micro-émulsions huile/eau et eau /huile
 
Formation d'une courbure du film de tensioactif








 

 






 
Les milieux dispersés

Avec de plus fortes concentrations de tensioactifs, d’autres formes d’organisations apparaissent : les assemblages cristaux liquides. Ils sont ainsi dénommés parce qu’ils forment des ensembles anisotropes organisés selon une périodicité définie par la géométrie de l’assemblage. Parmi leurs nombreuses applications, la cosmétologie tire un grand profit de leurs propriétés structurantes des interfaces eau/peau et surtout eau/cheveu. Ces agrégats conditionnent notamment la production de gels structurés (onguents, fards , crèmes et laits). Ils sont la base des émulsions par la production de films interfaciaux stabilisants.

Les assemblages sont détectés par rayons X. Ils apparaissent comme structures cristallines alors qu’ils ont la fluidité d’un liquide (Friedel 1922, Luzzati 1968, De Gennes 1974). Un nombre considérable de travaux a été consacré à la caractérisation des milieux structurés contenant de l’eau, un corps gras, un tensioactif et quelquefois un alcool.

Les micro-émulsions

Les micro-émulsions sont des phases liquides dispersées obtenues en mettant en contact des quantités de produits lipidiques et d’eau en présence d’un tensioactif (TA) et d’un cotensioactif (coTA), généralement un alcool à faible longueur de chaîne lipophile (par exemple, le pentanol).

Les micelles constituent le plus petit assemblage d’un tensioactif dans un liquide (eau le plus souvent ou huile). C’est un assemblage moléculaire dispersé dans le liquide, de quelques nanomètres de diamètre, en équilibre avec les molécules isolées constitutives de la micelle. Lorsqu‘une huile est mise au contact de l’eau en présence d’un tensioactif (5-10%). une dispersion trouble et fugace apparaît qui se brise plus ou moins rapidement en deux phases, sous l’action d’une agitation énergique. Chacune des phases dispersées est constituée de gouttelettes de taille voisine du micron.

Au contact d’un quatrième constituant appelé "co-tensioactif", en général un alcool contenant une chaîne carbonée courte de 5 à 8 carbones, la dispersion trouble s’éclaircit, devient transparente et indéfiniment stable (Schulman 1943). L’oeil ne distingue plus qu’une seule phase apparente, l‘eau paraît "dissoute" dans l’huile : il s’agit d’une micro-émulsion de deux liquides non miscibles. Cette phase dispersée apparaît au microscope constituée de microgouttelettes de 1 à 100 microm de diamètre présentant un rapport surface sur volume maximal et un pouvoir de stockage bien supérieur à celui des micelles. Déjà, en 1925. Rodawald. à Saint-Louis dans le Missouri, avait découvert le moyen de dissoudre une cire de Carnauba dans l’eau en "cuisinant" cette cire avec de l’acide oléique, du borax et de l’eau dont il fit une micro-émulsion utilisée comme apprêt pour cuir (Bothorel 1985). Dans cette circonstance, l’acide oléique et son sel se comportent comme entités tensioactives et certains des alcools de la cire jouent le rôle de co-tensioactifs.

Très tôt, Winsor (1945) a systématisé l’apparition de diverses phases et en particulier mis en relation le rayon de courbure des gouttelettes avec la capacité de produire les micro-émulsions. Les risques toxicologiques des micro-émulsions ne sont pas négligeables du fait de l’usage d’alcools à fort pouvoir pénétrant tel que le Pentanol. Les micro-émulsions restent un outil intéressant pour la cosmétique du fait de leur transparence et de leur fluidité. Des études, actuellement encore au stade du laboratoire, permettent d’envisager la préparation de micro-émulsions à l’aide de tensioactifs non ioniques en absence d’alcool.


Pierre Le Perchec
Les molécules de la beauté, de l’hygiène et de la protection
CNRS Editions/Nathan

 

 

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