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Des vers de terre pour épurer l'eau
En 2004 dans l’Hérault, la commune de Combaillaux s’est dotée d’une station d’épuration d’un genre nouveau. Sa particularité? Elle utilise la capacité de deux espèces de vers de terre, Eisenia andrei et E. fetida, à décomposer les déchets organiques présents dans les eaux usées après les avoir ingérés.
Intérêt majeur: ce traitement biologique ne génère pas de boues d’épuration malodorantes qui engorgent incinérateurs et centres d’enfouissement technique, et que certains agriculteurs ne veulent pas épandre sur leurs terres. La technique produit également moins de déchets ultimes. Enfin, son mode de fonctionnement diminue la consommation électrique et nécessite peu de surface.
Dans la pratique, ces vers agissent à deux niveaux. Une partie d’entre eux est affectée au traitement des déchets solides de plus de 2 mm, récupérés après tamisage des eaux usées à l’entrée de la station. En trois mois maximum, 80% de ces déchets sont transformés en «lombricompost», de l’humus utilisable comme engrais naturel. L’autre partie opère sur la partie liquide résiduelle après une étape d’aération nécessaire à l’efficacité du système. Dans une cuve d’environ 100 m² contenant écorces de pin, copeaux de bois et galets, près de 2 500 000 Eisenia travaillent de concert avec des bactéries pour s’attaquer à la matière organique restante. Ce "lombrifiltre" traite ainsi les eaux usées de 2 à 4 habitants par m².
"Hormis sur le phosphore, l’eau récupérée en sortie de lombrifiltre respecte toutes les normes sanitaires en vigueur, se félicite Patricio Soto, ingénieur de recherche à l’Inra (1), et gérant de la société LombriTek éco-innovation qui assure le suivi technique de la station de Combaillaux. Forts de ce succès, nous devrions prochainement équiper deux nouvelles communes dans l’Ain et le Morbihan, mais avec des "lombristations" de deuxième génération." Ces dernières devraient être dotées d’équipements de tamisage encore plus fins, d’une cuve mieux adaptée, d’un traitement spécifique complémentaire pour le phosphore… le tout sans traitement classique par lit bactérien, ni décanteur-digesteur générant les boues. Seule limite: ces stations ne conviennent qu’aux communes sans activités industrielles susceptibles de générer des pics de toxicité en mercure, cuivre ou arsenic. En effet, les vers meurent s’ils ingèrent des eaux contaminées par ce type de polluants.
Mais les Eisenia n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sont déjà utilisés par certains particuliers, entreprises et collectivités pour transformer sur place les déchets organiques en compost (2). Et à l’avenir, ils pourraient traiter l’eau directement dans nos maisons... Dans cette optique, l’entreprise de Patricio Soto participe au projet Nápévomó (3). Objectif: construire en grandeur nature une maison modulaire à énergie positive dotée d’un lombrifiltre individuel.
1. Institut National de la Recherche Agronomique
2. voir www.lombritek.com
3. Voir www.napevomo.com