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Cultures végétales en France depuis dix mille ans

Biodiversité et cultures : point de vue d’un archéobotaniste

L’Holocène - période couvrant les dix mille dernières années - voit apparaître et se développer l’agriculture, une formidable explosion de la biodiversité végétale. Les archéobotanistes étudient ces changements et tâchent de percevoir non seulement la domestication des espèces mais aussi les créations variétales. De même, ils s’intéressent à l’intrusion des adventices (plantes qui s’ajoutent à une culture sans qu’on les ait semées) et aux réponses apportées par ces flores spontanées aux nouvelles conditions créées par les champs et les pratiques agricoles.

De l’agriculture primitive…

Grains archéologiques carbonisés de blé amidonnier (Triticum dicoccum).Durant l’Holocène se répand, en Europe, une extraordinaire biodiversité. Celle-ci est directement liée aux activités humaines ; il s’agit de la mise en place et du développement de l’économie de production : agriculture et élevage. En France, l’émergence de l’agriculture résulte de deux courants de civilisation : l’un, méridional, qui toucha les côtes et l’arrière-pays à partir de 5800 avant notre ère ; le second, plus tardif, s’est étendu sur une large moitié nord du pays vers 5000 - 4500 avant notre ère.© Philippe Marinval

Ces deux courants ont apporté les premières plantes cultivées. Globalement, cette agriculture primitive reposait sur l’exploitation de céréales (plusieurs espèces de blés et d’orges), des légumineuses (petit pois, lentille...) et une plante à la fois textile et oléifère : le lin. Dès les phases les plus anciennes existe une diversité assez étendue, près d’une dizaine d’espèces de plantes domestiques sont cultivées.

Même si le processus agricole a pris naissance au Proche-Orient, vers 9000 avant J.-C., et si l’agriculture primitive européenne exploite des plantes exogènes (c’est-à-dire venues d’ailleurs), la domestication de certaines espèces locales a eu lieu. Le pavot (Papaver somniferum L.), par exemple, qui n’existe pas à l’état sauvage au Proche-Orient, a été domestiqué, pour ses graines oléifères et condimentaires, en Méditerranée nord-occidentale où il poussait spontanément. Sa domestication montre qu’existait une certaine adaptabilité dans cette première agriculture et que les populations humaines ont su l’adapter aux conditions locales et à leurs besoins spécifiques. L’usage de la plante à des fins symbolique ou psychotropes n’est pas exclu.

… à une véritable polyculture

Tableau montrant l’évolution du Néolithique à la fin de l’Empire romain de la biodiversité végétale cultivée en France méridionale. Culture expérimentale de variétés anciennes de blé en Corse, Aléria (Haute-Corse).Par la suite, tout au long de l’histoire, cette biodiversité n’a fait que s’enrichir (cf. tableau). Cette évolution n’est pas linéaire mais a connu des paliers et des périodes d’accélération. L’Âge du Fer (700 - 50 avant J.-C.) qui correspond à la période gauloise et à ses antécédents, est ainsi, pour la Gaule méridionale, une phase d’enrichissement et de diversification extraordinaire. Phénomène qui résulte à la fois d’une évolution interne des sociétés et de stimulus extérieurs provoqués par l’arrivée des navigateurs-marchands (phéniciens, étrusques, grecs) et de la fondation de la colonie grecque de Marseille en 600 av. J.-C.© Philippe Marinval© Philippe Marinval

Se met alors en place une polyculture véritable : non seulement les plantes traditionnelles continuent à être exploitées, mais apparaît l’arboriculture, fondée sur l’olivier, le figuier et la vigne qui connaîtra, en France, le succès que l’on sait !

La polyculture méditerranéenne est, en fait, bien plus qu’une trilogie (blé, olivier, vigne). Elle exploite une gamme de végétaux beaucoup plus étendue. Ainsi, c’est à cette période que se développe l’horticulture. Les jardins produiront une bonne part des légumes et toutes les plantes aromatiques qui parfument la cuisine…

Non seulement on assiste à une évolution du nombre d’espèces cultivées selon la chronologie mais, en même temps, s’opère la création de variétés par les agriculteurs, source de diversité. Pendant longtemps, les chercheurs n’ont pratiquement pu se référer qu’aux textes historiques pour entrapercevoir cette multiplicité : ainsi Pline, au 1er siècle de notre ère, évoque 32 variétés de pommes, 12 de prunes et 5 de coings. Mais il restait à valider, selon des critères scientifiques pertinents, ces distinctions fondées sur des observations plus ou moins crédibles.

Rédaction :

Philippe Marinval, carpologue et chargé de recherche au CNRS


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