Particules d’argile

 

 

 

 

 

 

 

 

Grès et argiles

 

 



On attend de certaines compositions cosmétiques qu’elles offrent une consistance pâteuse associée à des propriétés combinées d’étalement et de tenue après dépôt. Les argiles en sont l’exemple type (Tessier 1990, Van Damme 1991). Ces formes colloïdales sont utilisées dans les formulations d’enduits faciaux et corporels dont les plus connus sont les masques colloïdaux et argileux.

Les masques d’argiles, comme d’autres compositions cosmétiques, doivent associer facilité d’étalement avec une bonne tenue après application. Les compositions qui sont mises en œuvre dans ce cas ont en commun une caractéristique rhéologique dite thixotrope, (du grec thixis,"action de toucher") terme qui traduit la propriété qu’ont certains gels de se liquéfier par agitation et de retrouver leur propriété visqueuse et figée au repos. Leur effet, dont on peut dire qu’il est consécutif à des ruptures progressives suivies de recombinaisons des liaisons hydrogène et dipolaires, introduit une dimension temporelle à un phénomène provoqué mais réversible lié à la modification des orientations moléculaires prises sous étirement par les structures en feuillets.

Intérêt des argiles en cosmétologie
L’argile se retrouve dans de nombreuses compositions cosmétiques, en particulier les formes appelées smectites. Elle sert comme épaississant, liant pour donner de la consistance au produit et remplace ainsi les corps gras (shampooings, crèmes, pâtes dentifrice). Le succès cosmétique des argiles tient à la conjonction de diverses propriétés :

  • une forte adhésion sur la peau consécutive aux liaisons hydrogène, liaisons qui facilitent d’une part la diffusion de l’eau interstitielle vers la peau et d’autre part, l’échauffement local qui assure une dilatation des pores et contribue à l’hydratation;
  • une capacité d’échange d’ions durs (Ca++) déposés sur la peau par l’eau calcaire que l’argile va"soustraire" pour les remplacer par un ion sodium;
  • en dernier lieu, une grande facilité d’usage et d’approvisionnement.

L’hydratation est certainement l’action la plus spectaculaire. L’effet peut être saisissant au niveau de l’apparence, surtout sur une peau vieillie ou desséchée. On admet d’ailleurs que cette action d’hydratation, bien que temporaire, s’accompagne d’assainissement de la peau par un drainage efficace des impuretés organiques et minérales. Les masques argileux ou colloïdaux préparés par imbibition d’eau constituent des produits cosmétiques particuliers dont la rhéologie autorise l’étalement aisé sans coulage. Le recours aux masques faciaux et corporels est une pratique très ancienne, encore qu’à l’origine, leur destination fut surtout ornementale. Des vertus thérapeutiques sont attribuées aux bains de boues argileuses et leur efficacité reconnue de longue date est mise en pratique dans les instituts de beauté. Diverses compositions cosmétiques sont célèbres : la composition de Harry est l’une des plus simples, qui consiste en un mélange de kaolinite (35 %), de bentonite (5 %), de glycérol (10 %) lequel assure l’onctuosité et la fluidification, le reste étant de l’eau déionisée à 1 % de tensioactif, le laurylsulfate. Dans le cas de certaines argiles, l’onctuosité est attribuée aux mucopolysaccharides qui sont des antagonistes d’agents pathogènes. Pour les masques à base de polymères, on fait appel aux matériaux naturels modifiés comme la carboxyméthylcellulose (CMC), ou à des gommes végétales polyglucosidiques (acacia, guar, Chitosane) en présence d’un fluidifiant tel que le glycérol. Ces masques contiennent également une petite fraction argileuse (5 %) ou de l’oxyde de zinc (opacifiant) qui améliore les propriétés d’étalement.

Pierre Le Perchec
Les molécules de la beauté, de l’hygiène et de la protection
, CNRS Editions/Nathan

Pour en savoir plus...

   Constitution chimique et propriétés des argiles

 

 

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