmes pour un service précis.© IRD Photothèque / Levang, Patrice

Science et... prise de conscience ?

D'après la communauté scientifique, la diminution rapide actuellement constatée du nombre d'espèces présentes sur la planète, du fait des perturbations humaines, génère de nombreuses interrogations sur le maintien des services rendus par les écosystèmes.
-quelles seront les conséquences de l'érosion de la biodiversité sur les performances des écosystèmes du point de vue de l'utilisation des ressources par l'espèce humaine ?
-face à des perturbations de nature très diverses comme les tempêtes, les incendies, les pollutions, les écosystèmes seront-ils capables de se maintenir ou de se restaurer donc de continuer à assurer le bien-être de l'humanité ?

Mais n'oublions pas que même si l'espèce humaine modifie fortement son environnement, elle fournit parfois à certaines espèces ou écosystèmes des conditions spécifiques indispensables à leur développement. Dans la région des Causses par exemple, la chouette chevêche trouve dans les tas de pierres situés en bordure de champs, créés par les agriculteurs pour nettoyer leurs terres labourées, un lieu de rêve pour nicher. L'oedicnème criard, quant à lui, niche dans les parcours entretenus par les brebis. Et le papillon Apollon pond dans les friches à Sedum et butine dans les prairies cultivées.
Nous voyons ici que les activités humaines permettent également l'accueil d'espèces variées, pollinisatrices, emblématiques, qui ont chacune un rôle à jouer dans l'écosystème et auprès des populations locales.

Rédaction :

Manuelle Rovillé (Chargée de mission FRB)

Validation scientifique :

Robert Barbault (Directeur du département « écologie et gestion de la biodiversité » du Muséum national d'histoire naturelle)

Sources de l'article


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