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L’Olivier, témoin de la saga humaine

Depuis des millénaires, l’olivier est cultivé dans le Bassin méditerranéen où il marque le paysage de sa silhouette si caractéristique. Arbre sacré, il a inspiré aussi bien les grands textes religieux fondateurs (Bible, Torah, Talmud, Coran) que les peintres et les poètes.

L’olivier pousse là où rien d’autre ne pousse et offre l’ombre aux animaux et aux cultures, prévient l’érosion des sols, préserve des incendies, assure un revenu à son propriétaire. Il façonne les paysages : ainsi, aujourd’hui en France, les millions d’arbres abandonnés depuis deux siècles ont perduré et ont participé à préserver le milieu mais aussi… l’image du midi, en compagnie de la garrigue, de la vigne et de la lavande !

L’olivier domestique a coexisté de tout temps avec sa forme sauvage, l’oléastre. Dans les paysages, ils se différencient bien l’un de l’autre : l’olivier est aligné en verger alors que les forêts d’oléastres, irisées et moirées sous le vent, comportent des chênes verts et des arbousiers plus sombres. L’olivier domestique est apparu à l’Est (Palestine, Israël) il y a 5800 ans, mais aussi à l’Ouest (Espagne, Corse) probablement antérieurement.

Sculpteur de paysage… et conteur d’histoire

Oliveraie début avril 2000 près de Cabrières (Herault).Il existe dans le monde 2000 variétés d’oliviers, dont 150 en France ! Récemment, des marqueurs génétiques ont permis de reconstituer l’histoire de cet arbre - de l’oléastre sauvage à l’olivier cultivé - et de comprendre l’origine, l’adaptation et la diversité des variétés. Les variétés d’olivier actuelles sont originaires du Bassin méditerranéen et, pour quelques-unes d’entre elles, d’Asie. Lors de la colonisation européenne, l’olivier a été importé en Amérique du Sud et du Nord, en Afrique du Sud, au Japon et en Australie par les Espagnols et les Portugais.© Inra / BOSSENNEC Jean-Marie

Dans le Bassin méditerranéen, des études génétiques ont permis de retrouver les origines de la domestication à l’Est et à l’Ouest. Les variétés actuelles ont pour la plupart la base génétique de l’Est, correspondant aux flux migratoires de l’Est vers l’Ouest et à la diffusion par les Carthaginois et les Romains de variétés nées à l’Est. Mais 30% des variétés actuelles présentent des marqueurs génétiques qui démontrent l’existence d’ancêtres sauvages (oléastres) qui, eux ne sont présents qu’à l’Ouest. La mode actuelle qui consiste à rapporter des oliviers d’Espagne, d’Italie, de Grèce ou d’ailleurs pour les cultiver en France, pose le même problème que celui rencontré par nos ancêtres pour l’adaptation d’arbres : productivité non garantie dans le nouvel environnement par rapport aux variétés locales, problèmes phytosanitaires…

Alors comment s’est faite l’adaptation ? Sans doute par la greffe de la variété introduite sur un porte-greffe local. La greffe est connue en Europe depuis 2200 ans. Elle ne modifie pas le patrimoine génétique du greffon, mais celui-ci bénéficie des propriétés du porte-greffe local : il est donc nécessaire, pour une bonne adaptation à long terme, que des croisements olivier/oléastre conduisent à des descendants qui se sélectionnent ensuite naturellement dans le milieu. La répétition de tels cycles croisement/sélection a probablement conduit à la remarquable diversité actuelle.

L’oléastre : un aïeul à protéger


L’urbanisation à outrance contribue à provoquer la régression de l’oléastre, notamment en France où de vrais oléastres existent à l’état de reliques (Côte d’Azur, massif de La Clape dans l’Aude). Des zones protégées telles que les parcs nationaux et des sites naturels ou d’intérêt biologique et écologique sont créés afin de préserver les ressources naturelles qu’elles soient animales ou végétales.

L’oléastre peut être utilisé comme pare-feu si les terrains sont entretenus périodiquement; il peut non seulement être utile à des fins économiques mais aussi à des fins ornementales. Par ailleurs, il permettra de maintenir les sols, donc de limiter l’érosion et de restructurer un sol. Les autres végétaux coloniseront ces milieux et l’on observera de nouveau des successions de groupements végétaux et notamment l’association oléastres – lentisques (arbustes de la garrigue et du maquis) trouvée en Corse.

Rédaction :

Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)

Sources de l'article

  • Inra mensuel n°128- Dossier, automne 2006
  • L’Olivier. Histoire et recherche, Actes des 2e Journées de l’IFB (Institut français de la biodiversité). C. Breton, M. Tersac, C. Pinatel, A. Bervillé, M. Barbero, F. Medail ( Inra, Montpellier ; CNRS, Aix-en-Provence ; Association française interprofessionnelle de l’Olive, Aix-en-Provence)

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