En se mouillant les cheveux on rompt les liaisons les plus faibles, hydrogènes et salines (en bleu)



 


Lors du brushing ces liaisons se reconstituent pour maintenir temporairement la forme voulue



Lors de la permanente,un réducteur permet
de rompre les chaînes de kératine








Les propriétés de mise en forme du cheveu résultent d'une architecture protéique remarquable de la kératine. L'eau peut former des liaisons hydrogènes labiles avec des formes peptidiques dipolaires. Ainsi, les formes acides de type acide aspartique ou glutamique, associées aux formes basiques dérivées de la lysine et de l'arginine, sont détruites au profit de l'apparition de liaisons de solvatation avec l'eau.

Le cheveu mouillé est plus élastique que le cheveu sec et offre donc une amplitude supérieure à la déformation. Celle-ci pourra se maintenir quelque temps pour le cheveu distendu puis séché. Sa durée dépendra de la nature des cheveux, des conditions extérieures d'humidité et du temps de retour à un état thermodynamique plus stable.

En cosmétologie, on utilise cette capacité de l'eau et des tensioactifs pour déstabiliser ces interactions et rendre le cheveu moins résistant (2% d'allongement suffisent pour permettre une déformation temporaire) afin de lui appliquer le traitement souhaité de mise en plis.

La présence des sels, même à l'état de traces (présence de minéraux dans l'eau ou issus de shampooings anioniques) contribue à renforcer la déformation des cheveux par mouillage/séchage. Des agents protecteurs permettent de maintenir la déformation durablement en évitant une réhumidification du cheveu. Cette pratique est à l'origine de l'usage des produits fixant la forme (laques, sprays, etc.). En dernier lieu, un aérosol constitué d'un agent peu volatil, hydrophobe et filmogène, du type polysiloxane-ammonium, fixe la coiffure.
 


Pour imprimer au cheveu des formes permanentes, on fait appel à des actions chimio-cosmétologiques plus profondes.

La chaîne latérale polypeptidique du cheveu contient des acides aminés soufrés, la cystéine (15%) et sa forme dimère (disulfure), la cystine. Ces ponts disulfures peuvent être réduits en thiol, puis réoxydés afin de rigidifier la déformation. Cette réaction d'oxydoréduction constitue la base cosmétique des modifications de forme des cheveux.

On opère par ouverture temporaire du pont disulfure grâce à l'intervention d'un agent réducteur, en général un sulfite, sous forme de sel alcalin ou d'un mercaptan tel l'acide thioglycolique. Cette action de rupture a comme effet de transformer les ponts disulfures réticulants en thiols ou autres liaisons chimiques, assurant ainsi une plasticité et une capacité au glissement des chaînes polypeptidiques. Le cheveu pourra être modelé pendant cette phase (enroulement du cheveu sur bigoudis ou au contraire étirement du cheveu).

La permanente à froid comporte donc deux stades : une rupture des ponts disulfures pour permettre un nouvelle mise en forme, et une oxydation qui va reconstituer les ponts disulfures pour donner les propriétés de tenue aux cheveux.

Comme agents réducteurs, et malgré une odeur désagréable, les dérivés de l'acide thioglycolique restent les plus appropriés, notamment les sels d'ammonium qui combinent propriétés réductrices, régulation de pH et tolérance.

Dans ce domaine, la législation impose des normes de pH (6-9,5) et de concentration strictes (11% au maximum en acide thioglycolique). Le professionnel dosera au mieux les solutions en fonction de la nature, de la fragilité des cheveux et de la fréquence des traitements.

Le raidissement ou le défrisage sont des opérations de même nature: le raidissement de la forme enroulée ou crépée, l'étirement et le lissage nécessitent la réduction des ponts disulfures, puis la recombinaison par oxydation.


Pierre Le Perchec
Les molécules de la beauté, de l’hygiène et de la protection
CNRS Editions/Nathan

 
 
   
© CNDP
 

Permanente ou brushing ?
Ce film exceptionnel en images de synthèse montre les modifications chimiques en jeu lors d’un brushing et lors d’une permanente.

 






Un oxydant ressoude ces chaînes de kératine dans la forme donnée
par les bigoudis

 



 

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