presentation
imprimer icone

Vins, vignes, pépins, production viticole aux temps anciens : la science mène l’enquête !

La carpologie, science des résidus alimentaires « historiques », s’est attachée -entre autres- à faire parler les pépins de raisin en s’appuyant également sur des techniques de pointe telles que l’analyse d’images et l’analyse génétique.

On buvait déjà au Néolithique !

L’histoire de la vigne et du vin est plurimillénaire et a conduit à produire une grande diversité de cépages et de crus. Le vin a toujours possédé une forte symbolique religieuse et a été longtemps associé à un haut statut social : en Egypte, il était réservé aux pharaons et hauts dignitaires.

Depuis le Paléolithique inférieur (-500 000 à -120 000 ans), l’humanité consomme les grains de l’ancêtre sauvage de la vigne cultivée, appelé Lambrusque. Ses pépins ont par exemple été retrouvés sur le site niçois de Terra Amata, vieux de 400 000 ans. Le plus vieux vin du monde, ou plutôt ses restes rougeâtres sous forme d’acide tartrique collé sur les parois d’une jarre- a été identifié en Iran et daté de plus de 5000 ans avant notre ère : on buvait donc déjà au Néolithique (-10000 à -4000 ans)!!

Mais s’agissait-il de vin de lambrusque ou de vigne cultivée ?

Vigne sauvage (Vitis vinifera subsp. sylvestris) grimpant sur un platane (Platanus orientalis) en bord de rivière en Grèce, Mont Olympe (d’après Bouby et al. 2006. Vers une approche bio-archéologique de l’histoire de la vigne cultivée et de la viticulture : Problématique, choix méthodologiques et premiers résultats. Archéologie du Midi Médiéval, 23/24, 2005/2006 : 61-74.)Dans l’état actuel des connaissances, la première domestication de la vigne aurait eu lieu dans l’aire transcaucasienne où l’on observe la plus grande diversité génétique En l’absence d’ancêtres sauvages connus localement, on suppose que les pépins de type cultivés, identifiés dans des niveaux des 4e et 3e millénaires en zones moyennes et proches orientales, puis égyptienne, proviendraient d’apports de vigne domestiquée ailleurs, donc plus anciennement.© Droit réservés

L’hypothèse classique admet que viticulture et vigne cultivée ont diffusé depuis le sud-est asiatique vers l’ouest du Bassin méditerranéen et européen. La viticulture aurait été adoptée par les Grecs, au moins dès le 3e millénaire avant notre ère. On la pratiquait à Marseille en 600 av. J.-C. (découverte de vignobles hellénistiques à Saint-Jean-du-Désert, dans les Bouches-du-Rhône).

Ce schéma de diffusion n’exclut pas pour autant l’existence d’autres foyers de domestication, en Europe ou en Méditerranée où la lambrusque est indigène. Une découverte archéobotanique récente montre la fabrication de vin à Dikili Tash, dans le nord de la Grèce, au Néolithique final (fin du 5e millénaire av. J.-C.), peut être à partir de vigne sauvage. La génétique plaide aujourd’hui pour une forte contribution du patrimoine génétique des vignes sauvages d’Europe occidentale dans la constitution des cépages caractéristiques de ces régions qui doivent donc être considérées comme zones de domestication, primaire ou secondaire, de la vigne.

La production vinicole explose…

Au 1er millénaire avant notre ère, avec la colonisation phocéenne à Marseille et le dynamisme commercial des civilisations méditerranéennes (étrusques, grecques et phénico-puniques), la production et les échanges de vins explosent dans l’Ouest méditerranéen. On devine aisément la suite : des millions d’hectolitres de vins inondent le monde gaulois ! ... Il faut aussi en importer d’Italie car Marseille et sa région ne suffisent plus à satisfaire la demande. La culture de la vigne se répand dans toute la France qui devient exportatrice, jusqu’en Inde.

Cave du domaine expérimental viticole de Couhins. Vin rouge Château Couhins -AOC Pessac-Léognan. L'élevage en fûts de chêne dure 18 mois. Les techniques de production évoluent au fil du temps. Au 2e millénaire avant notre ère, le pressoir à levier s’ajoute au foulage au pied ou à la main et se perfectionne à son tour : d’un simple tronc d’arbre fiché dans un mur ou un rocher pour broyer les grappes, il acquiert poulies, câbles et treuils, bientôt lui-même remplacé par des systèmes à vis. Et une invention gauloise se substitue aux amphores : le tonneau en bois.© Inra photothèque / Christophe MAITRE

Des cépages par milliers

La longue histoire de la viti-viniculture a conduit à une impressionnante diversification : depuis les dizaines de cépages énumérés par les auteurs Latins, Columelle et Pline l’Ancien en particulier, il en existe aujourd’hui plusieurs milliers. En France, cette diversité s’organise géographiquement avec l’existence de groupes de cépages régionaux typiques, et semble-t-il apparentés, tel le groupe des noiriens en Bourgogne (Pinot noir, Chardonnay…). Les propriétés des cépages comptant parmi les premiers facteurs influant sur la typicité des vins, cette diversité génétique, associée à la diversité des pratiques vinicoles, a conduit à l’exceptionnelle variété des vins français structurés aujourd’hui dans le système des AOC (appellation d’origine contrôlée).

Rédaction :

Laurent Bouby, Ingénieur d’étude au CNRS-CBAE, Montpellier

Validation scientifique :

Jean-Denis Vigne (Directeur de recherches au CNRS, directeur du Laboratoire Archéozoologie et histoire des sociétés, MNHN / CNRS)

Sources de l'article

  • Dossier Viticulture Brun J.-P. et Laubenheimer F. revue Gallia, n°58 (2001).
  • Dossier Fructiculture revue Archéologie du Midi Médiéval n°23-24 (2006)
  • Arroyo-Garcia, R. et al. (2006). Multiple origins of cultivated grapevine (Vitis vinifera L. ssp. sativa) based on chloroplast DNA polymorphisms. Molecular Ecology, 15 : 3707-3714.
  • Boissinot P. (2001). Archéologie des vignobles antiques en Narbonnaise, Gallia, 58, 2001, p. 45-68.
  • Bouby L. et Marinval P. (2001). La vigne et les débuts de la viticulture en France : apports de l'archéobotanique. Gallia, 58 : 13-28.
  • Manen J.-F. , Bouby L. , Dalnoki O. , Marinval P. , Turgay M. , Schlumbaum A. 2003. Microsatellites from archaeological Vitis vinifera seeds allow a tentative assignment of the geographical origin of ancient cultivars Titre de la Revue : Journal of archaeological science, 30 (6):721 - 729
  • Marinval P. (1997). Vigne sauvage et Vigne cultivée dans le Bassin méditerranéen. Emergence de la viticulture. Contribution archéobotanique. In : L'histoire du vin, une histoire de rites. Office International de la Vigne et du Vin, Paris : 137-172.
  • Valamoti, S.M., Mangafa, M., Koukouli-Chrysanthaki, C. et Malamidou, D. (2007). Grape-Pressings from northern Greece : the earliest wine in the Aegean? Antiquity, 81 : 54-61.

logo cnrs logo frb