La calvitie, encore nommée alopécie, résulte d'un rythme de renouvellement génétique trop rapide du follicule pileux qui aboutit à sa disparition précoce. Ce terme recouvre toutes les formes de perte des cheveux, qu'il s'agisse de manipulations à effets traumatiques ou de disparition d'origine génétique. Il existe aussi des formes d'alopécies dues simplement à l'excès de peignage ou à l'usage immodéré de produits de friction. Des manipulations trop systématiques d'étirage, comme le fait de tresser ses cheveux, conduisent à l'inflammation des racines des cheveux et à l'accélération de leur chute.

L'alopécie d'origine androgéno-génétique est la plus étudiée. Elle concerne la relation physiologique du follicule pileux avec le système endocrinien. Ce problème a fait l'objet de nombreuses observations biologiques. La pilosité ne se développe pas de façon uniforme sur l'ensemble du corps et certaines réactions, dues à la présence provoquée ou émise d'androgènes, conduisent à des effets mal expliqués comme celui d'hirsutisme associé à la calvitie.

Chez la femme, les androgènes sont produits par les glandes surrénales et par les ovaires (androstènedione et testostérone), chez l'homme par les glandes testiculaires. La testostérone est ensuite transformée en dihydrotestostérone qui est la forme androgénétique active. Ainsi, le vertex (sommet du crâne) connaît un ralentissement de la pousse des cheveux à partir de la puberté et à l'âge adulte alors même que les pilosités du torse, des aisselles et du pubis sont, dans le même temps, plus importantes. Il y a là un paradoxe anatomique attribué à la présence de récepteurs hormonaux différents selon les parties du corps. Chez la femme, le développement du système pileux est logiquement plus faible puisque les émissions d'androgènes le sont aussi, les oestrogènes féminins étant fonctionnellement des anti-androgènes !

Chez l'homme aussi, la calvitie est d'origine hormonale. L'alopécie androgéno-génétique doit donc s'interpréter comme un effet d'émission d'androgènes (dihydrotestostérone) irriguant les tissus folliculaires. La chute des cheveux peut intervenir dès la phase pubertaire ; elle se poursuit au-delà et se ralentit à terme avec le vieillissement. De façon générale, il n'existe pas de traitement préventif des alopécies androgéno-génétiques par voie cutanée. Dans ce contexte, seuls des traitements hormonaux suivis médicalement seront en mesure d'apporter des solutions qui sont souvent délicates à gérer.

Les alopécies accidentelles (chute des cheveux) sont souvent révélatrices d'un équilibre hormonal non totalement respecté. Une grossesse affecte le déroulement anagène ou télogène du cheveu et exprime un dérèglement hormonal passager. Quelquefois, pendant la grossesse, on observe un allongement de la phase anagène. Au cours de cette période, il y a accroissement du taux d'œstrogènes qui active la pilosité et l'allongement des cheveux, puis avec la fin de la grossesse et la chute rapide des teneurs en œstrogènes (hormones féminines), c'est au contraire une perte passagère des cheveux qui s'opère. De la même façon, lorsque la glande thyroïde est déficiente, une perte des cheveux apparaît, consécutive à un excès de testostérone libre dont la glande thyroïde ne contrôle plus l'émission.

D'autres alopécies, répertoriées comme des alopécies diffuses, sont identifiées en service de santé. En particulier, il existe une chute soudaine mais réversible des cheveux lors de la prise de certains médicaments anticancéreux (cyclophosphamide) ou après traitements aux rayons X. Des chutes de cheveux sont observées pour des causes diverses telles que le contact et l'absorption de sels de thallium, de mercure, la déficience en fer et aussi l'ingestion de médicaments antithyroidiens dont on a vu qu'ils touchent aux équilibres hormonaux.

Des cas d'alopécies d'origine psychique sont répertoriés, attribués à une anorexie mentale qui entraîne des carences physiologiques. Certains comportements agressifs vis-à-vis des cheveux connus sous le nom de trichotillomanie, sont aussi à l'origine d'alopécies. On associe à ces formes d'agression physique (arrachage par étirement ou par torsion) un comportement névrotique ou un état psychologique particulier par exemple une frustration affective dans l'enfance qui s'exprime par un "tic" et qui peut se prolonger à l'âge adulte.

Un autre cas non élucidé est celui de la pelade qui peut être totale ou se propager par plaques ovalaires. La pousse des cheveux reste inhibée, mais sans lésions irréversibles des bulbes. Des facteurs endocriniens ou psychosomatiques sont évoqués pour expliquer son apparition.

Divers documents de vulgarisation vantent les mérites de solutions miracles pour contrôler la chute des cheveux ou leur régénération. Il faut les considérer avec circonspection.

Pierre Le Perchec
Les molécules de la beauté, de l’hygiène et de la protection,
CNRS Editions/Nathan

 

 

 

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