La ville-nature
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L'abeille sentinelle
Un des services majeurs rendus par les abeilles est bien sûr la pollinisation. Mais certaines espèces peuvent aussi servir d’indicateurs de la diversité végétale en ville, et de la contamination de l’environnement urbain par certains polluants. Comment ? Grâce à l’étude des colonies et à des analyses sur le pollen récolté, le miel, le nectar, la cire et sur les abeilles retrouvées mortes.
Mais encore faut-il mettre au point un dispositif performant et réactif. Tel fut l’un des enjeux d’une étude récemment menée par le laboratoire Evolution, génome et spéciation (Legs). L’équipe de Gérard Arnold a en effet mis au point un protocole rigoureux qui pourrait devenir une référence en la matière. Il consiste à équiper les ruches de capteurs électroniques comptant en permanence le nombre d’abeilles qui y entrent et en sortent. Mais aussi d’une balance automatique qui pèse la ruche plusieurs fois par jour. Ces données sont stockées dans un microordinateur et peuvent être envoyées quotidiennement par SMS. "Dès détection d’une anomalie, on peut donc se rendre sur place dans les plus brefs délais pour vérifier l’état de la colonie et faire des prélèvements pour analyses sanitaires et toxicologiques, explique l’apidologue. Une réactivité nécessaire notamment pour l’analyse des pesticides qui peuvent se dégrader rapidement."
L’équipe du Legs a testé ce dispositif avec succès durant trois ans sur neuf ruchers d’abeilles domestiques de l’espèce Apis mellifera: trois en zone urbaine à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), trois à Rambouillet (Yvelines) et trois à Saint-Cyr-sous-Dourdan (Essonne). "Contrairement aux deux autres sites, nous n’avons enregistré aucune perte de colonies à Saint-Denis, annonce Gérard Arnold. En outre, ces abeilles urbaines n’ont eu aucun trouble particulier et ont produit plus de miel que celles situées sur les zones rurales de Rambouillet et de Saint-Cyr-sous-Dourdan." C’est la première fois qu’une étude scientifique confirme les nombreuses observations selon lesquelles l’activité des colonies est excellente en milieu urbain. Mais Gérard Arnold est également membre du comité de pilotage d’une étude d’envergure en cours dans les Pays de la Loire. Objectif principal? Utiliser Apis mellifera comme sentinelle de l’environnement de la pollution par le plomb, les pesticides et les hydrocarbures aromatiques polycycliques. "Au total, 144 prélèvements ont été effectués sur 16 ruchers répartis sur la région, dont quatre en milieu urbain au cœur de la métropole nantaise, précise Monique L’Hostis, la chercheuse qui dirige le projet. Des analyses sont actuellement effectuées sur le miel, le pollen, la cire et l’organisme des abeilles."
Sont par exemple mises en œuvre des méthodes d’analyses spécifiques multirésidus pour environ 80 pesticides différents, développées par le Service central d’analyses de Solaize (Rhône). Tous les résultats seront corrélés avec ceux des enquêtes menées sur le terrain (épandage de pesticides, rejets de polluants, environnement végétal…). Les conclusions sont attendues pour la fin 2010.