L'effet Raman résulte d'une interaction matière-lumière qui met en jeu un couplage entre les vibrations dans l'échantillon et le vecteur électrique de l'onde lumineuse. Les grandeurs physiques d'un composé associées à la spectrométrie Raman sont ses états vibrationnels.
Dans un édifice polyatomique, les mouvements de vibrations entre atomes dépendent de leur nature, de la distance qui les sépare et de la force interatomique. L'ensemble des vibrations est caractéristique de l'édifice. A chacune de ces vibrations, correspondent des valeurs particulières de l'énergie, représentées par un ensemble de niveaux. L'interaction entre l'échantillon et les photons lumineux porte le système vibrationnel à un état excité, le plus souvent virtuel.

Le retour à l'équilibre se fait avec émission de photons. Si le niveau vibrationnel final est le même que le niveau initial, les photons diffusés ont la même énergie donc la même fréquence que les photons excitateurs : c'est la diffusion Rayleigh. Lorsque les niveaux initiaux et finaux sont différents, les photons absorbés et émis ont une énergie (et une fréquence) différente, inférieure ou supérieure selon les niveaux impliqués et cet écart correspond à la différence d'énergie entre deux niveaux vibrationnels consécutifs. Cette diffusion avec changement de longueur d'onde constitue la diffusion Raman. C'est un phénomène très peu intense, 10-4 à 10-6 moins intense que la diffusion Rayleigh. C'est pourquoi le développement des sources laser à partir de 1960 a beaucoup facilité son observation.

Le spectre de diffusion comporte une bande centrale intense à la même fréquence que l'onde lumineuse excitatrice, la diffusion Rayleigh, et de part et d'autre, symétriques par rapport à la bande centrale, les raies Raman Stokes et anti-Stokes, de très faible intensité. Les fréquences Raman sont exprimées en unités de nombre d'onde, le centimètre-1 (cm-1) et généralement rapportées à la raie Rayleigh, d'où des grandeurs caractéristiques de la molécule et indépendantes de l'excitatrice choisie.

Avec une source lumineuse monochromatique, le spectre de diffusion Raman est interprétable, relié aux vibrations dans l'édifice polyatomique. Il est caractéristique de celui-ci, dont il constitue une empreinte digitale spectrale, permettant de le reconnaître et de l'identifier. Cette identification moléculaire permet de différencier sans ambiguïté des composés proches, de même composition élémentaire qualitative comme des dérivés oxygénés du fer, goethite et hématite, utilisés comme pigments jaunes et rouges. De même, les deux pigments verts, malachite et vert-de-gris, respectivement carbonate et acétate de cuivre, dont une analyse élémentaire classique indiquerait seulement la présence de cuivre, ont des spectres Raman différents. La reconnaissance de la forme cristalline du blanc de titane, le grand pigment blanc du XXème siècle, est un élément important pour la datation de tableaux. Synthétisés et commercialisés, l'un en 1918, l'anatase, l'autre en 1941, le rutile, ces deux composés ont même formule chimique, TiO2, et même structure cristalline, tétraédrique, avec des paramètres de maille cristalline différents. Cette unique différence de leur réseau cristallin entraîne des spectres Raman différents et une identification aisée.

On peut réaliser l’analyse en éclairant l'échantillon à travers un microscope optique classique. Aux longueurs d'onde utilisées et avec un grossissement x1000, la résolution spatiale d'analyse est de l'ordre du micromètre. Il devient possible d'analyser un objet de façon ponctuelle, comme une couche picturale et ses différents grains de pigments, ou d'étudier des micro échantillons. En effet, il est souvent nécessaire pour l'étude d'œuvres d'art, de recourir à un prélèvement et, seul, un prélèvement de taille microscopique peut être accepté par les conservateurs. De récents développements technologiques permettent de réduire le recours au prélèvement. L'adjonction au spectromètre d'une sortie de microscope horizontale permet l'étude d'un objet vertical, tel un tableau ou une peinture en place. D'autre part, la diminution des dimensions et le poids des appareils autorise à envisager leur déplacement vers les œuvres. Enfin l'adaptation d'une fibre sur le microscope ouvrira la possibilité d'étude pour des zones difficilement accessibles avec un microscope classique. Toutefois, le prélèvement peut être estimé moins nocif pour certains objets que l'étude directe, avec les contraintes qu'elle impose, principalement l'immobilisation sous le laser.
L'un ou l'autre mode opératoire, analyse in situ ou sur prélèvement, est choisi en fonction de la nature des objets et de leurs contraintes.

Cette analyse avec des photons du domaine visible ne demande aucune préparation, pas de conditionnement ou de mise sous vide. Elle n'entraîne pas d'altération pour l'échantillon dont l'étude peut être poursuivie, par la même technique avec d'autres conditions expérimentales ou par d'autres techniques.

Claude Coupry
Laboratoire de Dynamique, Interactions et Réactivité




 
     
 

Raman Microscopy, G. Turrell & J. Corset eds., Academic Press, Londres, 1996

   
 


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

 

 

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