1. Anne emmène
Marie à l’école

 

 

 

 

 

 

2. Visitation

 

 

 

 

 

 

 

3. Mariage valide

 

 

 

 

 

4. Mariage forcé

 

 

 






Joie, douleur, tristesse, regrets, jeunesse, vieillesse, lorsque l'image ne se contente pas d'illustrer mais signifie, elle doit pour être comprise, utiliser un code. Car la mise en image schématise. Par les gestes, par les attributs des personnages et par l'emploi signifiant de la couleur, elle fait appel à la mémoire culturelle qui grâce à eux permet d'identifier. A la fois partie du corps et parure, autour du visage, qu'elle embellit, la chevelure entre-t-elle dans ce système de signes intuitivement saisi ? Peut-elle même parvenir à exprimer la vérité de l'être ?

L'imaginaire transpose et condense. Les personnages réels doivent, au contraire, être perçus dans leur vie au sein de leur groupe, selon leur état et leur âge. La coiffure fait donc partie du vêtement qui sert à les identifier. Et la coiffure féminine (la seule  étudiée ici) ou bien se plaît à étaler l’abondante chevelure des femmes, ou la cache avec pudeur : cette parure attire les regards, aussi la femme chaste et mariée met-elle un voile. Chacune obéit à sa condi­tion. La paysanne porte coiffe, les cheveux libres sur les épaules désignent l'enfant et la jeune fille, la femme noble ou riche apporte à ses cheveux le  même soin qu’à sa toilette, elle les tresse, les orne de perles et de rubans, pose sur eux le couvre-chef à la mode, enfin arbore une couronne d’or.

Parfois une scène calquée sur le quotidien le transpose dans le sacré. Dans son ouvrage "La symbolique des gestes au Moyen Âge", François Garnier raconte une scène dans laquelle dans une prairie en pente, sainte Anne, la tête  et le menton couverts d'un léger voile de lingerie, pour monter vers la maison, retrousse son surcot rouge sur une jupe bleue. De sa main droite, elle tient celle d'une enfant sage de sept ou huit ans, les cheveux blonds tombant sur sa robe bleue, un livre rouge dans sa main droite (fig. 1).  Mettre la figure en face dans la frame de gauche.

Une miniature représentant "La Visitation" baigne dans le même climat de paisible familiarité. Deux femmes se retrouvent, heureuses ensemble de se féliciter de leur espérance. La femme âgée, le visage enveloppé d'une mentonnière et d'un voile, curieusement surmonté d'une sorte de turban de linge blanc tressé, se précipite vers Marie, sereine et blonde, un peu étonnée. Au second plan, sa suivante, dont la robe violette et jaune reprend les dominantes des deux autres robes et sa garniture, le doré de l'encadrement. La présence de ce personnage secondaire donne à la figure de Marie tout son sens, car elle a, comme la jeune fille, les cheveux dénoués: les siens tombent jusqu'au creux des genoux. Sa chevelure symbolise donc sa virginité (fig. 2). Mettre la figure en face dans la frame de gauche.

Dans une autre miniature représentant "La Crucifixion", la Vierge est au pied de la croix, mère des Douleurs, toujours en bleu, portant voile et guimpe. Marie-Madeleine, à genoux, a gardé sa robe rouge de pécheresse. Mais ses longs cheveux blonds ne sont plus épars; comme elle est repentie, ils sont désormais attachés sur sa nuque: l'artiste joue avec le code, par la couleur et l'aspect de la chevelure, il rend la figure lisible. Pour subtils qu'ils soient, ces signes respectent la tradition, qui les rend compréhensibles.

Autre est la difficulté lorsqu'il faut inventer. Ces nouveautés concernent, soit le réel, soit l'imaginaire. Illustrer un traité de droit revient à traduire en image le cas exposé dans le texte. Ainsi la seconde partie du "Décret de Gratien" (vers 1140) détaille toutes les causes liées au mariage devenu sacrement depuis le douzième siècle et donc jugées par un canoniste (empêchement ou rupture).

Index droit levé, parfois un livre en main, le juriste règle le litige. Dans une scène illustrant un mariage valide, le prêtre, au centre, unit les deux mains droites des fiancés. Derrière la mariée, en robe rouge, les cheveux flottants, deux femmes en capuche et coiffe répètent de leur main gauche le geste d'approbation de la fiancée. Derrière le marié, deux hommes l'approuvent de la main: la cérémonie reçoit le consentement de tous (fig. 3). Mettre la figure en face dans la frame de gauche.

Au contraire, dans le mariage forcé, le père occupe la place du prêtre et tire le bras de sa fille, qui résiste, soutenue derrière elle par sa mère. La jeune fille en robe rouge porte un fin bandeau retenant ses cheveux flottants, sa mère une coiffe triangulaire soutenue sous le menton (fig. 4). Ces images semblent reproduire la coutume : une jeune fille porte les cheveux sur les épaules, une femme mariée une coiffe. Mettre la figure en face dans la frame de gauche.

Les exemples abondent dans ces textes juridiques, du XIIe au XIVe siècle, sté­réotypes intentionnels de la réalité contemporaine.

Toutes ces images emploient un système de signes dont la coiffure est l’un des éléments. Et c'est ce système, intuitivement perçu, qu'utilise l'allégorie. L'artiste se sert du répertoire, auquel, lorsqu'il a du talent, il ajoute des trouvailles de son cru.

 

Annie Cazenave
D’après "La chevelure dans la littérature et l’Art du Moyen Âge"
Actes du 28ème Colloque du CUER MA (février 2003)
Senefiance n° 50/ 2004/ Publication de l’Université de Provence

 

 

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