Les produits utilisés en parfumerie sont très majoritairement d’origine végétale. Les essences d’origine animale sont au nombre de quatre : musc, castoréum, civette et ambre. Elles ne sont presque plus utilisées de nos jours, pour des raisons évidentes de protection des animaux. Historiquement, l’importance des végétaux est très grande en parfumerie. L’extraction de certaines odeurs végétales remonte en effet à la plus haute antiquité. La première technique connue, qui doit dater de l’invention du feu, consiste à mettre un végétal odorant dans le feu, ou près du feu, pour en faire dégager les odeurs : c’est le cas de l’encens par exemple. C’est une technique efficace, mais primitive, qui ne peut fournir qu’un nombre limité d’odeurs. Dans la haute antiquité on avait trouvé un autre moyen d’extraire des substances odorantes d’un végétal : les huiles. Ces huiles parfumées existent encore de nos jours. Ces huiles sont des graisses liquides. Chez les égyptiens on utilisait des graisses solides : certaines représentations montrent des femmes portant un cône sur la tête, qui était en fait un mélange de graisses parfumées qui coulaient en continu sous l’action de la chaleur du corps.

Mais comment faire passer une substance odorante dans la graisse ? C’est la technique de l’enfleurage qui peut s’opérer de deux façons différentes : à chaud ou à froid. Dans la technique de l’enfleurage à chaud, on met les végétaux au contact des graisses chaudes, on laisse refroidir et on obtient une pommade. L’enfleurage à froid est utilisé pour des produits plus fragiles (le jasmin par exemple). Les fleurs sont disposées en alternance avec des couches de graisse, pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’elles aient exprimées leurs substances odorantes qui se dissolvent dans la graisse. Les graisses utilisées sont des graisses inodores, par exemple du suif désodorisé.

Une autre technique, tout aussi ancienne, est celle de l’extraction par l’eau, technique utilisée tous les jours pour préparer du thé ou du café. Cette technique classique d’hydrodistillation est utilisée pour la lavande, la rose… Elle n’est pas applicable pour des fleurs comme le jasmin par exemple, trop fragiles : à 100°C la fleur est détruite. L’hydrodistillation aboutit à un liquide comportant deux phases : une phase inférieure soluble dans l’eau et une phase supérieure insoluble. Les deux parties ont des odeurs légèrement différentes. Vers la fin du XIIIe siècle un alchimiste catalan, Arnaud de Villeneuve, a l’idée de récupérer la partie qui surnage : c’est l’essence. La partie soluble dans l’eau est peu soluble dans la graisse et inversement.

L’extraction par l’alcool est venue plus tardivement, à cause de l’absence d’alcools suffisamment purs. Vers 1870, Roure découvre qu’en utilisant de l’alcool concentré on peut extraire des pommades. Ce traitement par l’alcool permet d’éliminer les cires des mélanges pour obtenir des solutions alcooliques propres. C’était alors la porte ouverte à la parfumerie alcoolique, parfumerie classique de luxe.
Aujourd’hui des solvants comme l’éther de pétrole ou le benzène n’ont plus le droit d’être utilisés. En revanche, le gaz carbonique mis sous pression dans des conditions dites supercritiques (liquide et stable), est utilisé comme un liquide, avec la possibilité de lui adjoindre n’importe quel autre liquide. On obtient ainsi un mélange de solvants capables d’extraire de très nombreux composés. Une fois l’extraction terminée, on laisse le solvant s’évaporer.

La chimie de synthèse

La chimie de synthèse des composés n’a pû vraiment débuter et se développer qu’avec l’essor de la chimie organique. En 1856, le premier colorant de synthèse est obtenu “ par hasard ” par M. Perkins. Les chimistes étaient alors persuadés de pouvoir reproduire n’importe quel produit naturel (odeur ou couleur). Dans certains cas, en effet les essences devaient leur caractère à un ou deux produits… mais ce n’est le cas que pour de très rares exemples.
Jusqu’en 1880 environ les parfumeurs n’avaient à leur disposition qu’une centaine d’essences pour faire leurs mélanges. Mais les résultats n’étaient alors pas très performants, la palette des parfums possibles peu variée. Les arrivées de plus en plus nombreuses et variées de produits de synthèse va permettre à la parfumerie alcoolique traditionnelle de se diversifier et de composer presque à l’infini de nouvelles senteurs. Au début du XXe siècle de nombreux parfums apparaissent, mélanges de produits naturels, d’essences classiques et de produits de la chimie de synthèse (toujours en petites quantités). Des parfums encore célèbres aujourd’hui voient le jour : Chanel n°5 en est l’exemple le plus connu. C’est un mélange d’essence d’ylang-ylang associé à 1% de formaldéhyde.

Les odeurs, les parfums

L’ionone, substance chimique pure, sent la violette. Mais un mélange de subtances chimiques peut également avoir une odeur (le café par exemple dont on a pu identifier environ 700 composants). Le parfum de la rose (on dit parfum par tradition, mais on devrait dire odeur) est obtenu par la présence d’environ 400 composants, le jasmin 250. Certains de ces composés sont présents en quantité infime. Il était donc tentant de vouloir recomposer une odeur en utilisant les composés les plus abondants… mais le résultat n’est pas toujours satisfaisant. En effet, des substances présentes en très petites quantités (jusqu’à 0,001%) peuvent avoir un impact énorme sur l’odeur finale (par exemple la damascone dans l’odeur de rose).

Mais la parfumerie est bien autre chose que de la chimie, elle fait intervenir la créativité des parfumeurs, mais aussi bien sûr la perception des clients, la mode… La perception des parfums est un phénomène également éminemment culturel.
En parlant de perception des parfums on arrive dans le domaine de la physiologie du système olfactif. Si l’on connaît les mécanismes de perception d’une substance pure, il est plus difficile de maîtriser les mécanismes impliqués dans la reconnaissance d’un parfum complexe. Comment reconnaît-on une odeur ? Y a-t-il une mémoire du parfum ? Le système de reconnaissance est-il basé sur des cellules spécialistes ou généralistes ? Il n’y a pas de réponse unique à cette question…
Les récepteurs  sont encore très mal connus, leur rôle exact face à des molécules odorantes, leur sélectivité respective ne sont pas clairement définis. L’idée la plus raisonnable, développée par des physiologistes, est qu’une molécule odorante déclenche une réponse sur un certain nombre de cellules (100, 1000, 10000…) qui envoient un signal au cerveau. Le fait que ce soient telles cellules plutôt que d’autres qui envoient ce signal permet au cerveau de se souvenir qu’il a déjà “vu” ou non la molécule impliquée.

Maurice Chastrette
Professeur émérite à l’Université de Lyon



     
 
Parfums et temples égyptiens
Recettes de fards, aromates, huiles parfumées dans les temples égyptiens

 

 
 
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