La ville-natureLe retour du "Sauvage"
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Le retour du sauvage
Biodiversité ? Dans l’inconscient collectif, le mot évoque plus la luxuriante forêt tropicale que la flore des pieds d’arbres des boulevards de nos villes…. Pourtant, les écosystèmes qui s’organisent, au cœur même de ces dernières, suscitent un intérêt croissant, dans le public comme chez les scientifiques.
C’est vers la fin du XIXè siècle, sous le Second Empire, qu’une place importante et officielle est faite à la nature dans l’espace public urbain. Mais c’est une nature très domestiquée. Sous la houlette de Jean-Charles Alphand, directeur de la voie publique et des promenades de Paris, et bras droit du baron Haussmann, les bois de Boulogne et de Vincennes sont remodelés, le parc Monceau transformé, celui des Buttes-Chaumont fabriqué de toutes pièces, ainsi que le parc Montsouris, le Champ de Mars et la plupart des squares de quartier parisiens. Alphand aménage par ailleurs de larges avenues, plantées d’arbres bien alignés… Cette nature tirée à quatre épingles est un lieu privilégié de promenade pour les élégantes de la bourgeoisie, qui peuvent y exhiber leurs dernières toilettes. Pour la classe dirigeante, elle répond aussi à la préoccupation d’améliorer l’ordre et la santé publique, et de contrôler la société.
Mais ces aménagements ont pour conséquence de repousser une population pauvre aux marges de la capitale. Une bande de deux cent cinquante mètres de large, jouxtant les 35 km de fortifications dressées sous Louis-Philippe, se couvre ainsi de logements précaires. Tout comme les « jungles urbaines » qui conquièrent les terrains vagues du centre de Paris, ce quartier annulaire, image en négatif du Paris haussmannien, suscite la passion de quelques naturalistes pionniers, qui viennent herboriser entre les palissades. La « zone » dirait-on aujourd’hui, est un réservoir de biodiversité sauvage. Plus tard, on envisagera d’y établir une vaste « ceinture verte », mais la construction du périphérique, qui commence en 1958, compromettra ce projet.
Durant les Trente Glorieuses, la surface des espaces verts dans les villes françaises ne cesse d’augmenter, et leur gestion se rationalise. C'est la grande époque de l'art horticole et du "béton vert" : les parterres de gazon et autres haies de thuya, qui se multiplient, n'ont aucun intérêt pour la biodiversité. A grands renforts de produits phytosanitaires, on cultive une nature qui n’a plus rien de naturel. Il faut attendre la vague écologique des années 1990 pour que les gestionnaires des parcs et jardins fassent leur révolution, et inventent la « gestion différenciée », qui valorise la flore et la faune spontanées et développe un effort pédagogique intense à l’égard des usagers.
L’histoire récente des espaces verts débouche sur la construction de liens nouveaux entre les gestionnaires et les scientifiques, à mesure que les écologues découvrent la biodiversité urbaine. Mais la ville, qui héberge une proportion croissante de la population, est surtout devenue le lieu privilégié de la sensibilisation des citoyens à la nature. Comment les citadins se représentent-ils la biodiversité et que pensent-ils du déploiement de ces politiques publiques en faveur de la nature spontanée dans la ville ? Les chercheurs en sciences sociales mènent l’enquête, alors que de nombreux efforts restent à faire pour minimiser l’impact de la ville sur la biodiversité, notamment dans le secteur du bâtiment.