La ville-nature

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Ville et biodiversité


Le retour du "Sauvage"

Biodiversité? Dans l’inconscient collectif, le mot évoque plus la luxuriante forêt tropicale que la flore des pieds d’arbres des boulevards de nos villes…. Pourtant, les écosystèmes qui s’organisent, au cœur même de ces dernières, suscitent un intérêt croissant, dans le public comme chez les scientifiques.
C’est vers la fin du XIXè siècle, sous le Second Empire, qu’une place importante et officielle est faite à la nature dans l’espace public urbain. Mais c’est une nature très domestiquée. Sous la houlette de Jean-Charles Alphand, directeur de la voie publique et des promenades de Paris, et bras droit du baron Haussmann, les bois de Boulogne et de Vincennes sont remodelés, le parc Monceau transformé, celui des Buttes-Chaumont fabriqué de toutes pièces, ainsi que le parc Montsouris, le Champ de Mars et la plupart des squares de quartier parisiens. Alphand aménage par ailleurs de larges avenues, plantées d’arbres bien alignés… Cette nature tirée à quatre épingles est un lieu privilégié de promenade pour les élégantes de la bourgeoisie, qui peuvent y exhiber leurs dernières toilettes. Pour la classe dirigeante, elle répond aussi à la préoccupation d’améliorer l’ordre et la santé publique, et de contrôler la société.
Mais ces aménagements ont pour conséquence de repousser une population pauvre aux marges de la capitale. Une bande de deux cent cinquante mètres de large, jouxtant les 35 km de fortifications dressées sous Louis-Philippe, se couvre ainsi de logements précaires. Tout comme les "jungles urbaines" qui conquièrent les terrains vagues du centre de Paris, ce quartier annulaire, image en négatif du Paris haussmannien, suscite la passion de quelques naturalistes pionniers, qui viennent herboriser entre les palissades. La "zone" dirait-on aujourd’hui, est un réservoir de biodiversité sauvage. Plus tard, on envisagera d’y établir une vaste "ceinture verte", mais la construction du périphérique, qui commence en 1958, compromettra ce projet.
Durant les Trente Glorieuses, la surface des espaces verts dans les villes françaises ne cesse d’augmenter, et leur gestion se rationalise. C'est la grande époque de l'art horticole et du "béton vert" : les parterres de gazon et autres haies de thuya, qui se multiplient, n'ont aucun intérêt pour la biodiversité. A grands renforts de produits phytosanitaires, on cultive une nature qui n’a plus rien de naturel. Il faut attendre la vague écologique des années 1990 pour que les gestionnaires des parcs et jardins fassent leur révolution, et inventent la "gestion différenciée", qui valorise la flore et la faune spontanées et développe un effort pédagogique intense à l’égard des usagers.
L’histoire récente des espaces verts débouche sur la construction de liens nouveaux entre les gestionnaires et les scientifiques, à mesure que les écologues découvrent la biodiversité urbaine. Mais la ville, qui héberge une proportion croissante de la population, est surtout devenue le lieu privilégié de la sensibilisation des citoyens à la nature. Comment les citadins se représentent-ils la biodiversité et que pensent-ils du déploiement de ces politiques publiques en faveur de la nature spontanée dans la ville? Les chercheurs en sciences sociales mènent l’enquête, alors que de nombreux efforts restent à faire pour minimiser l’impact de la ville sur la biodiversité, notamment dans le secteur du bâtiment.
Sources
Bernadette Lizet, directrice de recherche au CNRS, laboratoire Eco-anthropologie et Ethnobiologie, Environnements, populations, société, (USM104 Muséum national d’histoire naturelle).
Jacques Moret, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, directeur de l’Institut national de la recherche pédagogique.


Cultiver à l’orée des villes

Pauvres agriculteurs! Face à la ville qui gagne du terrain, leur métier est soumis à des contraintes croissantes, notamment logistiques, du fait de la présence des axes de circulation encombrés que peuvent difficilement emprunter tracteurs et matériel agricole. Pourtant, l’agriculture urbaine n’a pas été reconnue comme une « agriculture à handicaps », dans le cadre de la Politique agricole commune de l’Union Européenne. "La question n’est pas seulement de savoir comment la maintenir près des noyaux d’urbanisation, mais aussi de choisir l’agriculture la mieux adaptée à ce contexte particulier", souligne Pierre Donadieu, professeur à l'Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles, qui fut l’un des pionniers, en France, de la réflexion sur ce sujet. "Aux portes de Paris, les cultures céréalières de l’Ile de France, par exemple, sont presque exclusivement vouées à l’exportation. Grandes consommatrices d’intrants - engrais, pesticides et herbicides -, elles jouent un rôle médiocre dans le maintien de la biodiversité. Leur rôle en terme d’agrément pour la population de la région est, lui aussi, limité. Une agriculture biologique mélangeant élevages, arboriculture, pépinières et maraîchage, qui commercialiserait ses produits localement en circuits courts, serait plus adaptée à la demande des citadins."
Pour mieux articuler vie citadine et activité agricole, certaines régions urbaines européennes ont créé des périmètres agricoles dans lesquels la spéculation immobilière est découragée, ou strictement encadrée. Créé en 1983, le Parc agricole du sud de Milan s’est ainsi doté de voies cyclables qui relient cette région rizicole au centre-ville. Les agriculteurs ont commencé à y développer l’accueil du public, par le commerce et la restauration "à la ferme". En Espagne, près de l’aéroport de Barcelone, le Parc agricole de Baix Llobregat vise lui aussi à protéger le patrimoine arboricole et maraîcher de la région, et à le valoriser auprès des citadins. Créé en 1998, il s’étend sur près de 3000 hectares. Il concerne plusieurs centaines de petits producteurs, organisés en coopératives, qui vendent une partie de leurs produits dans l’agglomération de Barcelone, mais aussi en Espagne et dans toute l’Europe.


Survivre dans la jungle urbaine

Comprendre comment les espèces colonisent la ville et s’adaptent à l’écosystème urbain est l’un des objectifs de l’écologie urbaine. "La ville est un laboratoire fabuleux pour étudier la biodiversité et l’évolution, car des contraintes très importantes s’y exercent sur les espèces, qui vont se frotter à des facteurs nouveaux de luminosité, de dispersion de la nourriture, de prédation..., analyse Philippe Clergeau, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et spécialiste d’écologie urbaine. Mais ce champ de recherches est relativement récent. En France, les premiers travaux datent d’une dizaine d’années.
Le chercheur anime le programme Ecorurb, initié en 2003 pour une période de dix ans, qui fédère écologues, météorologues, géographes et sociologues autour d’une comparaison de sites répartis de la campagne au centre-ville d’Angers et de Rennes. Les premiers résultats en écologie végétale montrent que la combustion des hydrocarbures augmente la teneur en azote dans le sol des villes. La disponibilité de l’azote pour la croissance végétale est ainsi 160 % supérieure dans le centre ville de Rennes que dans la campagne environnante ! "Cela favorise les plantes nitrophiles, comme les orties", commente-t-il. L’air des villes contient par ailleurs trois fois moins de graines que celui de la campagne alentour, car les murs et les immeubles affectent les courants éoliens. Les travaux de météorologie ont par ailleurs permis de corréler la précocité de l’éclosion des bourgeons de cerisiers au climat, plus chaud au cœur de la cité. En centre-ville de Rennes, celui-ci survient une semaine plus tôt!
Côté écologie animale, trois groupes ont été étudiés : les oiseaux, les petits mammifères et les carabes (des coléoptères). "La mobilité des animaux est le premier facteur expliquant leur présence en ville. Les communautés d’oiseaux, par exemple, y sont plus riches qu’en milieu rural, car leurs capacités de dispersion leur permet de profiter de la variété des habitats. Les carabes, incapables de voler sur de longues distances, sont au contraire moins diversifiés en ville." C’est aussi le cas des petits mammifères qui subissent, en outre, la présence des chats, principaux prédateurs de la jungle urbaine.
D’autres facteurs expliquent que certaines espèces s’en sortent mieux. « Les "généralistes", capables d’exploiter plusieurs habitats, tirent leur épingle du jeu", poursuit Philippe Clergeau. "Les espèces capables d’adapter leur comportement aux spécificités du milieu urbain sont également favorisées." C’est le cas du faucon crécerelle : en milieu rural, ce petit rapace se nourrit de micromammifères - qu’il guette en vol stationnaire. En ville, il ne s’alimente pratiquement que de moineaux, qu’il chasse à l’affût!



Vague verte sur les espaces verts

De Rennes à Strasbourg, de Lille à Marseille, les gestionnaires d’espaces verts ne jurent plus que par la "gestion différenciée". "Cette expression signifie qu’ils appliquent une gestion différente, d’un site à l’autre, au sein d’une même ville, mais aussi que, globalement, cette gestion est plus écologique", précise Gaëlle Aggéri, responsable du pôle de compétence Paysage, espaces verts du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) et auteur d’une thèse sur l’histoire de la gestion différenciée.
"Le terme est apparu en 1993, lors d’un colloque organisé par la ville de Rennes, pionnière en la matière, avec Paris, Orléans et les villes des pays d’Europe du Nord, à la pointe de la gestion éco-systémique de la nature en ville. Jusqu’à lors, la plupart des espaces verts étaient gérés de la même manière intensive, "horticole", très interventionniste et assez gourmande en produits chimiques. Mais l’impact environnemental de ces pratiques commençait à poser question dans la communauté scientifique et dans celles des concepteurs- paysagistes. D’autre part, les municipalités souhaitaient réduire les coûts d’entretien. « Concrètement, la gestion différenciée consiste, par exemple, à revaloriser une palette végétale locale, adaptée au sol, au climat, à travailler sur la flore spontanée en laissant certains espaces "naturels"…, explique Gaëlle Aggéri. La ville de Montpellier a ainsi créé des "jardins secs", plantés d’espèces peu gourmandes en eau, ce qui permet de se passer totalement d’arrosage. L’usage des produits phytosanitaires (pesticides et engrais) est aussi remis en cause. A Versailles et Strasbourg, l’objectif "zéro-phyto" est ainsi atteint : les agents désherbent à la main ou utilisent un appareil thermique. Même si aucun référentiel commun n’existe pour l’instant, l’engouement pour cette gestion différente ne semble pas prêt de s’éteindre. "Sur les 931 stages annuels dispensés par le CNFPT sur la gestion des espaces verts, ¾ concernent la gestion différenciée", témoigne Gaëlle Aggéri.


Bye les îles, bonjour la ville!

Symbole de vacances à la plage, les goélands sont aussi devenus synonymes de nuisances urbaines: vacarme des colonies au petit matin, fientes maculant bancs publics, carrosseries de voitures et autres façades d’immeubles, toitures dégradées par l’arrachage de bouts de toile goudronnée dont ces volatiles font leur nid... En période de reproduction, ils vont même jusqu’à fondre sur quiconque s’approche de leur petit! Enfin, même si le risque semble limité, ils sont potentiellement vecteurs de maladies transmissibles à l’homme, comme la salmonellose. "La capacité des citadins à supporter ces nuisances dépend bien sûr de la densité d’oiseaux, mais aussi de l’ambiance urbaine" constate Bernard Cadiou, ornithologue à Bretagne Vivante. "Les populations de goélands du boulevard Haussmann, à Paris, passent pour l’instant inaperçues dans l’environnement sonore général!"
Le goéland n’a pas toujours été présent en ville. "Avant les années 1970, il ne se reproduisait que dans les îles. Mais ses effectifs s’y sont considérablement accrus, à cause des ressources alimentaires abondantes: déchets des pêcheries ou ordures ménagères", explique l’ornithologue. Leur milieu naturel devenant surpeuplé, ils ont alors fondé des colonies dans les villes côtières. Puis, remontant les cours d’eau, se sont établis de plus en plus loin à l’intérieur des terres." Dans les années 1980-1990, la crise de la pêche et la fermeture des grandes décharges à ciel ouvert a obligé ces oiseaux à se tourner vers les déchets urbains pour se nourrir. "Aujourd’hui, les goélands des îles crient famine, tandis que ceux des villes s’en sortent très bien. A Brest, ces oiseaux affichent une fécondité annuelle moyenne de 1,5 jeune à l’envol par couple, contre 0,3 pour leurs congénères de l’archipel de Molène!"
Dès 1993, Brest a été la première municipalité dans l’Hexagone à organiser des opérations de stérilisation des œufs de goélands argentés, limitant la population de la ville en deçà du millier de couples. Ces mesures soulagent les oreilles des riverains, mais le "déménagement" des colonies après plusieurs tentatives infructueuses de se reproduire a pour effet d’étendre géographiquement l’invasion. "Mieux vaudrait agir à la source, en limitant les ressources alimentaires auxquelles ils ont encore facilement accès en ville", conclut l’ornithologue.



Bâtir avec la nature

L’érosion de la biodiversité a quatre causes principales : l’artificialisation des sols, la surexploitation des ressources naturelles, le changement climatique et l’introduction d’espèces invasives. Le secteur du BTP y contribue largement, à travers l’emprise de l’immobilier sur le territoire, l’exploitation des matières premières nécessaires à la construction, le chauffage et la climatisation des bâtiments et l’introduction de végétaux exotiques pour l’ornement des jardins et des balcons.
Pour fabriquer du béton, par exemple, on exploite des carrières de craie au sein de reliefs dits "karstiques", milieux naturels riches en espèces endémiques. Parfois, les matériaux utilisés sont directement issus d’espèces surexploitées. C’est le cas, par exemple, de certaines essences de bois exotique.
Il existe aujourd’hui des bâtiments "positifs en énergie", qui produisent plus de chaleur et d’électricité qu’ils n’en consomment. Mais que serait un bâtiment "positif en biodiversité"? D’abord, il exclurait toute pollution, dès la phase d’extraction des matériaux, et y compris durant le chantier. La priorité serait, en outre, donnée aux matières produites localement et aux matériaux bénéficiant d’un étiquetage garantissant une exploitation neutre, voire positive pour la biodiversité. De tels "labels" existent déjà pour le bois.
Sur le site même tous les espaces disponibles pour servir de refuge aux espèces sauvages pourraient être exploités: murs végétaux, toitures végétalisées, balcons fleuris, jardins… Des villes comme Berlin prennent même en compte le rôle écologique des végétaux utilisés, ainsi que leur impact sur l’environnement urbain. En effet, du traitement des eaux usées d’un immeuble par "phytoépuration", à l’amélioration de la gestion des eaux pluviales grâce aux toitures végétalisées, la biodiversité peut aider à minimiser l’impact du bâtiment sur l’environnement.
En France, la certification HQE (haute qualité environnementale) ne fait aucune référence explicite à la préservation des espèces vivantes! Celle-ci n’est abordée que de manière vague, à travers la première cible, intitulée "relations harmonieuses du bâtiment avec son environnement immédiat". Moins connu en France, le label écologique britannique BREEAM, l’un des plus employés dans le monde, pose des contraintes claires en matière de biodiversité et impose des contrôles par un écologue indépendant.
Dans le cadre de l'initiative des Nations Unies pour la construction durable et le climat, une réflexion a été initiée pour unifier les labels du bâtiment existants dans le monde, autour d’impacts environnementaux significatifs. On peut penser que la préservation des espèces en fera partie ! Quant au phénomène d’étalement urbain et d’artificialisation croissante des terres, la question est entre les mains des politiques et des urbanistes.
Source:
Rodolphe Deborre, directeur associé chez BeCitizen, cabinet de conseil en finances et stratégie de l’environnement, responsable du module Biodiversité du Mastère Construction et Habitat durable de l’ENSAM/ESTP.



Quand les toits fleurissent

Un parterre de plantes, c’est plus plaisant à regarder que de la toile bitumée ou du gravier. "Mais les toitures végétalisées ne se contentent pas d’être belles, elles ont aussi un intérêt environnemental", insiste Raphaël Lamé, directeur chez Le Prieuré, entreprise d’horticulture spécialisée, et responsable de la commission technique de l’Adivet, une association de professionnels du secteur. "D’abord, elles sont capables de stocker 40 à 60 % des eaux pluviales d’une ville: une partie est utilisée par les plantes tandis que l’autre est évaporée." A contrario, l’eau qui ruisselle sur les surfaces imperméables se charge en métaux lourds, hydrocarbures et autres déjections canines avant de gagner le réseau où elle sera, éventuellement, dépolluée. "Leur intérêt environnemental réside aussi dans le fait que le trop-plein d’eau s’écoule avec un certain délai, étalant ainsi la charge du réseau. Les toitures végétalisées permettent ainsi de lutter, en cas d’orage violent par exemple, contre les débordements des stations d’épuration, sources de pollutions." Selon des études préliminaires, réalisées par le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment en partenariat avec l’Adivet, elles auraient également un effet climatiseur. Pendant un pic de chaleur, la température du dernier étage du bâtiment serait abaissée de 1 à 3 °C par rapport à une toiture terrasse non végétalisée. "Certains constructeurs ont également mesuré un effet d’isolation phonique, reprend Raphaël Lamé, avec un volume sonore diminué de 2 à 5 décibels."
Sedum, thym, œillets, lavande, iris… Les végétaux employés sont généralement non exotiques. Les toitures sont ensuite colonisées par une flore et une faune spontanée. Des inventaires réalisés en Suisse, Allemagne, Angleterre ou au Canada montrent ainsi l’impact positif des toitures végétalisées sur la biodiversité urbaine. "Elles constituent un refuge pour des dizaines d’espèces d’invertébrés, rapporte Tanegmart Redjala-Ounnas, ingénieur Recherche et Développement chez Le Prieuré. En Suisse, des oiseaux comme le petit gravelot, le vanneau huppé ou l’alouette des champs, dont l’habitat est menacé, y font même leur nid!"


L’architecture végétale

L’utilisation du végétal est comme un fil rouge dans l’œuvre d’Edouard François. Il y a une quinzaine d’années, l’une de ses premières commandes concerne un lotissement de gîtes ruraux en bordure du bourg de Jupilles, dans la Sarthe. Il végétalise au maximum ces constructions, bâties en lisière de la forêt, imbrique les logements dans les haies… "L’idée était autant de faire avancer le village dans la forêt que la forêt dans le village", résume-t-il. S’il se refuse à une végétalisation systématique des façades, plusieurs projets de cette architecte urbaniste ont, depuis, mis en scène le végétal. La Tower Flower , finalisée en 2004, est un immeuble de trente logements sociaux construit dans la ZAC de la Porte d’Asnières à Paris, dont les balcons sont ornés d’énormes pots plantés de bambous. "L’immeuble est situé face à un parc, il s’agissait donc, là encore, de l’inclure dans son environnement", explique-t-il. En dehors de ce parti pris contextuel, l’architecte reconnaît de multiples vertus aux végétaux. "Utilisés en façade, ils créent une distance avec l’extérieur, empêchent l’échauffement des bâtiments, captent le ruissellement des eaux de pluie, absorbent le CO2… Les bambous de la Tower Flower génèrent aussi un bruissement apaisant, un peu comme un champ de roseaux. Les habitants des lieux m’ont confié que ce bruit a sur eux un impact psychologique positif très fort."
Prochain "défi végétal" pour l’équipe d’Edouard François, un immeuble d’habitation d’environ cinquante mètres de haut, bâti sur l’île de Nantes pour le groupe Giboire. "Pour ce projet, nous allons collaborer avec le botaniste Claude Figureau, directeur du jardin des plantes de Nantes, et avec diverses associations de protection de la nature. Ils nous aideront à déployer, sur la façade, des plantes à haute valeur d’accueil de la biodiversité." Trop tôt, pour l’instant, pour en dire plus, si ce n’est que cette œuvre aura la forme « d’un gros concombre »…


Bon calcul pour verdir les villes

A Paris, chaque habitant dispose, en moyenne, de 5,8 m2 d’espaces verts. Avec les bois de Boulogne et de Vincennes, cette surface passe à 14,4 m2. C’est beaucoup moins qu’à Rome, 321 m2 par habitant, Madrid, 68 m2, ou Amsterdam, 36 m2. Ces dernières années, des reconversions de terrains industriels ou ferroviaires ont permis à la municipalité de réaliser le parc André Citroën et celui de Bercy. Mais comment augmenter encore la végétalisation, dans cette ville ancienne et dense, alors que la disponibilité des terrains est limitée? Lors de la révision du Plan local d’urbanisme (PLU), après consultation des habitants, la municipalité a décidé de supprimer la possibilité de réaliser tous les espaces libres sur dalle, lors d’une construction. 20 % d’entre eux devront être équipés en pleine terre. De plus, un pourcentage d’espace végétalisé supplémentaire sera calculé, en fonction du déficit en espaces verts du quartier et du "traitement" (pleine terre, terre sur dalle, toiture végétalisée, balcons plantés ...) "Ce "coefficient de végétalisation", ou "de biotope" devra être, au minimum, de 10% pour les quartiers les moins déficitaires en espaces verts (15%, pour les plus déficitaires) et pour une végétalisation du sol, de préférence en pleine terre", précise Mehand Meziani, architecte et urbaniste à l’Atelier parisien d’urbanisme , qui a réalisé le diagnostic du PLU de Paris. "Si la pleine terre est techniquement irréalisable, ajoute-t-il, le constructeur pourra aménager le double de surface végétalisée au sol sur dalle, le triple en toiture, ou cinq fois cette surface en mur végétalisé. Il peut bien sûr panacher sa réalisation entre ces différents traitements." Inspiré par les expériences de Berlin et d’autres villes d’Europe du Nord, cette initiative devrait être reprise en France, notamment par Lyon, dans le cadre de son nouveau PLU, en cours de révision.

« Biosourcé » n’est pas toujours « Bio »

Des yourtes en laine de yak aux huttes de torchis, et jusqu’aux constructions les plus modernes, les matériaux d’origine naturelle ont toujours été présents dans l’univers du bâtiment. Depuis peu, portés par la vague du « bio », ils ont même tendance à se multiplier. Ils interviennent dans la structure, dans l’habillage et, surtout, dans l’isolement.
Hormis les isolants biosourcés « classiques » que sont le liège et les fibres de bois, de nombreuses autres références ont récemment fait une percée, à base de fibres de chanvre, de coton ou de lin, de paille, de plumes de canard, de laine de mouton … Dernièrement, on a même vu apparaître des isolants à base d’algues ou de coquilles d’huître ! Certains de ces matériaux d’origine biologique subissent des traitements, destinés à empêcher le développement d’acariens, de mites ou de champignons. D’où l’importance de vérifier, outre leurs performances techniques, leur innocuité sur les futurs habitants du logement.
Quant à leur valeur ajoutée, elle porte, en théorie, principalement sur « l’énergie grise » que ces matériaux permettent d’économiser, c’est-à-dire l’énergie nécessaire pour les produire et les acheminer jusqu’au chantier. Mais, au regard de son bilan énergétique, un panneau qui fait plusieurs milliers de kilomètres avant d’être posé n’est peut-être pas si « vert », même s’il est en liège…


Repenser la ville

La création d’espaces verts urbains par simple souci d’esthétique ou d’hygiénisme est dépassée. Aujourd’hui l’objectif est aussi de préserver la biodiversité menacée par l’expansion des villes qui fragmente les espaces naturels. Car le constat est alarmant : l’espace utilisé par habitant dans les villes en Europe a plus que doublé ces 50 dernières années. Ainsi, on a assisté au cours des deux dernières décennies à une augmentation de près de 20 % de la surface des agglomérations dans de nombreux pays d’Europe occidentale et orientale, tandis que la population n’a augmenté que de 6 % environ dans le même temps.
L’enjeu actuel est double. Il s’agit d’intégrer davantage de nature en ville de manière à favoriser l’indispensable circulation des espèces, tout en maintenant un tissu urbain dense pour éviter un étalement préjudiciable à la biodiversité. Auparavant considérée seulement comme un élément de destruction de la nature, la ville est maintenant en passe de devenir un acteur incontournable du fonctionnement des biodiversités régionales et nationales .
Les trames vertes et bleues mises en place actuellement consistent à connecter entre elles les zones de nature afin que la faune et la flore puissent circuler au sein de corridors écologiques reliés à l’extérieur de la ville. En y insérant des circuits pour vélos et piétons, ce véritable maillage vert bénéficie également aux citadins toujours plus demandeurs de nature.
Certaines villes appliquent déjà ce concept. C’est par exemple le cas de  Nantes qui tire parti des nombreux cours d’eau qui traversent l’agglomération. Bruxelles a aussi défini un maillage vert destiné à mettre en réseau les parcs de la métropole belge. Quant à Barcelone, elle concentre ses efforts sur la réalisation d’un corridor vert en centre ville.
Ailleurs dans le monde, se développent des écoquartiers comme le célèbre BedZED en Angleterre, la zone Vauban en Allemagne ou Eden Bio à Paris. Ces quartiers à haute qualité environnementale sont conçus selon les principes du développement durable. Energies renouvelables, efficacité énergétique, transports en commun renforcés, équipements de proximité, mobilité douce… les solutions mises en œuvre pour réduire l’empreinte écologique et l’impact sur la biodiversité sont multiples.Enfin, des projets futuristes fleurissent aussi dans les cabinets d’architectes. Ecoquartiers à la verticale sous forme de gratte-ciels dotés d’unités de production agricole, bâtiments dépolluants, villes nénuphars… les projets ne manquent pas !
Mais avant que ces réalisations voient le jour, un développement raisonné de la biodiversité en ville apportera déjà des services écologiques essentiels pour les citadins tels la prévention des risques de crues, le traitement de l’air, de l’eau et des déchets.


Ecoquartiers, mode d’emploi

Souvent présentés comme la solution pour des villes durables, les écoquartiers ne répondent pas à une définition précise. « Ce mot résulte de la diffusion à un large public de projets précurseurs, déjà réalisés », analyse Taoufik Souami, maître de conférence à l’Institut français d’urbanisme et auteur d’un ouvrage sur le sujet. Ces projets, nés en Europe du Nord, dans les années 1990, prenaient en compte l’énergie, les déchets, les transports ou encore les ressources en eau, mais rarement la biodiversité. "A ma connaissance, deux seulement, sur une bonne dizaine, avaient intégré des actions pour la préserver : Vikky, à Helsinki, en Finlande, et le quartier Kronsberg, à Hanovre, en Allemagne. Dans les deux cas, le chantier a été précédé d’une étude d’impact sur les habitats et les espèces, et des mesures compensatoires ont été appliquées."
Depuis vingt ans, le mouvement a pris de l’ampleur, notamment en France, où l’Etat s’est récemment emparé de la question. La loi Grenelle Environnement 1 oblige en effet les agglomérations ayant "un programme significatif de développement de l’habitat" à créer un écoquartier d’ici 2012. Afin de repérer les projets les plus prometteurs et de mettre en place un référentiel, le ministère de l’environnement a lancé, en 2008, un concours annuel.
Le quartier du Raquet, entre Douai et Sin le Noble, dans le département du Nord, est l’un des trois projets primés dans la catégorie "Biodiversité", lors de la dernière édition.  "Il a été pensé dans la continuité écologique de deux espaces naturels protégés : le parc naturel régional Scarpe-Escaut, au nord, et la vallée de la Censée, au sud », explique Florent Chappel, chargé de mission à la Direction de l'Urbanisme, de l'Habitat et des Paysages du Ministère de l’environnement. "Pour cela, une cinquantaine d’hectares d’espaces verts y seront aménagés, structurés en cinq parcs, entretenus en "gestion différenciée"." L’un d’eux sera dédié aux activités sportives, un autre, espace forestier, aura un rôle dans la préservation des zones humides, avec valorisation énergétique de la biomasse, et un parc horticole comportera plusieurs parcelles réservées au maraîchage biologique. Un inventaire des espèces, préalable à la construction, est programmé en vue de développer un suivi de la biodiversité. Le quartier devrait également héberger une maison de l’éducation à l’environnement. Enfin, ce projet porte une attention particulière au traitement des eaux pluviales, qui sera effectué sur place, par un lagunage végétal. Débuté en 2008, il devrait être terminé aux alentours de 2015.

La ville maillée en vert et bleu

En France, le récent Grenelle Environnement a placé la construction de trames vertes urbaines parmi ses priorités. Objectif : lutter contre l’érosion de la biodiversité engendrée par l’expansion des zones urbaines qui fragmentent les espaces naturels. Le principe consiste à connecter entre elles les zones de nature afin que la faune et la flore puissent circuler au sein des ces "corridors écologiques" reliés avec l’extérieur de la ville. Ce maillage vert peut s’appuyer sur les liaisons existantes : avenues bordées d’arbres, voies de chemin de fer, talus, terrains non bâtis, friches… Grace à des circuits dédiés, cyclistes et piétons pourraient également en bénéficier. Formée par les cours d’eau et les masses d’eau végétalisés, les trames bleues devraient compléter ce dispositif.
Mais comment rendre ces trames efficaces afin que les différentes espèces présentes en ville les utilisent vraiment ? Quel type de végétation mettre en place ? Quel impact de l’éclairage et du bruit ? Quels services écologiques peuvent-elles fournir ? Risquent-elles de favoriser la présence d’espèces indésirables, voire vectrices de maladies transmissibles à l’homme ? Comment intégrer ces trames aux plans d’urbanisme ?... Autant de questions auxquelles les scientifiques ont encore très peu de réponses. D’où l’intérêt du programme de recherche français "Trame Verte Urbaine" lancé en 2009 qui mobilise onze équipes de recherche en sciences de la vie et en sciences humaines réparties sur sept villes. Les résultats sont attendus pour 2012.
Mais plusieurs villes à travers le monde commencent déjà à appliquer ce concept. C’est par exemple le cas de Nantes qui tire parti des nombreux cours d’eau qui traversent l’agglomération. Bruxelles a aussi défini un maillage vert destiné à mettre en réseau les parcs de la métropole belge. A Curitiba au Brésil, un corridor écologique baptisé « ligne verte » devrait relier des quartiers jusqu’ici séparées par une autoroute. Quant à Barcelone, elle concentre ses efforts sur la réalisation d’un corridor vert en centre ville.

Idées reçues sur la densité

Contre l’étalement des villes qui dévore les zones naturelles et les terres agricoles, contre le développement de l’habitat individuel gros consommateur d’espace, contre l’augmentation de la circulation automobile qui en résulte, un seul remède : il faut densifier la ville. "Mais cette idée suscite des réactions négatives dans le public", souligne Eric Charmes, maître de conférences à l’Institut français d’urbanisme.
Les citoyens ont peut-être une vision erronée de la densité d’un quartier (1). En effet, contrairement aux idées reçues, les tours d’habitation des " grands ensembles" de banlieue, entourées de vastes espaces non bâtis, ne sont pas plus denses que le centre d’un village. Et ces deux types d’habitat sont quatre fois moins denses qu’un bloc d’immeubles haussmanniens du centre de Paris ! "Notre capitale fait d’ailleurs partie des villes les plus denses du monde, souligne Eric Charmes. A part quelques métropoles du Sud, en Inde ou en Chine, seule New York peut rivaliser avec elle."
"La densité n’est donc pas synonyme de détresse sociale", reprend-il. "A Paris, ceux qui en ont les moyens payent cher le droit d’habiter dans un environnement très dense. C’est l’attraction exercée par le centre-ville, où il y a des services, des équipements culturels, des transports en commun… qui explique que sa densité soit acceptée, voire recherchée. Evidemment, les citadins n’ont pas envie de promiscuité si le contexte n’est pas attirant !"
Des réserves, cependant, ont été émises quant aux vertus de la densité urbaine sur l’environnement. Jean-Pierre Orfeuil, professeur à l’institut d’urbanisme de la ville de Paris, pointe ainsi "l’effet barbecue", ou "mobilité de compensation", qui pousse les habitants à quitter les centres-villes lorsque arrive le week-end. "A revenus égaux, ils auraient plus tendance que ceux de la périphérie à partir loin, en utilisant des modes de transport gourmands en énergie, comme l’avion. Une étude norvégienne suggère d’ailleurs qu’un habitat intermédiaire, du type "pavillonnaire dense", serait le meilleur compromis", conclut Eric Charmes. 

1 - Nombre de mètres carrés habitables rapporté à la superficie totale du quartier.


Imaginer la ville verte du futur

Une ville nénuphar (Lilypad), à demi immergée, voyageant en flottant au gré des flots, qui hébergerait les réfugiés climatiques ; un gratte-ciel de 600 mètres de haut (Dragonfly), trônant au cœur de Manhattan, qui accueillerait bureaux, logements, et unités de production agricoles ; un bâtiment "dépolluant" (Anti-Smog), implanté au cœur de Paris…
Au sein du cabinet virtuel Vincent Callebaut Architectures, qu’il a créé avec une dizaine de jeunes confrères du monde entier, le Belge Vincent Callebaut imagine la ville de demain. Une ville verte, forcément. "Notre parti pris est de dépasser le constat du dérèglement écologique de la planète pour apporter des solutions", explique celui qui se définit comme un "architecte laborantin". Pour cela, il propose une vision radicalement nouvelle, à rebours de l’architecture contemporaine, trop "inerte" à son goût, et sans véritable remise en cause du mode de vie moderne. Selon lui, la tour de demain serait un véritable quartier urbain, mêlant les classes sociales, les activités… 
Cet "écoquartier" à la verticale devra être autonome en énergie, grâce à une batterie de panneaux solaires, et à des éoliennes high-tech. "Par ailleurs, reprend-il, nos bâtiments sont conçus pour que la nature puisse se les approprier. Lilypad, par exemple, serait entourée de modules d’aquacultures, sur lesquels viendraient se greffer les espèces sauvages". Ces "fragments de nature" permettraient aussi, en densifiant la ville, de libérer de l’espace pour la biodiversité aux alentours de la cité. 


Une alliée naturelle

On prévoit, d’ici 2050, une dégradation accrue de la plupart des services que les hommes tirent des écosystèmes. Parmi les responsables de cette situation, l’urbanisation galopante figure en bonne place. Pourtant, les citadins bénéficient très concrètement de la nature. Agriculture, épuration des eaux, espaces verts récréatifs, sont des exemples quotidiens des services écologiques rendus par la biodiversité.
Ainsi, certaines espèces "sentinelles" servent d’indicateurs de la qualité de l’environnement. Dans les années soixante-dix, des corrélations ont été établies entre l’intensité de pollution par le dioxyde de soufre et le nombre d’espèces présentes dans les peuplements de lichens. L’abeille mellifère est également emblématique. En ville, elle pollinise les plantes et produit généralement plus de miel qu’à la campagne, deux services non négligeables. Elément moins connu: l’analyse du miel ou du pollen récolté indique si l’environnement butiné est contaminé par divers polluants, tels les hydrocarbures aromatiques polycycliques.
Encore mieux, la biodiversité traite l’air, l’eau et les déchets de nos villes! A la fin des années quatre-vingt dix, New York a choisi d’investir massivement dans la restauration de zones humides qui purifient naturellement les eaux approvisionnant la "grosse pomme". En France, des plantes sont testées en sortie de station d’épuration au sein de milieux humides pour éliminer plusieurs polluants comme les pesticides et les résidus médicamenteux. Et certaines espèces s’invitent même à domicile. Ainsi, les vers de terre transforment les déchets ménagers en compost; par ailleurs, ces lombriciens sont testés pour dégrader la matière organique présente dans les eaux urbaines usées. Quant à la qualité de l’air, certains conifères l’améliorent en captant les particules fines nocives émises par les pots d’échappement. Enfin, la pollution sonore n’est pas oubliée avec le développement d’écrans végétaux anti-bruit.
Mais la biodiversité offre bien d’autres services aux citadins. Selon certaines études, une augmentation des surfaces végétalisées peut réduire sensiblement les ilots de chaleur urbains. Les espaces naturels ou « renaturés » peuvent également limiter les dégâts en cas de crues. A Paris, le bois de Boulogne et le parc André Citroën permettraient par exemple de stocker les débordements de la Seine. Et en amont de la capitale, les zones humides protègent directement la ville en participant à la régulation du régime des eaux. La végétation réduit aussi le phénomène d’érosion et les risques de glissement de terrain. Enfin, selon certaines estimations, 800 millions de personnes dépendent de l'agriculture urbaine et périurbaine à travers le monde.
Plus largement, la biodiversité contribue au bien-être et à la santé des citadins. Outre leur aspect esthétique, récréatif et apaisant, les parcs, squares et jardins constituent des lieux d’échanges, d’apprentissage et de lien social.

L’abeille sentinelle

Un des services majeurs rendus par les abeilles est bien sûr la pollinisation. Mais certaines espèces peuvent aussi servir d’indicateurs de la diversité végétale en ville, et de la contamination de l’environnement urbain par certains polluants. Comment? Grâce à l’étude des colonies et à des analyses sur le pollen récolté, le miel, le nectar, la cire et sur les abeilles retrouvées mortes.
Mais encore faut-il mettre au point un dispositif performant et réactif. Tel fut l’un des enjeux d’une étude récemment menée par le laboratoire Evolution, génome et spéciation (Legs). L’équipe de Gérard Arnold a en effet mis au point un protocole rigoureux qui pourrait devenir une référence en la matière. Il consiste à équiper les ruches de capteurs électroniques comptant en permanence le nombre d’abeilles qui y entrent et en sortent. Mais aussi d’une balance automatique qui pèse la ruche plusieurs fois par jour. Ces données sont stockées dans un microordinateur et peuvent être envoyées quotidiennement par SMS. "Dès détection d’une anomalie, on peut donc se rendre sur place dans les plus brefs délais pour vérifier l’état de la colonie et faire des prélèvements pour analyses sanitaires et toxicologiques, explique l’apidologue. Une réactivité nécessaire notamment pour l’analyse des pesticides qui peuvent se dégrader rapidement."
L’équipe du Legs a testé ce dispositif avec succès durant trois ans sur neuf ruchers d’abeilles domestiques de l’espèce Apis mellifera: trois en zone urbaine à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), trois à Rambouillet (Yvelines) et trois à Saint-Cyr-sous-Dourdan (Essonne). "Contrairement aux deux autres sites, nous n’avons enregistré aucune perte de colonies à Saint-Denis, annonce Gérard Arnold. En outre, ces abeilles urbaines n’ont eu aucun trouble particulier et ont produit plus de miel que celles situées sur les zones rurales de Rambouillet et de Saint-Cyr-sous-Dourdan." C’est la première fois qu’une étude scientifique confirme les nombreuses observations selon lesquelles l’activité des colonies est excellente en milieu urbain.
Mais Gérard Arnold est également membre du comité de pilotage d’une étude d’envergure en cours dans les Pays de la Loire. Objectif principal? Utiliser Apis mellifera comme sentinelle de l’environnement de la pollution par le plomb, les pesticides et les hydrocarbures aromatiques polycycliques. "Au total, 144 prélèvements ont été effectués sur 16 ruchers répartis sur la région, dont quatre en milieu urbain au cœur de la métropole nantaise, précise Monique L’Hostis, la chercheuse qui dirige le projet. Des analyses sont actuellement effectuées sur le miel, le pollen, la cire et l’organisme des abeilles." Sont par exemple mises en œuvre des méthodes d’analyses spécifiques multirésidus pour environ 80 pesticides différents, développées par le Service central d’analyses de Solaize2 (Rhône). Tous les résultats seront corrélés avec ceux des enquêtes menées sur le terrain (épandage de pesticides, rejets de polluants, environnement végétal…). Les conclusions sont attendues pour la fin 2010.


Des vers de terre pour épurer l’eau

En 2004 dans l’Hérault, la commune de Combaillaux s’est dotée d’une station d’épuration d’un genre nouveau. Sa particularité ? Elle utilise la capacité de deux espèces de vers de terre, Eisenia andrei et E. fetida, à décomposer les déchets organiques présents dans les eaux usées après les avoir ingérés.
Intérêt majeur : ce traitement biologique ne génère pas de boues d’épuration malodorantes qui engorgent incinérateurs et centres d’enfouissement technique, et que certains agriculteurs ne veulent pas épandre sur leurs terres. La technique produit également moins de déchets ultimes. Enfin, son mode de fonctionnement diminue la consommation électrique et nécessite peu de surface.
Dans la pratique, ces vers agissent à deux niveaux. Une partie d’entre eux est affectée au traitement des déchets solides de plus de 2 mm, récupérés après tamisage des eaux usées à l’entrée de la station. En trois mois maximum, 80 % de ces déchets sont transformés en "lombricompost", de l’humus utilisable comme engrais naturel. L’autre partie opère sur la partie liquide résiduelle après une étape d’aération nécessaire à l’efficacité du système. Dans une cuve d’environ 100 m² contenant écorces de pin, copeaux de bois et galets, près de 2 500 000 Eisenia travaillent de concert avec des bactéries pour s’attaquer à la matière organique restante. Ce "lombrifiltre" traite ainsi les eaux usées de 2 à 4 habitants par m².
"Hormis sur le phosphore, l’eau récupérée en sortie de lombrifiltre respecte toutes les normes sanitaires en vigueur, se félicite Patricio Soto, ingénieur de recherche à l’Inra1, et gérant de la société LombriTek éco-innovation qui assure le suivi technique de la station de Combaillaux. Forts de ce succès, nous devrions prochainement équiper deux nouvelles communes dans l’Ain et le Morbihan, mais avec des "lombristations" de deuxième génération." Ces dernières devraient être dotées d’équipements de tamisage encore plus fins, d’une cuve mieux adaptée, d’un traitement spécifique complémentaire pour le phosphore… le tout sans traitement classique par "lit bactérien", ni décanteur-digesteur générant les boues. Seule limite: ces stations ne conviennent qu’aux communes sans activités industrielles susceptibles de générer des pics de toxicité en mercure, cuivre ou arsenic. En effet, les vers meurent s’ils ingèrent des eaux contaminées par ce type de polluants.
Mais les Eisenia n’ont pas dit leur dernier mot! Ils sont déjà utilisés par certains particuliers, entreprises et collectivités pour transformer sur place les déchets organiques en compost. Et à l’avenir, ils pourraient traiter l’eau directement dans nos maisons... Dans cette optique, l’entreprise de Patricio Soto participe au projet Nápévomó3. Objectif : construire en grandeur nature une maison modulaire à énergie positive dotée d’un lombrifiltre "individuel"!

La zone Libellule

Depuis août 2009, un dispositif innovant complète le traitement des eaux usées à la sortie de la station d’épuration de Saint-Just dans l’Hérault. Baptisé Zone Libellule (pour zone "LIberté Biologique Et de LUtte contre les poLluants Emergents"), il se compose d’une succession de milieux humides dotés de plus de 7000 plants issus de 48 espèces différentes. Ces végétaux locaux ont été choisis pour leur capacité, démontrée en laboratoire, à décontaminer l’eau de certains polluants émergents présents à l’état de traces et visés par la réglementation européenne: pesticides, résidus médicamenteux, métaux… On y trouve par exemple de la menthe aquatique pouvant absorber le zinc, composé présent dans de nombreux produits cosmétiques ; ou bien encore des roseaux susceptibles de faire barrage à certains produits phytosanitaires. "Plantes et arbres en interaction avec les bactéries, vitesses d’écoulement et profondeurs variables, temps de séjour de l’eau d’environ dix jours, action du soleil… c’est la combinaison des différents paramètres de cet écosystème d’un hectare et demi riche en biodiversité dont on attend une efficacité épuratoire, le tout sans entretien particulier, précise Eric Blin, responsable de ce projet piloté par la filiale SDEI de la Lyonnaise des Eaux. La Zone s’est dotée d’un comité scientifique parmi lesquels figure Christian Drakidès, écologue au laboratoire Hydrosciences1 de Montpellier. "Durant les trois ans de suivi, nous apporterons notre expertise dans l’étude et la modélisation du traitement de l’eau par végétaux et microalgues", ajoute-t-il.

Purifier et rafraîchir l'air

Capter les particules fines nocives pour la santé émises par les pots d’échappement. Une opération que parviennent à effectuer certains végétaux, et notamment des conifères. Mais, pour que leur action soit optimale en ville, où les planter et sous quelles formes? Une question à laquelle tentent de répondre les chercheurs du Laboratoire strasbourgeois Image, Ville, Environnement grâce à des simulations numériques. "Dans les rues étroites flanquées de hauts immeubles, nos travaux indiquent par exemple que les haies retiennent plus de particules à hauteur d’homme qu’un alignement d’arbres", explique Christiane Weber, directrice de recherche au LIVE. D’après notre modèle, les houppiers de ces alignements tendent à bloquer la circulation de l’air, ce qui concentre les particules à hauteur des passants! »
Les végétaux peuvent aussi rafraichir l’air par évapotranspiration. Au sein du groupe Descartes pour l’étude du "Grand Paris", le Groupe d’étude de l’atmosphère météorologique a simulé l’impact, d’ici 2030, d’une augmentation de 30% de la surface boisée en Ile-de-France, du remplacement des céréales par du maraichage dans un rayon d’environ 50 km autour de Paris, et de la création de retenues d’eau étendues. "Selon nos résultats, ce scenario pourrait faire chuter jusqu’à 2°C la température nocturne dans Paris intra-muros lors des canicules, explique Valéry Masson, chercheur au GAME. Une piste encourageante car la persistance de fortes températures la nuit joue un rôle déterminant dans la surmortalité observée lors des canicules."

Bien-être urbain

De plus en plus de travaux scientifiques l’attestent : la biodiversité améliore le bien-être moral et physique des citadins. Des études épidémiologiques menées aux Pays-Bas révèlent par exemple que les habitants des quartiers pourvus d’espaces verts abondants déclarent moins de problèmes de santé que les habitants des quartiers qui en sont dépourvus. Au Japon, deux autres études indiquent que les usagers d’espaces verts urbains ont une longévité moyenne accrue.
Le succès actuel des jardins urbains conforte ces résultats scientifiques. Les expériences de community gardens menées au Canada et aux Etats-Unis ont suscité un foisonnement d’initiatives en France où les jardins collectifs se développent sous des formes inédites depuis le début des années 90. Surtout situés en pleine ville, les jardins partagés créent du lien social, des solidarités de voisinage et de la convivialité. Les jardins d’insertion quant à eux sont souvent installés en zone périurbaine. Ils favorisent l’intégration des personnes en situation d’exclusion, en difficulté sociale ou en réadaptation professionnelle.
La restauration et la renaturation de rivières en ville ont également des effets très positifs pour les citadins. A ce titre, l’exemple du cours d’eau Cheonggyecheon à Séoul est emblématique. Auparavant enfoui sous des infrastructures routières, il a été entièrement réhabilité sur plus de 5 kilomètres au début des années 2000 ! Outre le plaisir procuré aux 50 000 promeneurs qui parcourent chaque jour les nouvelles berges végétalisées, cette réalisation a sensiblement réduit l’îlot de chaleur urbain local, la pollution atmosphérique et le niveau sonore ambiant.
Toutefois, cet engouement pour la nature ne doit pas faire oublier que certaines espèces animales peuvent nuire à la santé humaine. C’est le cas par exemple des pigeons, mais aussi des souris et des rats, susceptibles de transmettre des pathologies à l’homme. Quant aux végétaux, certains provoquent des manifestations allergiques, particulièrement en ville où la pollution atmosphérique fragilise l’organisme.
Pour conclure, la biodiversité apporte de nombreux services aux citadins et sa préservation constitue un enjeu crucial pour nos sociétés urbaines. Mais encore faut-il la développer de manière raisonnée et efficace !  Comment concilier au mieux nature, activité humaine et densité urbaine ? Comment configurer la ville pour qu’elle ne perturbe pas les animaux et les végétaux qui y vivent ? Quelles espèces implanter ou favoriser ? Comment permettre leur circulation ?... Autant de questions sur lesquelles se penchent aujourd’hui les scientifiques au sein d’équipes pluridisciplinaires. Trames vertes et bleues, corridors écologiques, écoquartiers, bâtiments végétalisés, parcs agraires, cours d’eau renaturés, jardins, fermes verticales… les pistes explorées sont nombreuses !  Au final, il n’y a pas de ville idéale, mais un foisonnement de solutions à tester et à adapter au contexte de chaque cité.


Renaissance d'un cours d’eau

Au printemps 2003, le maire de Séoul donnait le top départ d’un chantier pharaonique : la restauration du cours d’eau Cheonggyecheon totalement enfoui sous des infrastructures routières en plein cœur de la capitale sud-coréenne depuis plus de 25 ans. Les chiffres de ce projet laissent rêveurs : 700 000 travailleurs mobilisés, près de 7 200 réunions d’information organisées, plus de deux millions de végétaux plantés, 21 ponts construits, une longueur de 5,84km restaurée, le tout pour un budget qui avoisine les 248 millions d’euros. Le 1er octobre 2005, deux ans et trois mois après le début des travaux, le public découvrait les berges du Cheonggyecheon ressuscité ! Aujourd’hui, 50000 visiteurs s’y promènent en moyenne chaque jour. Mais au-delà de la performance technique, quels bénéfices en tire la population? Toujours selon les chiffres des autorités du pays, les résultats sont également très satisfaisants. Sous l’effet combiné de l’eau et du vent généré par la nouvelle configuration de la zone, la différence de température entre le site et les autres parties de la ville est passée de +2,2 °C à –0,9 °C. Côté pollution atmosphérique, la concentration de particules en suspension a chuté de 15,3%, celle de dioxyde d’azote (NO2) de 25,3% et celle des BTEX (Benzène, Toluène, Ethylbenzène, m+p-Xylène) de 25 à 62%. Quant au niveau sonore ambiant, il est passé de 73,8 à 62 dB(A), de jour, au bord de l’eau. Enfin, la biodiversité s’est fortement enrichie. D’après les relevés effectués, le nombre d’espèces qui vivent sur la zone est passé de 98 en 2003 à 788 en 2009. Aujourd’hui, on y trouve pas moins de 471 espèces végétales, 245 d’insectes, 34 d’oiseaux, 27 de poissons, 7 de reptiles et amphibiens et 4 de mammifères. Certaines espèces protégées vivent même sur le site, telle la salamandre coréenne. Ailleurs dans le monde, de nombreux autres cours d’eau urbains font également l’objet de réaménagements.

Les jardins collectifs urbains

Les jardins collectifs en milieu urbain ne sont pas nouveaux. Leur apparition date des années 1970 sous le nom de « community gardens » aux Etats-Unis et au Canada. A New-York, on en compte aujourd’hui près de 600 ! Ces expériences ont suscité un foisonnement d’initiatives en France où les jardins collectifs se développent sous des formes inédites depuis le début des années 1990. Ils sont aussi les héritiers des jardins ouvriers apparus au XIXème siècle, rebaptisés « familiaux » par la suite. Aujourd’hui on les regroupe communément en deux catégories : les jardins partagés et les jardins d’insertion.
Pour la plupart situés en pleine ville ou en proche banlieue, les jardins partagés ont pour vocation essentielle de créer du lien social et des solidarités de voisinage au sein d’un quartier. Ils sont ouverts aux passants, non cloisonnés en parcelles individuelles, fréquentés par un public intergénérationnel et multiethnique qui y pratique un jardinage respectueux de l’environnement. On y cultive des fleurs, des fruits et des légumes mais sans prétendre à une culture vivrière guère compatible avec leur faible superficie. Créés, aménagés, entretenus et gérés par des collectifs d'habitants réunis au sein d'associations de quartier, ces jardins sont aussi le cadre d'activités ludiques, festives, éducatives, culturelles et artistiques. Ils fleurissent aujourd'hui dans toutes les grandes villes de France : Paris, Lyon, Lille, Nantes, Marseille, Bordeaux, Brest ...
Ayant besoin de terrains plus vastes, les jardins d’insertion sont souvent situés en zone périurbaine. Leur objectif est de réinsérer par le jardinage des personnes en difficulté sociale ou professionnelle : chômeurs, bénéficiaires d’un revenu de solidarité, handicapés, personnes isolées, jeunes en difficulté scolaire, anciens détenus. Tous travaillent sous l'égide d'un animateur bénévole ou d’un salarié chargé de leur accompagnement. Ces jardins ont été inventés à la fin des années 1980 pour répondre à la montée du chômage et de la pauvreté. La production y est avant tout alimentaire, destinée à l’autoconsommation, à la vente ou au don. En France, on estime leur nombre à quelques milliers regroupés en associations.


La face cachée de la biodiversité

La biodiversité présente bien des vertus pour les citadins. Toutefois, plusieurs espèces évoluant en milieu urbain peuvent nuire à la santé humaine. Deux exemples emblématiques l’ont récemment rappelé : le virus de la grippe aviaire transmis par des oiseaux, et celui du chikungunya véhiculé par des moustiques du genre Aedes. Mais au-delà de ces cas fortement médiatisés, d’autres animaux sont vecteurs de maladies en ville. Ainsi en est-il des pigeons qui peuvent transmettre certains germes à l’homme, à l’origine de diverses pathologies : salmonellose, chlamydiose, toxoplasmose, ornithose ou bien encore des mycoses profondes comme la cryptococcose. Une thématique sur laquelle se penchent plusieurs scientifiques impliqués dans le programme de recherche « Le pigeon en ville - Écologie de la réconciliation » auquel participe le laboratoire Ecologie, systématique et évolution. Enfin, leurs sites de nidification peuvent regorger de parasites (tiques, acariens, punaises, puces) provoquant des réactions allergiques. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, des personnes directement infectées par contact avec des oiseaux urbains, ou leurs habitats, ont été recensées pour sept maladies différentes. Toutefois, les oiseaux ne sont pas les seuls responsables ! Ainsi, plusieurs études ont démontré une relation claire entre une exposition domestique croissante aux allergènes véhiculés par les cafards, les souris et les acariens, et un risque accru d’asthme grave. Encore plus inquiétant, les puces de certains rongeurs transmettent parfois le typhus murin. Pouvant être infectés par un large éventail de parasites et d’agents pathogènes, les rats (Rattus norvegicus, Rattus rattus) et la souris Mus musculus représentent aussi une menace pour les personnes à la santé fragile. Quant aux nouveaux animaux de compagnie, objets d’un engouement croissant, ils peuvent être porteurs de zoonoses virales, bactériennes ou parasitaires. Ainsi, certains rongeurs sauvages sont susceptibles de transmettre la peste, des reptiles la salmonellose, certains oiseaux la tuberculose, les macaques d’Asie l’herpèsvirose B, d’autres primates la rage... Du côté des végétaux, leur pollen entraine parfois des manifestations allergiques (rhinite, conjonctivite, asthme) tel celui de l’ambroisie, de diverses graminées, du cyprès, du bouleau… Un problème de santé qui concernerait surtout les citadins à l’organisme plus sensible que celui des ruraux dont l’environnement direct stimule davantage le système immunitaire. En outre, la pollution rend plus sensible aux allergies et stresse les plantes qui, en réaction, pollinisent davantage. Dans les prochaines décennies, il est à craindre que le changement climatique ne provoque l’apparition de nouvelles pathologies infectieuses et parasitaires par l’arrivée en France d’espèces tropicales vectrices de maladies.

Un anti-stress naturel

La présence de nature en milieu urbain joue-t-elle sur la santé des citadins? Une question sur laquelle se penchent les scientifiques depuis plusieurs années. En la matière, une des études pionnières fut publiée en 1984 dans la très prestigieuse revue Science. Le chercheur américain Roger Ulrich y démontrait que des patients ayant subi une opération chirurgicale de la vésicule biliaire récupéraient mieux lorsqu’ils occupaient une chambre d’hôpital avec vue sur un paysage naturel, plutôt que sur un mur de briques ! Les premiers avaient besoin de moins d’antidouleurs que les seconds, et ils pouvaient quitter l’hôpital un jour plus tôt en moyenne. Depuis, les preuves scientifiques s’accumulent sur la relation positive entre bien-être, santé et espaces verts. Dans son ouvrage Une écologie du bonheur, Eric Lambin, enseignant les interactions entre l’homme et son environnement à l’Université catholique de Louvain et de Stanford, indique que, selon certaines études, la proximité ou la simple vue de la nature augmente le bien-être sur le lieu de travail. Ainsi, parmi les personnes qui ont un métier sédentaire, celles qui disposent d’une fenêtre avec vue sur un parking, une rue ou d’autres bâtiments souffrent plus fréquemment de maux de tête que celles dont la fenêtre donne sur des arbres, des buissons ou des fleurs ! D’autres travaux montrent que les résidents de quartiers urbains dont le cadre de vie est délabré et dépourvu de végétation naturelle, semblent plus fréquemment souffrir de symptômes de stress chronique et de problèmes de santé. A l’opposé, deux études épidémiologiques menées au Pays-Bas révèlent que les habitants des quartiers pourvus d’espaces verts abondants déclarent en moyenne moins de problèmes de santé. Au Japon, deux autres indiquent aussi que les usagers d’espaces verts urbains ont une longévité accrue. Enfin, de nombreux travaux démontrent qu’un contact avec la nature est une manière efficace de récupérer face à la fatigue mentale générée par la vie moderne et son rythme frénétique.


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