La
production d’une mousse
L’abaissement
de la tension superficielle eau/corps gras (W/O pour water/oil)
est insuffisante à elle seule pour l’obtention
d’un shampooing de qualité ; il faut disposer
d’un pouvoir moussant. Du fait même de sa structure,
la mousse permet d’augmenter considérablement
la surface de contact entre deux surfaces incompatibles. Les
mousses à raser et les shampooings sont connus pour
leur pouvoir hydratant de la peau et des cheveux, très
supérieur au simple savon.
Comment obtient-on une mousse ? Elle s’obtient par dispersion
d’un gaz dans un faible volume de liquide provoquant
l’apparition de bulles plus ou moins stables, dont la
taille varie entre 50 µm et plusieurs millimètres. On pourra l’obtenir par décompression d’un
gaz ou encore, dans le cas du shampooing, par friction d’un
gel aqueux concentré, la bulle étant alors l’air.
Cependant la dispersion gazeuse n’est pas le seul critère
de production d’une mousse, loin s’en faut.
Pour
obtenir une dispersion durable de gaz dans un liquide, il
faut un tensioactif qui s’adsorbe aux interfaces gaz/liquide.
En fait, la structure d’une bulle ainsi formée
est le résultat d’une double adsorption interne
et externe du tensioactif sur le film d’eau constituant
la paroi lamellaire de la bulle.
Chaque
bulle d’une mousse possède une énergie
potentielle qui se trouve équilibrée par la
force de cohésion du film moléculaire des tensioactifs
adsorbés. Les propriétés de ce film interfacial
dépendent de plusieurs paramètres tels que la
force d’absorption du tensioactif à la surface
liquide-gaz, l’élasticité du film, la
perméabilité gazeuse du film et les conditions
externes de température et de pression.
Lorsqu’un grand nombre de petites bulles se forme dans
un volume restreint d’eau, il y a apparition de mousse.
La bulle produite emmagasine une énergie potentielle
qui tend à la faire éclater mais qui se trouve
équilibrée par la pression externe (l’équation
PV = nRT devient alors PV + (p A) = nRT, où p est la
tension de sur face et A la surface).
Les
conditions de stabilité
La
stabilité d’une mousse dépend de la solidité
du film interfacial enfermant la bulle. Le film doit être
à la fois élastique et solide. Les solutions
de saponines (détergents produits à partir de
matières naturelles de types terpéniques tétracycliques)
possèdent des structures glycosidiques très
hydrophiles comme têtes polaires. Ce sont des composés
d’interface avec l’eau par liaison hydrogène.
D’un point de vue rhéologique, ce type de composés
présente de bonnes surfaces plastiques de faible mobilité
sous l’action d’un cisaillement. Ce sont de bons
moussants. Une faible quantité d’alcool à
longue chaîne (alcool en C18) additionnée à
un tensioactif anionique augmente sa capacité moussante.
Elle accroît notablement l’adsorption à
l’interface du liquide (liaison hydrogène avec
l’eau du film interfacial) et forme un gel plus visqueux.
Cet état est corrélable à la formation
de nouvelles phases anisotropes de type cristal liquide dans
la phase aqueuse. On visualise ainsi une bulle comme un volume
gazeux emprisonné dans une couche d’eau maintenue
stable, par une double couche interne et externe d’agent
tensioactif moussant.
Hormis
le fait qu’il s’agit d’assemblages de tensioactifs,
il n’y a aucun point commun entre un assemblage micellaire
et un assemblage de type cristal liquide. La micelle est isotrope
et de taille submicronique, alors que le cristal liquide est
anisotrope dans la majorité des formes et peut atteindre
plusieurs dizaines de microns en taille. Le cristal liquide
est un film structuré à la surface, qui possède
une grande viscosité, ralentit la fluidité de
l’eau dans la couche d’eau du film en surface
de la bulle et accroît sa stabilité. Selon Ottewill
(1961), cette stabilité peut être accrue en présence
de particules solides.
Le corollaire des lois de stabilité des mousses est
la capacité de certains produits à altérer
ou inhiber leur formation. Le développement d’une
mousse peut être bloqué par certaines impuretés
de bas poids moléculaire à la surface, qui en
modifient la cohérence. Le tensioactif devient moins
actif à la surface et perd alors sa capacité
à stabiliser la mousse. Le sébum est un anti
mousse efficace et sera une mesure de la capacité nettoyante
d’un tensioactif auquel on devra associer un tensioactif
moussant, un tensioactif glucosidique ou un lipoamide.
Les agents inhibiteurs de mousses vont avoir le même
effet. Ils sont utiles pour certaines applications comme dans
le cas des onguents qui doivent rendre hydrophobes les surfaces
recouvertes, Ce sont en général des tensioactifs
hydrophobes (certains alcools gras à faible HLB par
exemple) qui sont capables de recouvrir la surface d’un
mince film lamellaire empêchant la formation d’une
interface avec l’eau. D’autres produits comme
les cires et les polysiloxanes, fortement hydrophobes, sont
employés dans le même but en cosmétique.
Cette propriété hydrophobe est nécessaire
mais pas suffisante.
Pierre Le Perchec
Les molécules de la beauté, de l’hygiène et de la protection
CNRS Editions/Nathan
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