Gorter
et Grendel (1925) sont les premiers à avoir mis en
évidence cet assemblage lipidique en double couche.
La caractérisation de cette structure découlait
dailleurs des études sur la structure de la membrane
des tissus cellulaires. On venait de démontrer que
la surface minimale occupée par une couche de lipides
était le double de celle des surfaces des cellules
concernées (cellules dhématies) : cela
nétait concevable quen doublant la couche
de lipides à la surface. Ultérieurement, on
dut admettre que ces structures membranaires pouvaient laisser
passer le glucose, le sodium et le potassium au niveau de
certains défauts de structures.
La première remarque est dordre géométrique.
Les composés lipidiques qui forment des bicouches multilamellaires
comportent deux chaînes hydrocarbonées et sont
incapables de sorganiser en micelles, probablement du
fait dun rapport de volume"tête polaire-squelette
hydrocarboné" trop petit. Par sonication, ces
structures se redispersent en assemblages de couches hydrophobes
moins nombreuses, voire même jusquà ne
laisser quune seule double couche hydrophobe (les vésicules
sont dites unilamellaires) de diamètre de 20 à
200 nm. Parfois, ces assemblages sont stables sur une longue
période, dans dautres cas ils se révèlent
instables et fusionnent en reconstituant les vésicules
multilamellaires selon le principe de fusion des membranes
cellulaires.
En milieu binaire eau/tensioactif, il a été
possible de mettre en évidence, par diffraction aux
rayons X ou par microscopie optique, une succession de phases
organisées anisotropes appelées phases mésomorphes
(Luzzati 1957).
Cette
aptitude à lorganisation résulte des interactions
attractives et répulsives au niveau des têtes
polaires et des chaînes hydrophobes. Une restriction
de mobilité résulte du phénomène
de réorientation des molécules deau au
voisinage des chaînes hydrophobes. Ainsi vont se former
préférentiellement des phases cubiques et hexagonales
lorsque les têtes polaires seront importantes. Il existe
plusieurs géométries de cônes tronqués
ou de cylindres selon le rapport considéré,
qui définissent la structure de la phase observée
(cubique, hexagonale, lamellaire). Il a été
longtemps admis que seuls les phospholipides naturels étaient
en mesure de sorganiser en liposomes multicouches, propriété
des biomembranes (Kunitaké 1977).
Les premières vésicules de synthèse découvertes
comportaient deux chaînes hydrocarbonées et une
tête polaire cationique (ammonium). Leur stabilité
a été naturellement attribuée dune
part à la petite taille de la tête polaire (cationique)
et dautre part à la charge électrostatique
répulsive de surface (une charge pour 0,40 nm2),
à linverse de ce qui sobservait pour les
membranes naturelles (les phospholipides sont zwitterioniques).
Depuis les années 1975, les recherches ont été
relancées avec lobtention de vésicules
multilamellaires (MLV pour multilamellar vesicules)
de synthèse à caractère cationique, zwitterionique
et non ionique. De nombreuses études théoriques
ont été menées sur laptitude des
tensioactifs à fournir ou non des vésicules.
Le premier critère est la nécessité de
produire une phase lamellaire qui, par dilution, fournit la
structure vésiculaire.
Pierre
Le Perchec
Les molécules de la beauté, de lhygiène
et de la protection, CNRS Editions/Nathan |