Couleur subjective 

 

 

 

 

 

 

Induction chromatique

 

 

 

 






Un objet a-t-il une couleur quand on ne le regarde pas?

À cette question du philosophe, le physicien répond que non seulement un objet n’a pas de couleur quand on ne le regarde pas, mais qu’il n’en a pas plus quand on le regarde. La couleur n’est pas une pellicule posée sur l’objet, c’est une sensation construite dans le cerveau de l’observateur! De surcroît, une couleur n’est jamais isolée : elle est toujours vue dans un environnement qui en altère la perception. Les peintres savent depuis longtemps que des couleurs juxtaposées seront perçues différemment, et ils jouent des "concordances" ou "dissonances" colorées.

En 1839, le chimiste français Eugène Chevreul propose une explication du contraste visuel : "Dans le cas où l’œil voit en même temps deux couleurs contiguës, il les voit les plus dissemblables possibles, quant à leur composition optique [chromaticité] et quant à la hauteur de leur ton [clarté]".

Ainsi, deux couleurs mises côte à côte perdent ce qu’elles ont d’analogue : c’est le contraste chromatique. En fait, le système visuel est programmé pour mettre en valeur les différences qui existent entre ces deux couleurs juxtaposées ; il néglige ce qui leur est commun.

Cet ajustement évoque l’adaptation chromatique, cette faculté qu’a le système visuel de s’adapter à la couleur de la source ambiante pratiquement instantanément, ou suffisamment bien pour que l’observateur ne remarque pratiquement aucun changement sur les objets d’une scène lorsque l’éclairage change.

Le domaine des couleurs change et s’enrichit en fonction du contexte. Certains environnements, par leur agencement spatial ou leur déroulement temporel, donnent aux couleurs des apparences inattendues ou créent des illusions.

Ces illusions sont de trois types:

  • L’induction chromatique : une couleur est perçue différemment suivant les couleurs qui l’environnent.

  • Les conflits de couleurs : une couleur est altérée à cause des limites du traitement visuel. Par exemple lorsque le signal des cônes est trop faible, ou quand la somme d’informations à traiter est trop importante. Dans ce cas, le cerveau à tendance à privilégier l’information non chromatique.

  • Les couleurs subjectives : un ensemble de paramètres font apparaître une couleur alors qu’elle est absente. C’est le cas pour le disque Benham. A l’arrêt, le disque est noir et blanc, quand il tourne, des couleurs apparaissent.

 

Françoise Viénot
Centre de recherche sur la conservation des documents graphiques

     
 
   

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          CNRS Images

La relativité des couleurs
Expérience de reconstruction des couleurs par le cerveau. Illusions de couleur 

 


Françoise Viénot, Jean Le Rohellec, "Jeu de couleurs", Dossier Pour la Science n°39, avril 2003

 


 

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