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Poisson, pêche, aquaculture... et biodiversité
La situation actuelle
Les pêches de capture et l'aquaculture ont produit en 2004 environ 106 millions de tonnes de poisson destiné à l'alimentation, situant l'offre moyenne par habitant à 16,6 kg, soit la plus forte jamais enregistrée.
L'aquaculture représentait 43 % de ce total. L'offre par habitant, hors Chine, affiche une croissance annuelle modeste, de l'ordre de 0,4 % depuis 1992, l'augmentation de l'offre aquacole ayant plus que compensé les effets de la production en stagnation des pêches de capture et de la croissance démographique.
En 2004, l'offre de poisson de consommation par habitant, hors Chine, était estimée à 13,5 kg. Globalement, le poisson a assuré à plus de 2,6 milliards de personnes, au moins 20 % de leur apport en protéines animales. La part des protéines de poisson dans le total mondial de l'apport protéique d'origine animale est passé de 14,9 % en 1992 au chiffre record de 16 % en 1996, pour retomber à environ 15,5 % en 2003.
L'aquaculture, seul moyen de combler le "déficit de poisson"
D'ici à 2030, vu la croissance démographique, il faudra 37 millions de tonnes de poisson supplémentaires par an pour maintenir les niveaux actuels de consommation. Les pêches de capture traditionnelles ayant atteint leurs plafonds de production, la pisciculture représente le seul moyen de combler le déficit. Mais elle ne pourra le faire que moyennant une gestion responsable.
Pendant un quart de siècle, la pisciculture a constitué le secteur de production vivrière à plus forte croissance au monde.© Inra photothèque / MAITRE Christophe
Aujourd'hui, près de la moitié de tout le poisson consommé par l'espèce humaine - 48 millions de tonnes - provient des fermes piscicoles, principalement en eau douce (87 %). C'est surtout une aquaculture vivrière. D'ici à 2030, avec une population humaine mondiale augmentée de 2 milliards d'êtres, l'aquaculture devra produire près du double, soit 85 millions de tonnes de poisson par an, pour conserver les niveaux actuels de consommation par habitant.
Cet essor de l'aquaculture devrait non seulement réduire la faim et la malnutrition en offrant un aliment riche en protéines, en acides gras, en vitamines et en minéraux, mais améliorer aussi la sécurité alimentaire en créant des emplois et en accroissant les revenus. A titre d'exemple, en Asie, l'aquaculture offre aujourd'hui un emploi direct à quelque 12 millions de personnes.
Quelques chiffres:
- le groupe des carpes représente la plus grande partie du tonnage de la production aquacole mondiale avec 19,5 millions de tonnes de production (année 2005).
- le saumon d'élevage (2 millions de tonnes en 2005) a dépassé depuis longtemps le niveau des captures ; pour la Norvège, premier pays producteur, sa production d'un million de tonnes et les exportations correspondantes surpasse en valeur celle du pétrole et du gaz.
- l'élevage du catfish (silure ou poisson-chat) aux Etats-Unis est devenu en 10 ans une véritable industrie qui génère des milliers d'emplois.
- la crevette d'élevage, toutes espèces confondues, représentait 2,1 % du commerce mondial en 1981. Quinze ans plus tard elle en représentait 22 % (662 000 tonnes sur 3 millions de tonnes en 1996).
- l'Equateur est devenu en quelques années le premier producteur mondial de crevettes d'élevage et ses exportations représentent la deuxième source de devises nationales.
l'élevage des tilapias (poisson-lait) connaît un essor considérable dans toute la ceinture inter-tropicale.© IRD photothèque / Legendre, Marc
Rédaction
Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)
Validation scientifique :
Philippe Goulletquer, responsable "Biodiversité au sein de la Direction prospective et stratégie scientifique de l'Ifremer
L'aquaculture en France : le 1er producteur mondial de truites
En France (14e rang mondial derrière l'Espagne), conchyliculture (huîtres, moules...) et pisciculture d'eau douce (1er producteur mondial de truites) assurent depuis longtemps le plus gros de la production aquacole. En plein essor, on peut citer l'élevage du bar (Méditerranée) et celui du turbot (côté Atlantique), des espèces d'eau douce comme l'esturgeon (pour la chair mais aussi le caviar qu'il produit) et le silure, sans oublier la culture des algues marines ou encore de gambas (ou crevette impériale japonaise)
Précautions à prendre pour protéger la biodiversité
Le fort développement de l'aquaculture présente des écueils qu'il lui faudra éviter si elle veut devenir une activité durable et respectueuse de l'environnement.
Si l'aquaculture extensive traditionnelle comme celle des moules et des huîtres a un faible impact sur l'environnement, l'aquaculture intensive moderne nécessite plus d'attention du fait de l'utilisation d'espèces exotiques et/ou sélectionnées pour les élevages, et d'intrants comme la nourriture et les traitements (par exemple contre les parasites) supplémentaires.© Inra photothèque / MAITRE Christophe
Multiplier les espèces
A noter que la recherche scientifique s'ingénie à domestiquer de nouvelles espèces de poisson pour l'élevage en eau douce afin de satisfaire le goût des consommateurs, en se guidant sur les connaissances les plus récentes touchant aux génomes. Autre avantage escompté : en multipliant le nombre d'espèces d'élevage, notamment indigènes (33 espèces significatives aujourd'hui, souvent étrangères à leur lieu d'élevage), on limiterait les risques environnementaux liés aux espèces introduites (dissémination de pathogènes, déséquilibre des écosystèmes naturels, pollution génétique...) tout en favorisant des économies territoriales.
Sélectionner les zones
Cette intensification de l'aquaculture est parfois accompagnée d'une altération des habitats de nombreuses espèces comme dans les mangroves en raison de la crevetticulture (en Asie), ou d'une salinisation de zones estuariennes. Le développement géographique des élevages doit tenir compte de l'ensemble de ces aspects en sélectionnant par exemple des zones où la dispersion des déchets nutritifs des élevages sera maximisée afin d'éviter toute accumulation de matière organique préjudiciable à l'environnement (provoquant, entre autres, un appauvrissement local en oxygène ou anoxie).
Privilégier les espèces herbivores
L'impact de l'aquaculture sur la biodiversité devra être réduit, en particulier au niveau de la fourniture des huiles de poisson qui entrent dans la composition des aliments pour poissons d'élevage et qui sont issues des pêcheries minotières (destinées aux farines de poissons). Privilégier ainsi un choix d'espèces herbivores à élever plutôt que les espèces carnivores actuelles devrait limiter la pression sur les ressources en poissons sauvages.
Utiliser les nouvelles technologies
L'aquaculture doit ainsi intégrer de nouvelles technologies d'élevage (dans le cadre des cycles de production comme les) :
- élevages intégrés mélangeant plusieurs espèces telles que poisson/microalgues/mollusque, ce qui permet de recycler/valoriser leurs déchets respectifs, d'optimiser la disponibilité des ressources du milieu et de varier la production ;
- ou en circuit fermé à terre pour les élevages larvaires (1e étape), et/ou les cultures en mer, au large (off-shore), associées à des renforcements (de ces structures) des installations d'élevage afin d'éviter les échappements d'individus qui peuvent interagir génétiquement avec les populations sauvages.
Les normes technologiques devront évoluer afin d'intégrerer dés à présent les conditions futures de production et notamment les conditions climatiques (augmentation des fréquences de tempêtes).
L'application de méthodes d'analyses de risques pour le développement de sites aquacoles, de méthodes de planification spatiales telles que la gestion (intégrée) intelligente de la zone côtière afin de continuer à y développer toutes les activités (tourisme, élevage, pêche, protection de l'environnement) de guide de bonnes pratiques et procédures respectueuses de l'environnement, issues d'un dialogue entre les grandes associations de défense de l'environnement (ONG), le secteur aquacole, la recherche scientifique et les consommateurs est la démarche qui facilitera le développement durable et l'acceptation de cette activité aquacole. Ces démarches seront également facilitées par une labellisation explicite des produits, garante d'un respect de procédés de production respectueux de l'environnement et de sa biodiversité
Rédaction
Maryvonne Tissier (directrice de communication à la FRB)
Validation scientifique :
Philippe Goulletquer, responsable "Biodiversité au sein de la Direction prospective et stratégie scientifique de l'Ifremer