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Les « points chauds » : à protéger en priorité

Vautour fauve, Gyps fulvus dans les gorges du Tarn.
© CNRS Photothèque  /  SARRAZIN François

La biodiversité n’est pas uniformément répartie sur le globe terrestre. Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) ont tenté de définir les lieux où la biodiversité suscite un intérêt particulier et qui devraient, selon elles, bénéficier d’actions de conservation prioritaires.

Conservation International (CI), une ONG de protection de la nature, a établi en 1989 la première carte des « hot spots » ou « points chauds de biodiversité » définis par Norman Myers (docteur en écologie et spécialiste mondial de la biodiversité) selon des critères principalement basés sur la flore (plantes vasculaires). Afin de compléter cette carte de hauts lieux de la biodiversité, Birdlife et le WWF (Fond mondial pour la nature) a intégré de nouveaux critères basés sur la faune et les habitats et a établi ainsi deux nouvelles cartes, respectivement sur les aires d’oiseaux endémiques et les écorégions prioritaires.

Ces trois types de classement en « zones de forte biodiversité » possèdent chacun des intérêts et des faiblesses, mais aucun ne prévaut sur les autres. C’est pourquoi des organismes tel que l’Unesco les utilisent afin de définir leurs plans d’action. Elles ont avant tout pour but d’éclairer le public sur les zones de grande diversité à protéger et d’améliorer les politiques de conservation de la nature en ciblant les zones d’actions prioritaires.

Les îlots Ua et Uatu (Nouvelle-Calédonie).
© IRD Photothèque / Jollit, Isabelle

Ces « points chauds » se basent principalement sur deux notions : l’endémisme et le degré de menace qui pèse sur les espèces.
L’endémisme est la caractéristique d’espèces dont l’aire de distribution est très restreinte : quelques kilomètres carrés dans certains cas extrêmes. Ces espèces se rencontrent souvent dans des lieux géographiquement et écologiquement isolés : îles, hautes montagnes ou cordons littoraux. Et beaucoup d’entre elles sont peu mobiles.
Les menaces qui pèsent sur les espèces endémiques sont bien entendu variables, mais on considère généralement que celles des milieux insulaires sont plus menacées que celles des hautes montagnes, notamment par la destruction des habitats et l’arrivée d’espèces envahissantes.

Les « points chauds » selon Conservation International

Jeune cactus presque déraciné par l'érosion (USA)
© IRD Photothèque / Dejoux, Claude

Les premiers « points chauds », au nombre de 10, ont été identifiés par Norman Myers en 1988. Il a cherché à identifier « dans quel endroit un dollar donné a le plus d’effet pour ralentir l’extinction actuelle de biodiversité ». Il a ciblé pour cela les plantes vasculaires, espèces souvent endémiques et les mieux répertoriées à la fin des années 80.

Affinant peu à peu sa démarche, il définit des critères plus précis qui lui ont permis de délimiter au final 25 « points chauds » :

  • zone qui renferme au moins 1500 espèces de plantes vasculaires - hors mousses, algues et lichens - endémiques, c’est à dire qui n’existent que dans un lieu donné (plus de 0,5% de la biodiversité mondiale)
  • zone dans laquelle au moins 70% de l’habitat a été perdu.

Les « points chauds » font l’objet d’une attention toute particulière de la part des pays et des organismes de protection de la nature car ils recèlent une biodiversité importante et menacée.

En 1989, l’ONG Conservation International a complété la liste des « points chauds » de Norman Myers, qui est passée de 25 à 34 et en a établi une carte. Il s’agit principalement de zones tropicales.

Carte des points chauds dans le monde selon Conservation International Plus de 50% de plantes vasculaires et 42% des espèces de vertébrés (sauf les espèces marines) sont endémiques sur ces 34 « points chauds » représentant environ 16% de surface émergée de la planète.
Ce sont donc des sources incomparables car spécialement riches en espèces vivantes et qu’il est donc nécessaire de protéger.
La France, avec sa communauté d’outre-mer, est un des pays les plus concernés par ces « points chauds » (bassin méditerranéen, Antilles, Polynésie, Nouvelle-Calédonie et océan Indien). On considère qu’elle arrive au 4e rang mondial pour son patrimoine de biodiversité.© Droits réservés, Conservation International

Les « aires d’oiseaux endémiques » (EBA) de Birdlife International

Le petit chevalier à pattes jaunes - Tringa flavipes (Polynésie française)
© IRD Photothèque / Intès, André

La définition des « points chauds » se base sur la présence de plantes vasculaires. Or dans les zones où les plantes sont en danger, les autres espèces ne le sont pas forcément, et, réciproquement, des espèces animales peuvent être menacées là où les plantes ne le sont pas.
C’est pourquoi Birdlife International, fédération d’organismes de protection des oiseaux, a mis au point un autre système de classification des zones de forte biodiversité. Elle s’est basée sur la présence d’oiseaux endémiques dont l’habitat était inférieur à 50 000 kilomètres carrés. Lorsque au moins deux de ces habitats se superposent, une aire d’oiseaux endémiques nommée EBA (Endemic Bird Area) est obtenue. Il existe 218 EBA abritant 2500 espèces d’oiseaux, soit 26% des espèces mondiales sur 5% de la surface terrestre émergée. Il s’agit principalement de zones tropicales forestières.
Remarquons que 78% de la surface des EBA est commune aux « points chauds » de Conservation International.

Les écorégions du Fond mondial pour la nature (WWF)

Crinoïde et gorgone - famille des comasteridae (Nouvelle Calédonie).
© IRD Photothèque / Laboute, Pierre

De son côté, le WWF a développé le concept d’écorégion. Une écorégion est une vaste surface de terre ou d’eau (douce ou marine) où réside un assemblage distinct d’êtres vivants. Dans ces écorégions, définies par leurs types habitats et leurs grandes zones biogéographiques, des aires prioritaires ont été identifiées au cas par cas, en croisant des critères d’endémisme, de richesse spécifique, de rareté taxonomique, de présence de phénomènes écologique ou d’évolution originaux.
Au total, le WWF a défini 238 écorégions prioritaires où la conservation s’avère essentielle pour assurer la sauvegarde de la biodiversité sur Terre. Les écorégions ont la particularité de prendre en compte les écosystèmes marins, à l’inverse des « points chauds » et des EBA.
Les écorégions prioritaires du WWF recoupent à 60% les « points chauds » définis par l’écologiste Norman Myers et Conservation International.

Carte des écorégions définies par le WWF© WWF

Rédaction :

Renan Aufray et Manuelle Rovillé

Validation scientifique :

Pierre Zagatti (Directeur de recherche à l’Inra)

Sources de l'article


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