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Extrait de la Lettre n°12 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)

1 : Répartition d'espèces de la pente continentale supérieure.

2 : Répartition d'espèces du plateau continental.
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Les poissons tropicaux sont de plus en plus fréquemment observés en Atlantique Nord depuis les dernières décennies. Cela indiquerait un réchauffement des eaux à différentes profondeurs.
La migration vers le Nord
Les poissons tropicaux sont de plus en plus fréquemment observés en Atlantique Nord. Ce constat provient dune compilation réalisée par Quérot et al. 98. Depuis les années 60, des notes de systématique signalant la présence despèces en dehors de leur aire de répartition. Le bilan établit que 67% des observations concernent 5 espèces tropicales vivant sur la partie supérieure de la pente continentale entre 200 et 600 m de profondeur, 13% dentre elles concernent 4 espèces du talus moyen entre 700 et 1300 m et 20% concernent 6 espèces vivant sur le plateau continental.
Depuis 1963, les poissons tropicaux de la partie supérieure de la pente ont progressé assez régulièrement vers le nord, du sud du Portugal jusquà 55°30' N, au nord-ouest de l'Irlande (figure 1 : relation positive entre la latitude et la date de première observation). De même, les espèces plus profondes de la pente sont capturées entre 48° et 60° N ; ces espèces ne sont signalées, en fait, que depuis 1991, date correspondant au développement de la pêche professionnelle des grands fonds. Sur le plateau continental. Les espèces tropicales ont été observées à partir de 1969 dans les eaux européennes et sont signalées jusqu'à 52° N, au sud-est de l'Irlande (figure 2). Cependant, les captures proviennent le plus fréquemment (65%), de la partie sud du Golfe de Gascogne. Le changement de répartition géographique des poissons tropicaux correspond aux changements de caractéristiques thermiques des eaux.
Le réchauffement des eaux
La progression vers le nord dindividus des espèces de poissons tropicaux de la pente, peut être mise en correspondance avec un réchauffement de la température de ces eaux. Les eaux atlantiques du courant de pente vers le pôle au nord-ouest de l'Espagne ont montré un réchauffement régulier d'environ 1°C par décennie, soit 2°C entre 1969 et 1992 (Le Cann et Pingree, 1995). Sur le plateau continental la hausse des températures moyennes hivernale et estivale, est plus marquée dans le sud du golfe qu'ailleurs : 1,4°C entre 1972 et 1993 (Koutsikopoulos et al, 1996). A cette hausse correspond une plus grande fréquence de captures d'espèces tropicales sur le plateau sud du golfe de Gascogne.
Le réchauffement climatique, à l'échelle du bassin nord-est Atlantique, autorise la migration de certains poissons tropicaux vers les hautes latitudes, et probablement dautres taxons. Une telle implantation correspond à loccupation de places, sans que lon sache dans quelle mesure ces places étaient disponibles ou ont été libérées. De tels phénomènes ont des implications fortes sur la manière actuelle d'évaluer le potentiel de production exploitable par la pêche et d'apprécier les impacts de cette exploitation sur les populations.
Contact :
Fabian Blanchard
Jean Boucher
IFREMER,
Département Ressources Halieutiques
BP 70, 29280 Plouzané Cedex
Jean.Boucher@ifremer.fr
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